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Sucreries du Gabon : le capital est arrivé, le coût est resté

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Sucreries du Gabon : le capital est arrivé, le coût est resté

En avril 2024, l'unique producteur de sucre du Gabon a changé de mains. L'État a repris SUCAF Gabon à Somdiaa, puis a cédé 90 % de la nouvelle société au groupe turc MFB. L'entreprise est devenue Les Sucreries du Gabon. Dans l'opération, l'État a renoncé à une créance d'environ 30 milliards de francs CFA. Le repreneur s'est engagé à moderniser l'usine et à approvisionner le marché par importation pendant douze mois.

En 2024, les deux obstacles majeurs que sont le financement et l'accès au marché sont totalement levés. Le premier financement est arrivé : 5,31 milliards investis dans de nouveaux équipements dès la première année. La demande existait déjà. Près de 40 000 tonnes par an, et aucun autre producteur national pour la servir. Tous les voyants semblent donc être au vert.

Fin août 2026, la direction générale a pourtant décrit une situation financière très difficile et un actionnaire qui s'estime délaissé par l'administration. Les derniers chiffres publiés portent sur 2024. La production est tombée à 14 640 tonnes, en recul de 21 %. Les ventes ont perdu 31,5 %, à 20 250 tonnes. Le chiffre d'affaires est resté à 22,42 milliards parce que les prix ont augmenté : les acheteurs, industriels en tête, ont compensé par le prix la perte de près d'un tiers des volumes. En janvier 2026, deux mois de salaires impayés ont mis le site à l'arrêt.

L'entreprise invoque la concurrence du sucre importé. Les importations ont bondi de 212 % en 2024, de 7 056 à 22 074 tonnes. Le chiffre désigne les achats de l'entreprise elle-même, faits pour tenir l'engagement d'approvisionnement pris lors de la reprise.

En 2024, le premier importateur de sucre du Gabon s'appelait Les Sucreries du Gabon.

Un premier handicap précède la reprise : la géographie. Le complexe sucrier est implanté à Ouellé, dans le Haut-Ogooué, à plus de 700 kilomètres de ses principales zones de vente.

En 2023 déjà, une partie des importations compensait un sucre produit sur place que l'entreprise peinait à acheminer vers l'Estuaire, entre perturbations du chemin de fer et routes enclavées. Le sucre importé débarque à Owendo, à la porte du marché. Le sucre de Franceville doit traverser le pays pour y arriver, et paie à chaque kilomètre des coûts de facteurs gabonais.

Un second poids se voit moins. Isolée en zone rurale, l'entreprise entretient à Ouellé des routes, des écoles et des structures de santé qui relèvent en principe de l'État. Le sucre débarqué à Owendo ne finance aucun dispensaire.

Les demandes adressées à l'État sont au nombre de trois : une protection du marché intérieur, la reprise de ces infrastructures par la puissance publique, le respect des engagements pris en 2024. Chacune désigne un payeur différent. La protection fait payer les acheteurs, qui ont déjà absorbé la hausse des prix de 2024. La reprise des infrastructures fait payer le budget, pour des missions qui sont les siennes. Les engagements relèvent du contrat de reprise, et la liste de ceux qui resteraient inexécutés n'a pas été rendue publique. Les salaires impayés appartiennent à une autre catégorie : des coûts récurrents, que le capital d'entrée ne couvre pas.

Un chiffre devrait précéder toute décision : le coût d'une tonne de sucre de Franceville livrée à Owendo, décomposé en trois parts. La production, le trajet, et les missions publiques que l'entreprise assume à la place de l'État. La troisième part appelle un transfert : l'État reprend ce qui lui revient et la dépense retrouve son payeur normal. La deuxième appelle un traitement logistique. La première, si c'est elle qui creuse l'écart avec le sucre importé, ne sera comblée par aucune aide qui ne devienne permanente. Une protection du marché couvrirait les trois à la fois, sans les distinguer, aux frais de l'acheteur.

Ce calcul ne paiera pas les 552 salariés, dont l'urgence appelle une réponse distincte. Les données publiques s'arrêtent par ailleurs à 2024. Le poids des importateurs tiers depuis la fin de l'engagement de reprise reste à mesurer, et c'est peut-être là que la demande de protection trouvera sa justification.

Le sucre de Franceville n'affronte pas le sucre importé à Franceville. Il l'affronte sur le quai d'Owendo.

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