Les Échos de l'éco
Votre espace, votre expérience Créez votre Une Posez vos questions à nos auteurs Jouez à nos jeux Accédez à des fonctionnalités réservées aux membres Créez votre compte maintenant et devenez membre des échos
Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

Délestages : quand l'obscurité ne surprend plus

Partager
Retrouvez-nous sur Google
Écouter
Délestages : quand l'obscurité ne surprend plus

Coupures quotidiennes, pannes à répétition, opérateur endetté puis dissous : en 2026, le manque d'électricité ne scandalise plus, il s'organise. Or cette banalisation n'a rien d'anodin. Elle signe la rupture du pacte de confiance entre les Gabonais et leur service public, et elle a un coût, économique comme social, que personne ne rembourse.

Depuis le 13 septembre, Libreville, Akanda, Owendo et une partie de Ntoum vivent au rythme des coupures et des remises sous tension. Ce jour-là, la centrale flottante KarPowerShip s'est arrêtée onze heures pour une maintenance d'urgence ; peu après, une ligne haute tension cédait entre Bisségué et Owendo. Il y a un an déjà, une habitante de Mindoubé confiait : « Chaque jour on se demande quand la lumière va s'éteindre. » La phrase n'a pas pris une ride. Pire, elle ne choque plus. La question n'est plus de savoir si le courant va sauter, mais quand.

De l'accident à l'habitude

Une coupure isolée est un incident ; une coupure quotidienne, un système. En février, les délestages atteignaient environ deux heures par jour dans le Grand Libreville, découpé en sept zones. Le délestage a désormais ses zones, ses horaires, son calendrier. Il ne lui manque plus qu'une place dans l'agenda familial. Début mars, le chef de l'État exigeait des résultats rapides. Force est de constater que les ampoules n'ont pas entendu : en mai, le centre-ville, cœur administratif et financier du pays, restait des journées entières sans courant. En juin, une panne informatique plongeait Libreville et Port-Gentil dans le noir.

Série noire ? Rien n'est moins sûr. Le barrage de Kinguélé Aval est raccordé, des mégawatts ont été ajoutés, et pourtant les coupures persistent. C'est dire la fragilité d'un réseau où une ligne, un logiciel ou une centrale suffit à faire basculer la capitale.

Un pacte rompu

Un service public repose sur un contrat simple : l'usager paie, l'opérateur fournit. En 2026, ce contrat est rompu des deux côtés. D'un côté, une dette de 149 milliards de FCFA, des maintenances différées, des fournisseurs impayés. Et une communication qui oscille entre excuses et évidences : la stabilisation, explique-t-on, dépend de la remise en état des ouvrages. Le courant reviendra donc quand le réseau sera réparé. L'usager s'en doutait. De l'autre côté, quelque 3 000 branchements illicites recensés cette année. La fraude reste la fraude, mais elle en dit long : quand on ne croit plus recevoir ce que l'on paie, la tentation de ne plus payer grandit. Le cercle vicieux est complet. Quant au plan d'urgence annoncé en février pour en finir avec les délestages, il est triennal. L'urgence s'étale donc sur trois ans.

Un coût économique et social

Car l'électricité qui manque ne dispense pas d'en avoir besoin. Chaque foyer, chaque commerce devient son propre fournisseur, à prix fort : appareils grillés, denrées perdues, productivité en berne, charges en hausse. Comment attirer des investisseurs quand le quartier d'affaires tourne sous perfusion de groupes électrogènes ? Cet impôt invisible, personne ne l'a voté, mais chacun le règle comptant.

Surtout, il frappe inégalement. L'industrie a ses groupes de secours ; les PME, les petits commerces et les services publics subissent l'arrêt. En somme, celui qui peut s'offrir un groupe achète sa lumière, les autres attendent dans le noir. En province, la situation est pire : dans le Woleu-Ntem, la coupure n'est plus un événement, c'est un climat. Reste le coût le plus insidieux, celui de la résignation. Une population qui ne s'étonne plus cesse d'exiger ; son ingéniosité même soulage l'opérateur de la pression qui devrait le pousser à changer.

Changer de nom ou de modèle ?

Le 25 juin, l'État a acté la scission de la SEEG en deux sociétés, La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon, qui prendront le relais le 1er janvier 2027. Des turbines de 100 MW attendent à Akournam, le solaire d'Ayémé monte en puissance, et le Pacte national de l'énergie vise 1 100 MW en 2030. Sur le papier, la trajectoire est cohérente. Mais une enseigne neuve suffira-t-elle à rallumer la confiance ? L'ampoule, elle, ne lit pas les statuts. Les Gabonais ne jugeront ni l'organigramme ni les textes : ils jugeront la lumière. En attendant, on recharge les lampes et on fait le plein des groupes. L'obscurité ne surprend plus. Reste à savoir si 2027 la fera reculer, ou si l'on aura simplement appris à vivre avec.

Posez une question à l'auteur

Une précision à demander, un point à éclaircir, un avis contraire à faire valoir ? Modeste OKOME vous répond directement, et sa réponse vous attendra dans votre espace.