Le premier mensuel économique au Gabon.

Les Échos de l'éco
Votre espace, votre expérience Créez votre Une Posez vos questions à nos auteurs Jouez à nos jeux Accédez à des fonctionnalités réservées aux membres Créez votre compte maintenant et devenez membre des échos
Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

Éducation entrepreneuriale : le Gabon prépare-t-il ses diplômés à chercher un emploi ou à en créer ?

Partager
Retrouvez-nous sur Google
Écouter
Éducation entrepreneuriale : le Gabon prépare-t-il ses diplômés à chercher un emploi ou à en créer ?

Pendant longtemps, la réussite scolaire au Gabon a été associée à une trajectoire relativement claire : obtenir le bac, poursuivre ses études, décrocher un diplôme, puis intégrer une entreprise ou, surtout, la fonction publique. Mais dans une économie où le marché de l’emploi ne peut absorber tous les diplômés, cette équation montre ses limites. Une autre question s’impose désormais : l’école gabonaise apprend-elle suffisamment aux jeunes à créer leur propre activité, à identifier une opportunité économique et à transformer une idée en entreprise ?

Sur le papier, l’intention existe. La loi gabonaise relative à la promotion des petites et moyennes entreprises prévoit explicitement que l’État doit favoriser « la pérennisation de l’enseignement de l’entrepreneuriat dans le système éducatif national ». Le même texte prévoit des programmes et structures de formation à l’entrepreneuriat dans le système éducatif. Le principe est donc posé. Mais entre l’intention législative et la réalité pédagogique, le chemin reste long.

L’entrepreneuriat existe dans les textes

La loi d’orientation générale de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche de 2011 avait déjà inscrit l’insertion professionnelle et l’auto-emploi dans le paysage de la formation technique et professionnelle. Les diplômes de l’enseignement technique et professionnel doivent notamment permettre l’insertion professionnelle, l’auto-emploi ou la poursuite des études.

La formation professionnelle doit, elle aussi, favoriser l’auto-emploi. Le texte prévoit notamment des parcours pouvant conduire les jeunes vers l’apprentissage d’un métier, l’alternance avec des entreprises et, après le BEPC, des formations destinées à l’auto-emploi.

Autrement dit, le problème n’est pas l’absence totale de cadre juridique. Il se situe davantage dans la capacité à transformer ces orientations en une véritable culture entrepreneuriale, accessible bien au-delà des filières techniques. Car entreprendre ne devrait pas commencer au moment où un jeune, diplôme en poche et sans emploi, cherche une solution de survie.

Apprendre à entreprendre avant d'avoir besoin d'entreprendre

L’éducation entrepreneuriale ne consiste pas uniquement à apprendre à rédiger un business plan ou à créer une entreprise. Elle commence beaucoup plus tôt : apprendre à observer son environnement, identifier un problème, chercher une solution, calculer un coût, fixer un prix, travailler en équipe, gérer un budget, argumenter, vendre, négocier, accepter l’échec et recommencer.

C’est aussi apprendre que l’entreprise n’est pas seulement une affaire de financement. Une idée ne devient pas automatiquement une entreprise parce qu’elle bénéficie d’un financement. Cette pédagogie pourrait commencer au collège et évoluer progressivement jusqu’à l’enseignement supérieur : projets collectifs, mini-entreprises, gestion d’un budget fictif, découverte des métiers, rencontres avec des entrepreneurs, stages, concours d’innovation, initiation à la comptabilité ou encore éducation financière.

Le Gabon dispose déjà d’expériences qui montrent que cette approche est possible. En mars 2026, une initiative menée au Lycée Technique National Omar Bongo a ainsi placé des élèves dans une démarche allant de l’idée jusqu’à la production, sous l’impulsion d’un enseignant d’économie et de management. Ce type d’expérience pose une question essentielle : pourquoi rester au stade de l’initiative isolée lorsqu’elle pourrait devenir une pratique pédagogique structurée ?

De l’école à l’entreprise : le chaînon manquant

Le rapprochement entre le système éducatif et le monde économique constitue probablement l’un des principaux enjeux. Le Code du travail prévoit déjà l’apprentissage pour les jeunes de 16 à 25 ans et impose, sous certaines conditions, aux entreprises de plus de 20 salariés présentes depuis au moins trois ans d’accueillir des apprentis à hauteur de 5 % de leurs effectifs.

Le stage constitue également un pont entre les connaissances théoriques et la pratique professionnelle. Mais l’enjeu dépasse la simple insertion en entreprise. Il s’agit de permettre au jeune de comprendre comment fonctionne l’économie réelle.

Combien coûte la production d’un bien ? Pourquoi une entreprise disparaît-elle ? Comment fonctionne une banque ? Qu’est-ce qu’une marge ? Pourquoi certaines entreprises restent informelles ? Comment se construit une clientèle ? Qu’est-ce qu’un investissement ? Quelle différence entre chiffre d’affaires et bénéfice ? Ces questions sont économiques avant d’être entrepreneuriales.

Former des demandeurs d’emploi ou des créateurs de valeur ?

C’est finalement le débat de fond. Un système éducatif ne peut évidemment pas transformer tous les élèves en entrepreneurs. Et ce ne serait d’ailleurs ni souhaitable ni réaliste. Une économie a besoin d’enseignants, d’ingénieurs, de médecins, de techniciens, de fonctionnaires, de salariés et d’entrepreneurs. Mais tous devraient disposer d’un minimum de culture économique et entrepreneuriale. Car même le futur salarié doit comprendre l’entreprise dans laquelle il travaille. Et le futur entrepreneur doit comprendre l’environnement dans lequel il va investir.

Le Gabon cherche aujourd’hui à diversifier son économie et à développer davantage la production locale. Cette ambition suppose des compétences, mais aussi une génération capable de regarder un besoin économique et de se demander : « Quelle solution puis-je créer ? »

C’est peut-être là que se trouve le véritable changement de logiciel. L’éducation entrepreneuriale ne doit donc pas être pensée comme une matière supplémentaire à ajouter à un programme déjà chargé. Elle pourrait devenir une manière différente d’apprendre : passer du « je connais » au « je sais faire », du « je cherche un emploi » au « je comprends comment se crée une activité », et surtout du diplôme comme aboutissement au diplôme comme point de départ.

Le Gabon a déjà inscrit l’entrepreneuriat dans plusieurs de ses textes. Le prochain défi est de l’inscrire durablement dans les pratiques de classe. Car si l’on veut davantage d’entreprises demain, il faut peut-être commencer par apprendre aux jeunes, dès aujourd’hui, à voir une opportunité là où ils ne voient encore qu’un problème.

Posez une question à l'auteur

Une précision à demander, un point à éclaircir, un avis contraire à faire valoir ? Modeste OKOME vous répond directement, et sa réponse vous attendra dans votre espace.