Derrière chaque rayon de supermarché, chaque poste-frontalier et chaque camion frigorifique, une agence veille : l'AGASA. Créée pour garantir que ce qui arrive dans l'assiette des Gabonais soit sain, sûr, salubre et nutritif, elle a construit en quinze ans un maillage national de contrôle qui va bien au-delà de l'inspection ponctuelle.
Un sac de riz mal stocké, une chaîne du froid rompue entre le port et le rayon, un produit importé sans étiquetage conforme : ce sont ces failles, invisibles pour le consommateur pressé, que l'Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (AGASA) traque au quotidien. Créée par le décret n°0292/PR/MAEPDR du 18 février 2011 et modifiée par le décret n°0667/PR/MAEPDR du 10 juillet 2013, cette agence technique et scientifique, placée sous la tutelle du ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement Rural, porte pour l'État gabonais la politique de sécurité sanitaire et nutritionnelle des aliments.
Un maillage qui couvre tout le territoire
L'AGASA n'est pas une structure centralisée qui agirait depuis Libreville : elle est présente dans les neuf provinces du pays, avec des postes d'inspection aux frontières terrestres, maritimes et aériennes. Concrètement, 14 postes d'inspection frontaliers (PIF) sont aujourd'hui opérationnels, 3 autres sont en cours d'installation, et 9 délégations provinciales complètent le dispositif, de Bitam à Tchibanga en passant par Franceville et Port-Gentil.
C'est à ces points d'entrée que se joue une partie décisive du contrôle : chaque produit alimentaire importé qui franchit une frontière gabonaise passe sous le regard de l'Agence.
Le risque sanitaire, un enjeu qui dépasse l'assiette
Pourquoi cette vigilance ? Parce qu'une chambre froide défaillante, des ustensiles mal nettoyés ou des aliments exposés à la poussière ne sont pas de simples désagréments : ils ouvrent la porte aux intoxications, aux diarrhées et aux parasitoses, avec un risque particulièrement élevé pour les populations les plus vulnérables, à commencer par les enfants. La sécurité sanitaire des aliments n'est donc pas qu'une question de santé publique : c'est aussi un enjeu économique, puisque la production, le stockage et la distribution des denrées font vivre toute une chaîne d'acteurs. L'équilibre que doit tenir l'AGASA est là : faire respecter des exigences sanitaires strictes sans étouffer l'activité des opérateurs qui, pour la plupart, jouent le jeu.
La méthode : les 5 M et la HACCP
Sur le terrain, les équipes de l'AGASA s'appuient sur la méthode HACCP (Hazard Analysis and Critical Control Point), qui consiste à identifier et maîtriser les dangers biologiques, chimiques et physiques avant qu'un produit n'atteigne le consommateur. Concrètement, chaque inspection d'un établissement de distribution passe au crible cinq dimensions, les « 5 M » : le Matériel, la Méthode, la Main-d'œuvre, le Milieu et la Matière première. Dans le détail, les contrôleurs vérifient l'état des surfaces et la lutte contre les nuisibles, le respect de la chaîne du froid comme de la chaîne du chaud, la traçabilité des dates limites de consommation et des lots, ainsi que la séparation stricte entre produits crus et produits prêts à consommer, un des points de contamination croisée les plus fréquents dans la distribution alimentaire.
Quand l'alerte tombe
Quand un danger est identifié, qu'il vienne d'un signalement local ou d'une alerte internationale, c'est le Service Évaluation des Risques Sanitaires (SERS) qui reçoit l'information et la transmet aux équipes de contrôle chargées d'agir sur le terrain. Selon leur ampleur, certaines alertes peuvent basculer en véritable crise sanitaire ; leur gestion repose alors sur une coordination serrée entre les différents acteurs, avec un double objectif : protéger le consommateur sans pénaliser inutilement les opérateurs économiques.
Au-delà du contrôle : la réglementation des produits sensibles
L'action de l'AGASA ne s'arrête pas aux inspections. L'Agence encadre aussi des catégories de produits qui exigent une vigilance particulière : organismes génétiquement modifiés, compléments alimentaires, denrées enrichies, additifs et arômes, ou encore aliments destinés aux animaux. Elle veille également à ce que l'étiquetage, la composition, la dénomination des marchandises et les matériaux au contact des aliments respectent les exigences applicables, des détails que le consommateur ne voit pas, mais qui conditionnent directement ce qu'il met dans son assiette.
Quinze ans après sa création, l'AGASA affiche une ambition simple à énoncer, plus complexe à tenir sur le terrain : que chaque Gabonais, où qu'il vive dans le pays, ait accès à une alimentation saine, sûre, salubre et nutritive.
La promesse demeure de faire de l'AGASA une institution publique de référence, crédible, audible et transformatrice des pratiques, reconnue au niveau national et sous-régional pour son excellence, sa rigueur et son impact concret sur la sécurité sanitaire des aliments et la sécurité phytosanitaire.
Légende de la carte : 14 PIF couverts par l'AGASA · 3 PIF en cours d'opérationnalisation · 9 délégations provinciales