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Gagner de l'argent ne veut pas dire être rentable

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Gagner de l'argent ne veut pas dire être rentable

Il règne, dans l'écosystème tech gabonais, une confusion tenace. Une confusion qui pousse de jeunes fondateurs, des entrepreneurs aguerris et des chefs d'entreprise expérimentés à célébrer trop tôt… et à célébrer la mauvaise chose. Elle tient à trois verbes que l'on emploie souvent comme synonymes, alors qu'ils désignent des réalités radicalement différentes : lever, gagner, devenir rentable.

Lever des fonds, quelle qu'en soit la voie (concours d'innovation, prix d'entrepreneuriat, subvention, business angel, capital-risque), c'est obtenir de l'argent extérieur pour financer une ambition que l'entreprise ne peut pas encore porter seule. C'est un outil, souvent nécessaire, parfois décisif. Mais ce n'est pas un revenu.

Gagner de l'argent, c'est encaisser un chiffre d'affaires : les clients paient pour ce qui est vendu.

Devenir rentable, enfin, c'est le moment où les recettes couvrent non seulement les dépenses courantes, salaires, loyers, achats, marketing, etc., mais dégagent aussi un excédent : un bénéfice. Ce bénéfice peut être réinvesti pour financer la croissance sans devoir retourner voir les investisseurs. Il peut servir à leur verser un retour sur investissement, sous forme de dividendes ou de rachat de parts. Et si le fondateur a financé son entreprise seul, ce bénéfice lui revient directement. C'est la seule étape où l'entreprise cesse de dépendre du bon vouloir des autres pour exister.

Trois étapes distinctes. Trois exploits distincts. Et une entreprise peut réussir la première, voire la deuxième, pendant très longtemps sans jamais atteindre la troisième.

Donc oui, une entreprise peut lever des fonds à répétition, gagner de l'argent et ne pas être rentable pour autant, et ce, pendant des années.

Le cas le plus connu, et sans doute le plus troublant, est celui de Snapchat. L'application, très populaire au Gabon comme dans une grande partie de l'Afrique francophone, compte 956 millions d'utilisateurs actifs par mois en 2026. Elle génère plus d'un milliard et demi de dollars de chiffre d'affaires par trimestre. Elle existe depuis près de quinze ans. Et pourtant, elle n'a jamais été rentable. Sur les trois premiers mois de 2026, sa société mère, Snap Inc., a encore perdu 89 millions de dollars.

Au Kenya, il y a eu Copia Global, plateforme de commerce électronique célébrée pour son modèle rural, qui avait levé 123 millions de dollars ; elle a déposé le bilan en mai 2024. Au Nigeria, 54gene, saluée pour son ambition en génomique africaine, avait levé 45 millions de dollars ; elle a fermé ses portes fin 2023 sur fond de mauvaise gestion financière. Gro Intelligence, spécialisée dans l'intelligence artificielle appliquée à l'agriculture, avait levé 85 millions de dollars ; elle a licencié 60 % de ses effectifs avant de disparaître en 2024.

Toutes avaient levé des fonds. Aucune n'avait construit une rentabilité durable.

La leçon mérite d'être posée noir sur blanc, le plus important, c'est devenir rentable, pas seulement gagner de l'argent. C'est ce qui distingue une entreprise viable d'un feu de paille.

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