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S comme… SIGALLI : près de quarante ans de yaourt gabonais

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S comme… SIGALLI : près de quarante ans de yaourt gabonais

À Libreville, dans la zone industrielle d'Oloumi, une usine tourne depuis 1988. Chaque jour, elle transforme du lait, des fruits, du sucre dans des emballages en yaourt et en jus de fruits. Le nom de l'entreprise, Société Industrielle Gabonaise de Laiterie et de Liquides, tient en un sigle plus simple à retenir : SIGALLI. Derrière cette routine industrielle se cache une aventure de près de quarante ans, celle d'une entreprise gabonaise qui a choisi de produire localement dans un secteur où l'essentiel vient encore de l'étranger.

L'histoire commence au milieu des années 2000, quand SIGALLI s'impose déjà comme un nom qui compte dans l'agroalimentaire local. En 2005, elle affiche un chiffre d'affaires de 5,4 milliards de FCFA et vise les 6 milliards pour l'année suivante. Ses chaînes sortent alors 6,2 millions de pots de yaourt, 8,6 millions de yaourts en coussins et 2,3 millions de litres de jus et boissons. Ces chiffres appartiennent à une autre époque, mais ils disent quelque chose d'essentiel : dès cette période, SIGALLI n'est plus un simple atelier, c'est une industrie qui pèse.

Deux décennies plus tard, le capital social de l'entreprise atteint 1,5 milliard de FCFA, selon les actes juridiques publiés en 2023 et actualisés en 2024. Ces mêmes documents confirment que Jacques Dubois occupe toujours le poste de Président, Directeur Général. La continuité à la tête de l'entreprise accompagne une croissance patiente, faite d'investissements successifs plutôt que de sauts spectaculaires, comme en témoigne la nouvelle usine de yaourts inaugurée en 2012 et certifiée ISO 22 000.

Mais grandir dans l'industrie laitière gabonaise, c'est avancer à contre-courant d'un marché largement approvisionné depuis l'étranger. Selon le ministère de l'Agriculture, sur la base des bilans alimentaires 2020-2021, chaque Gabonais dispose en moyenne de près de 13 kg de lait par an, une quantité alimentée en bonne partie par les importations, notamment depuis la France. Les statistiques commerciales récentes confirment l'ampleur de ce flux : au quatrième trimestre 2025, les importations gabonaises de lait, de crème et de produits laitiers ont atteint 8,7 milliards de FCFA, contre 5,3 milliards au trimestre précédent, et près du double du niveau enregistré un an plus tôt. Ces montants ne concernent pas seulement le marché du yaourt, mais ils dessinent le décor dans lequel SIGALLI opère : un marché ouvert, où le local doit sans cesse démontrer sa place.

Produire au Gabon a un prix, et pas seulement au sens figuré. En février 2025, SIGALLI figurait parmi les industriels reçus par le ministère du Commerce pour une réunion consacrée à l'approvisionnement en sucre, une matière première essentielle aussi bien pour les boissons que pour les produits laitiers. Les industriels présents ont alors pointé deux difficultés bien concrètes : la qualité et le prix de ce sucre. Des négociations devaient s'engager avec les sucreries locales. Cette question dépasse largement le seul cas de SIGALLI : elle touche à la capacité du Gabon à sécuriser, pour ses industries de transformation, des intrants qu'il ne produit pas toujours lui-même en quantité suffisante. Produire localement, en somme, ne veut pas dire disposer localement de tout ce dont on a besoin. La filière laitière nationale, de son côté, reste peu structurée, et la construction d'une chaîne complète, de l'élevage à la transformation, demeure un chantier de longue haleine pour les pouvoirs publics.

Face à cette réalité, SIGALLI a choisi de ne pas se limiter à la fabrication. L'entreprise exploite désormais des magasins usine de type Cash & Carry à Oloumi, Akanda et Nzeng-Ayong où elle vend en gros et au détail, plusieurs marques reconnues du grand public, parmi lesquelles Yoplait, Candia, La Vache qui rit, Fun, Diego, Tropic, POP et Tampico. Cette double présence, dans la production et dans la distribution, lui offre un accès plus direct au consommateur et diversifie ses revenus. Elle l'expose aussi, dans les mêmes rayons, à des produits importés qui bénéficient souvent d'économies d'échelle et de chaînes d'approvisionnement internationales déjà bien rodées. Son réseau performant de distribution permet de toucher tous les points de vente de la capitale et la plupart des localités du pays.

Reste à savoir ce que racontera la prochaine décennie. L'évolution du capital social de SIGALLI témoigne d'une progression financière réelle depuis la création de l'entreprise, mais les indicateurs qui compteront demain se trouvent ailleurs : les volumes produits, la maîtrise des coûts, l'extension du réseau de distribution, la capacité à gagner des parts de marché face aux produits venus d'ailleurs. Le parcours de SIGALLI prouve qu'une entreprise gabonaise peut durer, et même prospérer, dans un secteur largement dominé par l'extérieur. Il rappelle aussi les limites que rencontre encore l'industrie locale : dépendance aux intrants, coûts logistiques, filières agricoles insuffisamment structurées.

Le Gabon, dans son ensemble, cherche à réduire sa dépendance aux importations alimentaires. Pour SIGALLI, la question posée par les années à venir est simple à formuler et difficile à résoudre : transformer près de quarante ans de présence industrielle en une part de marché plus large, au rythme d'une filière laitière locale qui, de l'élevage à la distribution, se structure peu à peu, ou tarde encore à le faire.

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