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Sous la pluie de Libreville, le monde file vers +2,6 °C : et le Gabon dans tout ça ?

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Sous la pluie de Libreville, le monde file vers +2,6 °C : et le Gabon dans tout ça ?

À Libreville il pleut, comme presque tous les jours en octobre. La température tourne autour de 26 °C, l'air est humide à 91 %, et les averses tombent presque chaque après-midi. Pour Madeleine, qui vend  des jus de bissap à côté du  village artisanal  , c'est juste un mercredi  de plus, un jour où il faut bâcher son étal avant que tout soit trempé.

Mais au-dessus de sa tête, il y a une autre actualité. L'ONU vient de publier son rapport annuel sur le climat. Conclusion : même si tous les pays tiennent leurs promesses, la Terre se réchauffera de 2,6 °C d'ici la fin du siècle. Le patron de l'ONU, António Guterres, ne mâche pas ses mots : le monde est « dangereusement loin du compte », et l'objectif de 1,5 °C « ne peut plus être évité d'être dépassé ».

À Libreville, le discours officiel est beaucoup plus rose. Voici pourquoi cela pose question.

« Ils disent que nos arbres absorbent le carbone. Mais qui répare mon toit ? »

C'est la question que pose Madeleine, 50 ans peut-être, en montrant du doigt l'eau boueuse qui monte devant son étal.

Son incompréhension est simple : le gouvernement répète que le Gabon est un « pays puits de carbone », que ses forêts avalent le CO2 du monde entier. Mais quand la pluie tombe trop fort, c'est bien son étal qui est inondé, pas celui d'un diplomate à New York.

Et elle n'a pas tort de s'inquiéter. La Banque mondiale a prévenu dès 2025 : si rien n'est fait pour adapter les villes, le changement climatique pourrait coûter au Gabon entre 3,5 % et 5,3 % de sa richesse nationale d'ici 2050. En clair : moins d'argent pour les routes, les hôpitaux, les écoles, et les caniveaux.

Un militant écologiste entre colère et ironie

« On est assis sur une montagne d'or, mais on n'a même pas de quoi acheter une pompe à eau. »

C'est Jean-Paul Ndong, coordinateur d'une ONG environnementale locale, qui parle. Il vient de lire le rapport de l'ONU, et il est partagé entre le fou rire et la colère.

Son argument tient en trois chiffres :
Le Gabon a un plan climat ambitieux, avec 95 mesures. Sur le papier, c'est l'un des meilleurs d'Afrique. Ce plan coûte 395 milliards de francs CFA. Les financements réellement reçus : 92 milliards. Moins d'un quart. « Le reste, on le paie avec de la "volonté politique" ? », ironise-t-il. Pour lui, le temps qu'on passe à écrire des rapports serait mieux utilisé à réparer les canalisations.

Ce que répond le gouvernement

Dans un bureau climatisé du ministère de l'Environnement, un haut responsable, qui préfère rester anonyme, défend le bilan.Le Gabon est un cas à part. 88 % du pays est couvert de forêt, qui absorbe quatre fois plus de CO2 que le pays n'en émet. « On rend service à la planète », résume-t-il.
Ce n'est pas que des promesses. Une loi de 2022 oblige toutes les politiques publiques à prendre en compte le climat.
Les travaux arrivent. Un projet soutenu par la Banque mondiale doit améliorer le drainage et protéger les quartiers des inondations.
Les coupables, ce sont les autres. Si le monde n'y arrive pas, c'est la faute des pays industrialisés, qui ne paient pas leur part.
Interrogé sur les pieds dans l'eau de Madeleine, le responsable garde son sourire : « L'action climatique, ça prend du temps. »

À quoi ressemblera Libreville à +2,6 °C ?

On peut déjà en avoir un avant-goût. En octobre, il tombe en moyenne 450 mm de pluie à Libreville,et il pleut presque tous les jours. Avec le réchauffement, ces pluies extrêmes vont se multiplier.

Le problème, c'est que Libreville n'est pas prête : les caniveaux sont vieux, les quartiers bas sont inondables, et la ville est au bord de la mer. Chaque grosse averse est déjà un test. Demain, ce sera un examen.

Il y a une ironie supplémentaire : l'argent que le Gabon a utilisé pour financer sa lutte contre le changement climatique vient en grande partie du pétrole,  une énergie que le monde est justement en train d'abandonner.

Alors, que retenir ?

Trois choses, en clair : Le monde va vers +2,6 °C. Ce n'est pas une fatalité, mais il faudrait agir beaucoup plus vite. L'ONU dit qu'il faudrait réduire les émissions mondiales de 18 % d'ici 2030. Les promesses actuelles ne permettront que 5 à 8 %.

Le Gabon a de bons arguments… sur le papier. Son plan climat est solide, mais l'argent manque et les infrastructures ne suivent pas.

Sur le terrain, les gens voient surtout la pluie. Pour Madeleine, le changement climatique n'est pas une courbe sur un graphique. C'est de l'eau dans son manioc. Guterres a dit une phrase simple : « Nous avons les outils pour changer de cap. » La vraie question, à Libreville, c'est : quand ces outils descendront-ils des tribunes de New York pour arriver dans les rues trempées du Gabon ?

En attendant, la pluie s'est arrêtée. Mais les prévisions annoncent 80 % de chances qu'elle revienne demain.

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