Les Zones agricoles à forte productivité (ZAP) peuvent-elles faire naître de véritables champions de l'agrobusiness capables de réduire la dépendance alimentaire du Gabon ? L'enjeu est stratégique car le pays engloutit plus de 500 milliards de FCFA par an pour importer près de 80 % de sa consommation (ministère de l'Agriculture). Face à cette vulnérabilité, les ZAP s'imposent comme le pivot de la souveraineté nationale.
Sur le papier, la démarche offre une réponse concrète aux verrous historiques : sécurisation foncière, viabilisation des parcelles à Kango ou Idemba et professionnalisation progressive des acteurs ruraux. La feuille de route vise l'aménagement de 50 000 hectares pour produire localement plus de 200 000 tonnes de denrées (maraîchage, manioc, banane, volaille) et créer 15 000 emplois directs. L'objectif affiché est clair : transformer de simples exploitants en véritables chefs d'entreprises agricoles.
Pourtant, le passage aux réalités opérationnelles se heurte à un mur d'investissement. L'aménagement des infrastructures, de la voirie et de l'électrification requiert près de 50 milliards de FCFA par an sur dix ans (BAD, ministère de l'Économie), soit près d'un dixième de la facture d'importation annuelle. Dans un contexte budgétaire contraint, le crédit bancaire commercial demeure timide pour ces futures PME agricoles, faute de garanties adaptées.
Pour financer ce gap et pérenniser ces zones, le Gabon gagnerait à s'inspirer de modèles éprouvés : au Maroc, les agropoles bénéficient d'un cofinancement public-privé via des guichets dédiés ; au Sénégal, les domaines agricoles s'appuient sur des fonds de garantie publique à 50 % pour rassurer les banques ; en Côte d'Ivoire, l'agrégation industrielle permet d'encadrer les producteurs satellites en leur garantissant intrants et débouchés fermes.
La stratégie des ZAP ne manque ni d'ambition ni de cohérence sur le papier. Ce qui décidera de son succès, c'est la capacité du Gabon à boucler, dans les prochains mois, le montage financier qui manque encore : sans guichet dédié ni fonds de garantie, les 50 000 hectares resteront un projet d'aménagement plutôt qu'un vivier de champions agricoles.