Réunie le 28 septembre à Yaoundé, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), sous la présidence d'Yvon Sana Bangui, a décidé de maintenir inchangés ses taux directeurs à 4,50%. Une décision qui crée un paradoxe économique majeur : alors que la croissance de la région CEMAC ralentit de 3,5% à 2,9%, la banque centrale injecte 10,6% de masse monétaire supplémentaire tout en gardant le crédit inaccessible aux PME. Pour le secteur privé africain, c'est une politique qui sacrifie l'emploi et l'investissement sur l'autel de la stabilité internationale.
La décision était attendue. Elle est arrivée depuis Yaoundé sous la présidence d'Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC. Le Comité a maintenu le Taux d'Intérêt des Appels d'Offres à 4,50% et la Facilité de Prêt Marginal à 5,75%. Les investisseurs internationaux applaudissent. L'inflation est maîtrisée à 2,2%. Les réserves de change se renforcent à 72,4% de couverture.
Mais voilà le paradoxe. La BEAC injecte massivement de l'argent : 10,6% de masse monétaire supplémentaire en 2026, tout en maintenant des taux qui découragent les entreprises d'emprunter. C'est comme remplir un réservoir les mains liées.
Le coût réel du crédit
Un entrepreneur gabonais qui veut financer l'expansion de son entreprise affronte la réalité du marché. Le taux directeur à 4,50% n'est qu'un point de repère théorique. Les banques commerciales ajoutent leurs marges, leurs coûts, leur évaluation du risque. Résultat : un petit entrepreneur emprunte à 13%, 14%, parfois 15%.
C'est un écart de dix points entre le taux de référence et le coût réel. À ce niveau, emprunter n'est plus un outil de développement. C'est un luxe que seules les grandes entreprises peuvent se permettre.
Le secteur non pétrolier, celui qui devrait compenser le repli de l'or noir, plafonne à 3% de croissance. Les PME stagnent. La diversification économique recule. Les jeunes entrepreneurs renoncent.
Une région fragmentée
La Banque mondiale publiait le 15 septembre son dernier baromètre. Le Tchad caracole à 5,6% de croissance, la RCA à 4,5%. Mais le Congo et le Gabon, les deux piliers historiques, stagnent à 3,1% et 3,2%. Le Cameroun fait pareil, freiné par les troubles postélectoraux.
Autrement dit : les pays qui exportent du pétrole bon marché stagnent. Personne ne sort du piège de la dépendance aux matières premières. La BEAC avait une chance d'agir, de baisser les taux pour donner de l'oxygène au secteur réel. Elle l'a refusée.
Yvon Sana Bangui a tenu sa promesse de consolider la stabilité monétaire. Sur les marchés internationaux, c'est un signal positif. Mais dans les rues, chez les entrepreneurs, personne ne sent cette stabilité. On voit une région qui stagne, qui peine à créer des emplois, qui reste prisonnière du pétrole. Pendant ce temps, la banque centrale maintient les taux comme si de rien n'était.