Adopté le 18 septembre en Conseil des ministres, puis transmis à l’Assemblée nationale début octobre, le projet de budget 2027 porte une ambition affichée : conclure enfin un programme avec le Fonds monétaire international. Alors que les députés s’apprêtent à l’examiner, le ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Minko, défend la position du Gabon aux Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, réunies à Bangkok du 12 au 18 octobre. Le budget devient ainsi bien plus qu’un exercice comptable : c’est la pièce maîtresse d’une négociation dont dépend une partie du financement de l’État.
Le calendrier dit tout. Le 18 septembre, à Port-Gentil, le Conseil des ministres arrête le projet de loi de finances 2027. Au même moment, une mission du FMI conduite par Aliona Cebotari séjourne à Libreville, du 14 au 25 septembre. Le 23, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, reçoit la délégation : les échanges portent notamment sur la dette du Gabon envers le Fonds et sur les grandes orientations de la Loi de finances 2027. Au programme de la mission figuraient aussi les conclusions de l’audit de la dette publique et l’évolution des finances publiques. Le lien est donc explicite : le prochain budget sera lu à Washington autant qu’à l’Assemblée nationale.
Le gouvernement ne s’en cache pas. Pour 2027, il affiche l’ambition de conclure et de mettre en œuvre un programme de réformes économiques avec les partenaires techniques et financiers, afin de stabiliser le cadre macroéconomique et d’améliorer la gestion des finances publiques. Reste à savoir si le texte soumis au Parlement a les moyens de cette ambition.
Un budget plus gros, mais plus contraint
À première vue, le budget 2027 marque une expansion. Il est équilibré à 6 223,1 milliards de FCFA, contre 5 495,2 milliards dans la loi de finances rectificative 2026, soit une progression de 727,9 milliards (+13 %). Les hypothèses retenues sont prudentes : une croissance de 4,5 % en 2027, contre 4,0 % attendus cette année, et un baril estimé à 70 dollars, en recul de 12,5 % par rapport à 2026.
Mais la hausse de l’enveloppe ne profite pas à l’investissement. Elle profite d’abord à la dette. Les charges financières de la dette passent de 487,6 milliards de FCFA en 2026 à 667,3 milliards en 2027, soit une hausse de 36,9 %. S’y ajoutent 1 879,5 milliards au titre de l’amortissement. Au total, plus de 2 500 milliards de FCFA seront consacrés au remboursement de la dette et au paiement de ses charges.
Dans le même temps, les investissements budgétaires reculent de 110,7 milliards pour s’établir à 1 058,4 milliards. Le gouvernement fait valoir que 287,3 milliards de financements extérieurs sont également prévus. Le signal reste clair : en 2027, l’État paiera davantage pour son passé que pour son avenir.
L’équation du financement : pourquoi le FMI compte
C’est dans le plan de financement que se révèle l’enjeu du programme. L’équilibre repose notamment sur 1 144,1 milliards (environ 2 milliards de dollars) à mobiliser sur le marché financier international, 600 milliards sur les marchés intérieur et sous-régional, et 600 milliards d’appuis budgétaires.
Ces 600 milliards d’appuis budgétaires constituent le nœud de l’affaire. Dans la pratique, les grands bailleurs, comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou les partenaires bilatéraux, conditionnent généralement leurs appuis au budget à l’existence d’un programme avec le FMI, qui sert de certificat de crédibilité. Sans accord, cette ligne devient fragile.
Le constat vaut aussi pour les marchés internationaux. Le Gabon y reste classé en catégorie de risque très élevé : Fitch a confirmé sa note « CCC- » en mai, et Moody’s, qui le maintient en Caa2, a assorti cette note d’une perspective négative en juin. Dans ces conditions, lever plus de 1 100 milliards à l’international sans l’ancrage d’un programme reviendrait à emprunter au prix fort. Autrement dit, une partie du bouclage du budget 2027 suppose que la négociation aboutisse.
Le FMI, de son côté, sait ce qu’il attend. Un programme débloquerait des financements, mais il imposerait en contrepartie des objectifs chiffrés en matière de recettes, de dépenses, d’arriérés et de transparence de la dette.
Trois gages déjà posés sur la table
Pour convaincre, Libreville met en avant trois chantiers : la remise à plat des exonérations fiscales, l’assainissement et la maîtrise de la masse salariale, et le recentrage des investissements publics sur les priorités du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030.
