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Délestages : qui finance la lumière ?

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Délestages : qui finance la lumière ?

Installations vétustes, demande en hausse, réseau fragile : on connaît les causes des délestages. Il reste à savoir comment le secteur est financé. Entre les besoins chiffrés par l'État, les crédits inscrits au budget et les prêts des partenaires, combien le Gabon consacre-t-il réellement à son électricité ?

Depuis le 13 septembre, le Grand Libreville connaît une nouvelle série de perturbations. La centrale flottante KarPowerShip a d'abord été arrêtée pour une maintenance d'urgence. Une avarie est ensuite survenue sur la ligne de 90 kV qui relie Bisségué à Owendo. Ces deux incidents ont désorganisé la desserte de Libreville, d'Akanda, d'Owendo et d'une partie de Ntoum. Ils s'ajoutent à une année où, dès février, les délestages tournants atteignaient environ deux heures par jour en moyenne.

L'opérateur a lui-même identifié les causes : une demande qui progresse de près de 5 % par an, des infrastructures vieillissantes et un retard dans le renouvellement des équipements. Il faut maintenant savoir comment combler ce retard, et avec quels moyens.

Un besoin évalué à 300 milliards par an

En octobre 2025, devant les députés, le ministre de l'Accès universel à l'eau et à l'énergie a reconnu que le pays n'avait pas suffisamment investi dans ces secteurs au cours des quinze dernières années. Il estimait le besoin d'investissement public à environ 2 100 milliards de FCFA sur sept ans, soit près de 300 milliards par an.

Ce chiffre sert de repère pour lire les budgets successifs :

  • en 2025, le ministère disposait de 24,8 milliards ;
  • pour 2026, le projet de loi de finances prévoyait 307,8 milliards, un montant cohérent avec le besoin annuel estimé ;
  • la loi de finances initiale a retenu 162,6 milliards ;
  • la loi de finances rectificative, promulguée en juillet, a ramené l'enveloppe à 99,6 milliards.

Le ministre a indiqué que les objectifs fixés en début d'année ne pourraient pas être atteints en totalité.

Le montant voté ne suffit pas à mesurer l'effort. En 2025, l'État n'a exécuté que 41,4 % des investissements financés sur ses ressources propres. Sa capacité à dépenser réellement les crédits est donc un second enjeu, distinct de leur montant.

Un opérateur sous contrainte financière

La situation financière de l'opérateur pèse aussi sur le système. Le ministre de tutelle a chiffré la dette de la SEEG à 149 milliards de FCFA. Environ 3 000 branchements illicites ont été recensés en 2026, ce qui réduit les recettes. Par le passé, des arriérés envers certains fournisseurs ont déjà entraîné l'arrêt de la centrale flottante, dont dépend une partie de la production du Grand Libreville.

En février, l'opérateur a présenté un plan d'urgence triennal couvrant la période 2025-2028. Ce plan vise à sécuriser le réseau interconnecté de Libreville, à augmenter les capacités de production et à améliorer la qualité de service.

Le relais des partenaires

Une partie du financement vient de l'extérieur. Le 5 février 2026, la Banque mondiale a approuvé un prêt de 150 millions de dollars, soit environ 85 milliards de FCFA. Il finance le Projet d'accès aux services de base et d'amélioration des performances (PASBAP), qui couvre 42 localités dans les neuf provinces. Le projet prévoit 50 000 nouveaux abonnés à l'eau, 35 000 à l'électricité et 120 kilomètres de lignes moyenne tension. Environ 535 000 personnes devraient en bénéficier, principalement en milieu rural.

Ce ciblage répond à un écart connu. En ville, environ 90 % des habitants ont accès à l'eau et 94 % à l'électricité. En zone rurale, ces taux tombent à 55 % pour l'eau potable et à 29 % pour l'électricité. Dans le Grand Libreville, la difficulté tient donc moins au raccordement qu'à la fiabilité du service.

Le financement extérieur présente un avantage établi : en 2025, les investissements financés sur ressources extérieures ont été exécutés au-delà des prévisions. Il s'agit toutefois d'emprunts qu'il faudra rembourser, alors que les intérêts de la dette publique devraient atteindre 667,3 milliards en 2027.

La production en attente

Plusieurs projets doivent augmenter la production disponible pour le Grand Libreville :

  • cinq turbines à gaz de 100 MW au total, destinées à la centrale d'Akournam ;
  • la centrale solaire d'Ayémé ;
  • le barrage de Kinguélé Aval, déjà raccordé au réseau.

Le Pacte national de l'énergie fixe un objectif de 1 100 MW installés d'ici 2030.

Encore faut-il que le réseau de transport et de distribution puisse acheminer cette électricité. Les incidents de septembre l'ont montré : une seule ligne endommagée suffit à perturber plusieurs secteurs de la capitale.

2027, année de transition

Le 1er janvier 2027, la SEEG laissera place à deux sociétés distinctes : La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon. Les actifs, les dettes et les contrats devront être répartis entre elles sans interrompre le service. Le Parlement examinera par ailleurs dans les prochaines semaines le projet de budget 2027, arrêté à 6 223,1 milliards de FCFA.

Quatre indicateurs permettront de suivre l'évolution du secteur :

  • les crédits d'investissement inscrits pour l'eau et l'énergie en 2027 ;
  • leur taux d'exécution effectif ;
  • l'avancement des projets financés par les partenaires ;
  • pour les usagers, l'évolution de la durée des coupures.

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