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Santé : l'investissement de 55 milliards peut-il devenir un levier économique ?

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Santé : l'investissement de 55 milliards peut-il devenir un levier économique ?

Le 12 août 2026, l'inauguration de l'Hôpital d'arrondissement de La Peyrie et du Centre médical d'Akébé, complétée par la remise d'une nouvelle IRM au CHUL, a marqué une étape dans la modernisation des infrastructures sanitaires gabonaises. Dix-huit jours plus tard, à Makokou, le président Brice Clotaire Oligui Nguema annonçait une enveloppe supplémentaire de 55 milliards de FCFA pour le secteur : 44 milliards pour le plateau technique national, 6 milliards pour la réouverture des restaurants hospitaliers, 5 milliards pour la CNAMGS. Au-delà du symbole politique, la question qui se pose est économique : ces investissements peuvent-ils réellement réduire le coût que la santé fait peser sur le pays ?

Derrière ces infrastructures flambant neuves se dessine une vision économique claire : faire de la santé un pilier de la productivité nationale et un facteur d'équité sociale. Dans une économie en développement, le rendement de la dépense publique en santé ne se limite pas au bilan comptable. Il se mesure aussi en capacité de production préservée, en réduction des inégalités d'accès aux soins et, surtout, en devises retenues sur le territoire plutôt que dépensées à l'étranger.

Un effort budgétaire historique pour le capital humain

En 2025, l'enveloppe allouée au secteur de la Santé a atteint 141,14 de milliards FCFA, incluant 31,14 milliards dédiés aux investissements en capital. Cet effort a été réaffirmé en juillet 2026 avec le déblocage de 18 milliards FCFA supplémentaires pour l'équipement des structures publiques. L'extension du Laboratoire national de santé publique (passant de 750 à 1 250 m²) illustre cette montée en gamme, tout comme le suivi attentif du chantier de l'Université des Sciences de la Santé à Owendo. Ces dépenses ne sont pas de simples charges budgétaires : elles s'apparentent, dans leur logique, à un investissement à rendement social à condition, toutefois, que le retour sur ces montants puisse être mesuré dans la durée, ce que les données publiques actuellement disponibles ne permettent pas encore de chiffrer précisément.

Un nouvel élan depuis Makokou : 55 milliards pour consolider la dynamique

Cette dynamique a connu une accélération décisive le 30 août 2026. À l'occasion de la troisième édition de la Fête de la Libération, célébrée à Makokou, le président de la République a annoncé une enveloppe globale de 55 milliards de FCFA en faveur du secteur de la santé, déclinée en trois axes : 44 milliards pour le renforcement du plateau technique national, 6 milliards pour la réouverture des restaurants au sein des structures hospitalières, et 5 milliards supplémentaires pour les prestations de la Caisse nationale d'assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).

Évacuations sanitaires et fuite de devises : un frein économique qui commence à céder

C'est ici que l'argument économique de cette stratégie trouve sa démonstration la plus concrète. Le coût des évacuations sanitaires pour la CNAMGS est passé de 5 milliards de FCFA en 2021 à 12 milliards en 2022, une hausse de 140 % en un an, portée par un nombre d'évacués passé de 576 à 859 sur la même période, une trajectoire qui, si elle se poursuivait sans inflexion, pèserait lourdement sur les finances de la Caisse. C'est cette fuite de devises que les nouveaux équipements, à l'image de l'IRM et des échographes de dernière génération livrés au CHUL, visent directement à endiguer. Un précédent donne la mesure du potentiel : la création, au CHUL, d'une unité de prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) à la phase aiguë a ramené le coût de traitement local à environ 600 000 FCFA, contre plusieurs millions de FCFA pour une évacuation équivalente à l'étranger. Reproduit sur d'autres pathologies grâce aux nouveaux plateaux techniques, ce rapport de coût illustre concrètement ce que le Gabon peut gagner à traiter davantage de patients sur son propre sol.

Le président de la République l'a d'ailleurs martelé lors des récentes cérémonies de remise de matériel : « La rigueur et la responsabilité dans la gestion de ces outils sont non négociables ; ils sont la fierté de la nation et doivent servir pleinement le peuple gabonais. »

La maintenance et le personnel, clés de la pérennité économique

Si le lancement est spectaculaire, sa rentabilité dépendra de deux facteurs moins visibles que l'inauguration elle-même. D'abord la maintenance : le rendement d'une IRM ou d'un scanner dépend directement de son taux d'utilisation, et le président Oligui Nguema a lui-même insisté sur la nécessité de sécuriser les crédits de maintenance et de former les personnels, rappelant que « 20 % de la guérison passe par un bon accueil » et réaffirmant sa tolérance zéro contre les détournements de médicaments. Ensuite, et c'est le point le plus déterminant pour la rentabilité économique de ces investissements : la disponibilité du personnel qualifié pour faire fonctionner ces équipements, sur l'ensemble du territoire et pas seulement dans les grands centres urbains. C'est précisément là que le bât blesse aujourd'hui : la pénurie de médecins, d'infirmiers et de techniciens de laboratoire reste criante, en particulier en province, où certaines structures restent sous-utilisées faute de personnel formé pour exploiter du matériel pourtant récent. Un scanner ou une IRM ne génèrent de valeur économique que s'ils tournent et un hôpital neuf ne rapproche la médecine des foyers que si l'accueil et le personnel suivent.

Un cercle vertueux pour l'économie locale

Au-delà des soins, ces chantiers et la mise en service de ces structures génèrent des retombées directes sur l'économie locale : mobilisation d'entreprises gabonaises, création d'emplois médicaux, paramédicaux et logistiques, (le chantier de la Peyrie a lui seul créé 84 emplois et suscite la dynamisation du commerce de proximité). Le secteur de la santé devient un moteur d'activité pour le Grand Libreville et, si l'effort se maintient, pour l'intérieur du pays. Le véritable retour sur investissement de cette stratégie ne se lira pas dans les prochains mois, mais sur plusieurs années et il dépendra autant de la capacité du Gabon à financer des bâtiments et des équipements que de sa capacité, plus lente à construire, à former et retenir les compétences humaines qui les feront vivre.

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