Le premier chantier trouve une traduction concrète dans le projet de loi de finances. Les régimes fiscaux conventionnels ou individuels devront respecter un plancher de TVA de 5 % et, pour les autres impositions, un minimum de 25 % de l’imposition de référence, sauf régimes légalement préservés. Les clauses de stabilité fiscale seront en outre réexaminées tous les cinq ans, et leur maintien devra être approuvé expressément en loi de finances. C’est une réponse directe à une critique récurrente des partenaires : l’État concède trop de recettes sans en mesurer le rendement.
La discipline de gestion a aussi été affichée dès la préparation du budget. Lors des conférences budgétaires de juillet, Hermann Immongault a exigé un recensement exhaustif des recettes des agences, établissements publics et organismes sous tutelle. Ces recettes doivent être présentées pour leur montant brut, sans utilisation extrabudgétaire. Le gouvernement entend également mettre fin aux reconductions automatiques de crédits.
La bataille des chiffres de la dette
Reste la question la plus sensible : combien le Gabon doit-il réellement ? L’audit national de la dette lancé en juin 2026, dont les résultats ont été publiés le 17 septembre, a arrêté un stock consolidé de référence de 9 524,6 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, alors que les premières estimations avoisinaient 11 700 milliards. Cette baisse de 18,6 % tient à des vérifications et à des reclassements, non à des remboursements effectifs. Rapporté à un PIB nominal 2025 réévalué à 13 822 milliards de FCFA, ce stock correspond à un ratio de 68,91 %. Le Gabon repasse ainsi, sur le papier, sous le plafond communautaire de 70 % fixé par la CEMAC. Les conclusions de l’audit ont été transmises au FMI, qui les a examinées lors de sa mission de septembre.
Mais cette photographie diverge nettement de celle des institutions financières. Les services du FMI projetaient en avril une dette publique à 86,1 % du PIB en 2026 et à 94,3 % en 2027. Fitch Ratings l’estime pour sa part à 80,6 % en 2026 puis à 87,6 % en 2027. L’écart tient pour l’essentiel à la réévaluation du PIB et au périmètre retenu. Or le Fonds n’est pas tenu de reprendre les chiffres nationaux tels quels. Ses services peuvent réintégrer certains arriérés ou passifs, contester le périmètre et mener leur propre analyse de viabilité de la dette. Une divergence importante pourrait retarder un accord ou des décaissements.
Les arriérés de paiement, estimés à plus de 443 milliards de FCFA, restent aussi un point de vigilance.
Un bon élève envers le Fonds lui-même
Sur un point au moins, Libreville marque des points. Au 31 août 2026, l’encours du Gabon envers le FMI s’établissait à 319,05 millions de DTS, soit environ 247 milliards de FCFA, contre 670,28 millions de DTS fin 2023. En moins de trois ans, le montant dû à l’institution a été réduit de plus de moitié, grâce au remboursement des anciens programmes. Ce n’est pas un désendettement global de l’État, mais c’est un signal de sérieux envers le créancier avec lequel le pays veut renégocier.
Ce qu’il faudra surveiller
Le chemin n’est pas tracé d’avance. La demande officielle de programme a été formulée en mars 2026, et les deux parties espèrent conclure d’ici la fin de l’année. Mais le communiqué publié par le FMI le 26 septembre, au terme de sa mission, reste prudent : il n’annonce ni accord ni ouverture de négociations formelles. Les discussions techniques sur les finances publiques, la dette et les perspectives doivent se poursuivre dans les prochaines semaines, avec pour objectif de préparer le terrain à de véritables discussions de programme. Les Assemblées de Bangkok, où la délégation gabonaise multiplie les rencontres avec investisseurs et institutions financières, offrent une première occasion de faire avancer le dossier. Certains analystes restent réservés : l’assureur-crédit Coface jugeait peu probable un nouveau programme, ce qui accroîtrait les risques de financement.
Trois indicateurs diront si la Loi de finances 2027 joue son rôle de ticket d’entrée :
- le sort réservé aux chiffres de l’audit dans l’analyse de viabilité de la dette du FMI ;
- la trajectoire de la masse salariale, sujet politiquement sensible dans un budget qui promet de préserver les acquis sociaux ;
- le vote du Parlement, qui dispose de la session budgétaire, ouverte le 1er septembre et close à la troisième semaine de décembre, pour adopter le texte et pourrait en modifier les équilibres. Pour la Commission des finances, du budget et de la comptabilité, présidée par Nicole Jeanine Roboty-Mbou et formée en septembre au budget-programme avec l’appui technique du FMI, ce sera le premier examen d’un budget annuel complet sous la Ve République.
+241 62 82 27 95