Les Échos de l'éco
Votre espace, votre expérience Créez votre Une Posez vos questions à nos auteurs Jouez à nos jeux Accédez à des fonctionnalités réservées aux membres Créez votre compte maintenant et devenez membre des échos
Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

AGA-CB : le crédit-bail gabonais se dote d'une voix

Partager
Retrouvez-nous sur Google
Écouter
AGA-CB : le crédit-bail gabonais se dote d'une voix

Réunis ce 21 octobre 2026 à la Sablière, à Libreville, les professionnels du crédit-bail ont porté sur les fonts baptismaux l'Association gabonaise des acteurs du crédit-bail (AGA-CB). Élu à l'unanimité, son premier président, Rufin Nzoghe Ndong Simore, directeur général d'Alios Finance, fixe le cap : obtenir une loi propre au métier et convaincre les PME de recourir à un mode de financement encore largement sous-exploité.

Le vote s'est fait à main levée, sans une seule voix discordante. À l'issue de l'assemblée générale constitutive de l'AGA-CB, Rufin Nzoghe Ndong Simore a recueilli 100 % des suffrages pour prendre la tête du tout premier bureau de l'association. Les travaux étaient dirigés par Serge Bertrand Abessolo, conseiller du ministre de l'Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, chargé de la Lutte contre la vie chère.

La Société financière internationale (SFI/IFC), filiale du groupe de la Banque mondiale qui accompagne la démarche, était représentée par Matina Deen. Autour de la table figuraient également l'Association professionnelle des établissements de crédit (APEC), la Fédération des entreprises du Gabon (FEG), plusieurs établissements de microfinance, des compagnies d'assurances et le secteur automobile, représenté par un de ses membres. 

Un gisement de 200 milliards, une réalité de 22 milliards

L'écart résume à lui seul l'enjeu. Le potentiel du crédit-bail au Gabon est estimé entre 180 et 200 milliards de FCFA, alors que l'encours du secteur avoisine 22 milliards de FCFA. La SFI situait déjà ce potentiel à environ 200 milliards de FCFA, contre quelque 22 milliards réalisés par les acteurs du marché en 2021. À peine plus d'un dixième du gisement serait donc exploité aujourd'hui.

Pour le nouveau président, l'estimation reste même en deçà de la réalité. « Le chiffre de 200 milliards qui a été évalué par l'IFC peut, pour moi, être assimilé à une sous-évaluation. Il y a suffisamment de potentiel pour faire éclore l'ensemble des PME », affirme-t-il.

Le principe du crédit-bail est simple : un établissement financier achète l'équipement dont l'entreprise a besoin (véhicule, engin, machine), le lui loue pendant une durée convenue, puis lui laisse l'option de l'acheter en fin de contrat. Comme le rappelle le texte de l'allocution du représentant du ministère, il offre aux entreprises « la possibilité d'accéder à des équipements et à des actifs productifs sans mobiliser immédiatement d'importantes ressources financières ».

Les PME, cible prioritaire

C'est vers les petites et moyennes entreprises que le nouveau président tourne d'abord le regard. « Si on veut viser une croissance forte, il faut conjuguer avec les PME et les PMI », estime Rufin Nzoghe Ndong Simore. Il les invite à souscrire à « cette option de financement qui n'est pas coûteuse », une facilité qui leur permet, selon lui, de se financer « à moindre coût et avec moins de garanties ».

Le constat est partagé par Serge Bertrand Abessolo, président de séance, qui a prononcé le discours de bienvenue : « Dans un environnement où l'accès au financement demeure un défi pour de nombreuses entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises, le crédit-bail offre une réponse concrète aux besoins d'équipement, de modernisation et de développement des activités économiques. »

Une loi spécifique, priorité numéro un

Reste un obstacle de taille : le cadre juridique. L'IFC a d'abord aidé la profession à se structurer, en travaillant avec elle sur les statuts et le règlement intérieur de l'association. L'étape suivante est législative. « Nous sommes en train de faire passer une loi au niveau du gouvernement qui va régir désormais notre activité », indique le président de l'AGA-CB.

Le retard est réel, reconnaît-il : « Lorsqu'on compare par rapport à d'autres pays, à nos voisins, nous ne sommes pas aux normes d'aujourd'hui. » Il cite l'exemple du recouvrement des créances : « Nous butons souvent sur la compréhension des textes par les magistrats, qui confondent notre activité avec une activité classique. » D'où sa conviction : « Le crédit-bail est un métier spécifique et il mérite d'avoir des conditions et des règlements spécifiques pour son bon fonctionnement. La priorité numéro un reste la loi. »

Cette réforme s'inscrit dans le projet « Gabon Leasing » de l'IFC, approuvé le 26 octobre 2025 pour trois ans. Selon l'institution, il vise l'adoption d'une loi nationale sur le crédit-bail, la clarification de son traitement fiscal et la création d'une association nationale des acteurs du secteur.

Un premier signal fiscal

Sur le terrain fiscal, une avancée est déjà acquise. La loi de finances rectificative 2026 a instauré un nouveau régime de TVA applicable au crédit-bail. Selon Rufin Nzoghe Ndong Simore, la TVA est désormais calculée sur les intérêts, et non plus sur l'ensemble du loyer. « Ce qui vient baisser le coût du crédit pour les PME. C'est aussi une avancée qui vient stimuler la demande », se félicite-t-il.

L'État veut un interlocuteur structuré

Pour les pouvoirs publics, l'AGA-CB arrive à point nommé. Selon le représentant du ministre de l’économie, le gouvernement s'est engagé avec l'IFC « dans un programme ambitieux visant à renforcer l'environnement juridique, réglementaire et institutionnel du crédit-bail ». La nouvelle association devra devenir « un cadre permanent de concertation, de représentation et de promotion du secteur » et contribuer « au dialogue avec les autorités publiques ». Le message est clair : « Le succès du crédit-bail dépendra de la capacité de tous les acteurs à travailler ensemble. »

La profession entend aller plus loin qu'une simple formalité administrative. « Notre ambition ne doit pas se limiter à la création d'une association. Elle doit être de bâtir une institution professionnelle crédible, capable de défendre les intérêts légitimes de ses membres tout en contribuant durablement au financement de l'économie nationale », a souligné Serge Bertrand Abessolo.

La feuille de route est désormais tracée : adopter les textes fondateurs, installer les organes de gouvernance, puis obtenir la loi. Le défi sera ensuite de convaincre les chefs d'entreprise. Entre 22 et 200 milliards de FCFA, l'espace à conquérir est immense.

Posez une question à l'auteur

Une précision à demander, un point à éclaircir, un avis contraire à faire valoir ? JR DJOUE DABANY vous répond directement, et sa réponse vous attendra dans votre espace.