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La CEAG peut-elle vraiment faire baisser la vie chère au Gabon ?

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La CEAG peut-elle vraiment faire baisser la vie chère au Gabon ?

Pour répondre à la hausse du coût de la vie, le gouvernement a créé en août 2025 la Centrale d'achat du Gabon (CEAG), une société à capitaux publics et privés dotée d'un capital d'un milliard de FCFA. Sa mission est claire : réduire le coût des produits essentiels et protéger le pouvoir d'achat. Mais, dans sa configuration actuelle, la CEAG ressemble davantage à un opérateur public de distribution qu'à une véritable centrale d'achat.

Une première réponse à la flambée des prix

Le 22 juillet, la CEAG a annoncé de nouvelles mesures destinées à encadrer certains achats afin de limiter les stocks excessifs et de préserver l'accès des ménages aux produits de première nécessité. Chaque client pourra notamment acheter jusqu'à deux sacs de riz de 25 kg et cinq bouteilles d'huile d'un litre. Un mégamarché est également annoncé dans la zone des PK afin de proposer des produits essentiels à des prix encadrés.

Ces décisions interviennent dans un contexte marqué par des tensions récurrentes sur plusieurs produits alimentaires. Les pénuries d'huile ou de sucre observées ces dernières années avaient favorisé la spéculation, certains commerçants revendant l'huile entre 1 500 et 2 000 FCFA le litre, contre environ 1 000 FCFA auparavant.

Une centrale d'achat... ou un importateur public ?

Le principe d'une centrale d'achat consiste normalement à regrouper les commandes de plusieurs distributeurs afin de négocier de meilleurs prix auprès des fournisseurs grâce aux volumes achetés. Elle redistribue ensuite ces produits à ses adhérents, créant des économies d'échelle profitant au consommateur final.

Or, la CEAG fonctionne aujourd'hui davantage comme un grossiste public qui importe et revend directement certains produits. Cette approche peut contribuer à contenir les prix à court terme, mais elle ne modifie pas durablement les mécanismes de formation des prix ni l'organisation du marché.

S'appuyer sur les réseaux existants

Le Gabon dispose pourtant déjà d'importants réseaux de distribution, à l'image de CECA-Gadis, présent sur l'ensemble du territoire. L'enjeu pour la CEAG pourrait être moins de concurrencer ces acteurs que de s'appuyer sur leurs capacités logistiques afin d'assurer un approvisionnement régulier à moindre coût.

L'expérience de plusieurs pays, notamment le Cameroun, montre que les centrales d'achat les plus efficaces reposent sur la mutualisation des commandes entre plusieurs opérateurs, ce qui renforce leur pouvoir de négociation auprès des fournisseurs tout en garantissant une meilleure stabilité des prix.

La vie chère dépasse la seule question des importations

Les témoignages recueillis sur les marchés de Libreville illustrent la réalité quotidienne des ménages : les prix varient fortement d'un vendeur à l'autre et certains produits importés, comme l'oignon, continuent d'avoir des coûts excessifs. Si le gouvernement fixe des prix plafonds sur plusieurs produits essentiels, leur application demeure inégale.

La lutte contre la vie chère ne dépend donc pas uniquement de la création d'une centrale d'achat. Elle suppose également une meilleure organisation des circuits de distribution, un renforcement des contrôles, une amélioration des infrastructures de transport et un soutien accru à la production agricole nationale afin de réduire la dépendance aux importations.

Selon la Banque africaine de développement, l'inflation est restée modérée au Gabon en 2025 (1,8 %), mais le chômage et la pauvreté continuent de peser sur le pouvoir d'achat des ménages.

Un outil prometteur, mais encore inachevé

L'initiative mérite d'être saluée, car elle traduit une volonté de mieux protéger les consommateurs. Toutefois, pour devenir une véritable centrale d'achat au sens économique du terme, la CEAG devra évoluer vers un modèle fondé sur la mutualisation des achats, la coopération avec les distributeurs privés et la structuration des filières locales.

Sa réussite ne se mesurera pas seulement au nombre de sacs de riz ou de bouteilles d'huile vendus. Elle dépendra surtout de sa capacité à transformer durablement les circuits d'approvisionnement et à faire reculer les causes structurelles de la vie chère au Gabon.

La CEAG en quelques mots

Le gouvernement avait adopté en août 2025 une ordonnance et un décret portant création de la Centrale d'achat du Gabon, la CEAG, dont le capital est réparti entre l'État (37 %) et les opérateurs privés nationaux du secteur de la distribution (63 %). Une cinquantaine de produits seraient choisis pour faire de cette centrale l'unique importateur de riz, de farine, de lait en poudre, de sucre, d'huile et de certains matériaux de construction. Dès lors, une question se pose : la CEAG est-elle une centrale d'achat ou un établissement public d'importation ? Officiellement, la centrale d'achat gabonaise a lancé ses activités à travers quelques points de vente à travers la capitale, Libreville, et ses environs, courant avril 2026. Telle que définie, cette centrale d'achat ne ressemble pas à une centrale classique dont le rôle élémentaire est de permettre aux entreprises de regrouper leurs commandes pour négocier de meilleurs tarifs et, au bout du compte, de bénéficier de prix unitaires plus bas grâce à des volumes d'achats plus importants.

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