Le projet Gab Pêche, destiné à hisser la contribution de la pêche artisanale et à faire baisser le prix du poisson au Gabon, prend timidement forme, pour des raisons opérationnelles et d'organisation. Une restructuration du secteur s'avère nécessaire, rapporte-t-on à la Direction Générale des Pêches.
Lancé en août 2025 au Centre d'Appui à la Pêche Artisanale de Libreville (CAPAL), le projet doit permettre aux pêcheurs artisanaux de disposer de financements et d'embarcations modernes, pour limiter l'importation de poissons.
Le programme affiche un bilan mitigé, révèlent des sources proches du dossier. « Gab Pêche n'a atteint qu'une partie de ses objectifs. Sur 20 embarcations prévues, une dizaine seraient opérationnelles, et des problèmes de gouvernance freineraient son efficacité », déclare une source proche du projet.
« Les pêcheurs nationaux ont du mal à accéder à des zones de prolifération de poissons où des eaux froides rencontrent des eaux chaudes. Le Gabon se trouve à cheval sur l'Équateur et non dans des zones tropicales, plus poissonneuses, comme au Sénégal ou en Mauritanie », argumente-t-il.
La Banque pour le commerce et l'entrepreneuriat du Gabon (BCEG) accompagne le projet. La première phase a été dotée d'un financement de 200 millions de francs CFA. Les acquéreurs des embarcations bénéficient d'un prêt à taux bonifié de 6 %, remboursable sur 18 mois.
Des moyens techniques améliorés
La pêche artisanale, qui débarque entre 25 000 et 30 000 tonnes de poissons par an, utilise des moyens de navigation rudimentaires, limités aux estuaires, fleuves, rivières, lagunes et au littoral. Les embarcations livrées disposent d'un GPS, d'un moteur hors-bord de 40 CV, de filets adaptés et d'une caisse isotherme pouvant contenir 250 kg de glace et 500 kg de poisson.
Des volumes de captures peu reluisants
Un premier point sur la viabilité du projet a été fait à Libreville le 21 mai 2026, par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, en présence du ministre de la Mer, de la Pêche et de l'Économie Bleue, Aimé Martial Massamba. Le ministère déplore que plusieurs embarcations ne débarqueraient pas directement leurs produits au CAPAL, ce qui complique l'estimation des ressources réellement rapportées.
Booster le secteur
« Nous avons recours principalement à la technique des filets maillants et de la ligne, qui présentent peu d'effets néfastes pour le milieu marin », confie Auguste Ngoma, qui privilégie les rivières près de la Pointe-Denis.
« Il existe au Gabon un marché potentiel que nous n'exploitons pas suffisamment. Mon poisson passe par le CAPAL, mais j'approvisionne aussi des restaurateurs privés », confie Emile Mboumba, qui semble bien vivre de son activité. Pour lui, le manque de connaissances sur les marées et l'accès limité à certains appâts restent les principaux obstacles.
La pêche artisanale, la plus performante en débarquements, fait face au coût élevé du carburant et à l'absence de chaîne du froid, ce qui contraint les pêcheurs à rester près des ports. Chaque année, les autorités suspendent pendant quelques mois la pêche à la sardine, pour laisser les stocks se reconstituer.
En dotant les pêcheurs de moyens modernes, les autorités souhaiteraient satisfaire la demande nationale, estimée à 50 000 tonnes par an. Le Gabon reste toutefois contraint d'importer entre 7 000 et 9 000 tonnes de poissons congelés chaque année, pour environ 9 milliards de francs CFA, selon le ministère de la Pêche.