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Perspectives du FMI : l’Afrique centrale face à l’impératif de rigueur budgétaire

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Perspectives du FMI : l’Afrique centrale face à l’impératif de rigueur budgétaire

Bangkok, terrain de jeu des prévisions. Pendant que Taïwan surfe sur l’intelligence artificielle et que l’Arabie saoudite plonge de 3,3 %, le FMI demande aux pays à faible revenu d’arbitrer entre soutien social et service de la dette. Au Gabon, la subvention sur les carburants risque de peser lourd dans l’équation.

Le Fonds monétaire international (FMI) a rendu son verdict mardi depuis Bangkok : l’économie mondiale croulera sous 3,1% en 2026, une légère révision à la hausse (+0,1 point) par rapport à juillet. Derrière ce chiffre en apparence rassurant se cache une réalité bien moins reluisante pour les pays émergents, et particulièrement pour l’Afrique subsaharienne.

L’IA d’un côté, le pétrole cher de l’autre

Le FMI décrit une planète « fragmentée », tiraillée entre deux dynamiques contradictoires. D’un côté, les économies avancées – États-Unis (2,3%), Taïwan (10,7%), Corée du Sud (3,3%) – dopées par le boom des investissements dans l’intelligence artificielle. De l’autre, les pays émergents, étranglés par la flambée des prix des hydrocarbures générée par le conflit au Moyen-Orient.

« Une trajectoire à deux vitesses », résume le Fonds, qui prévoit une contraction spectaculaire au Moyen-Orient : -3,3% pour l’Arabie saoudite, -16% pour l’Irak, jusqu’à -16,7% pour le Koweït. L’Iran, lui, devrait encaisser -7,6%.

Pour les pays importateurs de pétrole et à faible revenu – dont fait partie le Gabon, malgré sa production pétrolière en déclin –, la facture est double : subventions énergétiques qui absorbent des marges budgétaires déjà exsangues, et inflation importée qui rogne le pouvoir d’achat des ménages.

Le Gabon dans le viseur

Si le FMI ne cite pas explicitement le Gabon dans ses prévisions actualisées, la situation décrite résonne étrangement avec celle de Libreville. Le pays, qui subventionne encore largement les carburants à la pompe, voit ses marges de manœuvre se réduire comme peau de chagrin. La hausse des prix du brut, si elle profite théoriquement aux exportateurs, est en partie absorbée par la baisse structurelle de la production gabonaise et par des coûts d’importation de produits raffinés en hausse.

« Nous préconisons un équilibre entre les besoins immédiats liés à l’inflation, la sécurité alimentaire et énergétique – et la nécessité de préserver la stabilité à moyen terme », insiste Deniz Igan, cheffe de la division de recherche du FMI. En clair : il va falloir choisir entre acheter la paix sociale à coups de subventions et assainir des finances publiques déjà mises à mal.

La France, mauvaise élève de la zone euro

Plus près de chez nous, la France fait figure d’exception négative. Le FMI a revu sa croissance à la baisse de 0,2 point, à 0,4% pour cette année, avant une timide amélioration à 0,7% en 2027. En cause : les vagues de chaleur et incendies de l’été, mais aussi « une vive incertitude politique et budgétaire ». Un avertissement qui vaut aussi pour les partenaires africains de Paris, dont les économies restent sensibles aux turbulences de leur ancienne métropole.

L’Allemagne, elle, connaît une vive accélération (+1,3%), portée par des investissements dans les technologies vertes et l’IA. L’Espagne suit avec 2,5%.

L’IA, moteur providentiel ou bulle spéculative ?

Interrogée par l’AFP, Silvana Tenreyro, cheffe économiste du FMI, rappelle que l’IA a contribué à près de la moitié de la croissance du commerce mondial entre 2023 et 2025. Mais elle prévient : « La dynamique positive liée à l’IA pourrait s’arrêter brutalement si les attentes concernant les bénéfices et gains de productivité du secteur étaient révisées à la baisse. » Un scénario qui ferait l’effet d’une douche froide sur des marchés déjà fébriles.

Et l’Afrique dans tout ça ?

Le FMI appelle les gouvernements à réduire leurs dépenses et à mieux gérer leur endettement. Une équation compliquée pour les pays en développement, dont beaucoup  comme le Gabon  doivent simultanément faire face à des besoins sociaux criants, à des infrastructures vieillissantes et à des créanciers de plus en plus exigeants.

« Les vents contraires liés à une guerre prolongée et à des tensions géopolitiques persistantes pourraient raviver les pressions inflationnistes, peser sur les situations budgétaires, et frapper le plus durement les pays importateurs d’énergie et à faible revenu », prévient le Fonds.

Autrement dit : l’Afrique centrale, déjà fragilisée par les crises multiformes , pourrait bien être la variable d’ajustement d’une reprise mondiale à deux vitesses. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, l’a rappelé sans détour : « La stabilité macroéconomique et financière constitue votre première ligne de défense. C’est une source de sécurité. » Reste à savoir si cette ligne de défense tiendra face à la tempête.

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