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Mines d’or : 71 permis retirés, l’État redessine la carte aurifère du Gabon

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Mines d’or : 71 permis retirés, l’État redessine la carte aurifère du Gabon

Au terme de plus de trois mois d’audit, le ministère des Mines a fait retourner au domaine public 48 permis de recherche et 23 permis d’exploitation. L’opération touche 46 sociétés, surtout dans l’Ogooué-Ivindo et la Ngounié. Reste à savoir à qui profitera ce foncier minier libéré.

Le communiqué n°000002 du ministère des Mines tient en une page de texte et deux pages de tableaux. Ce sont les tableaux qui parlent. Une fois écarté un bloc imprimé deux fois (les trois permis d’exploitation de Yin He Mining à Kouyé, G6-405, 406 et 407), la liste compte 71 titres : 48 permis de recherche et 23 permis d’exploitation, répartis entre 46 sociétés. Le document ne précise ni la substance couverte par chaque titre, ni le nombre total de permis audités.

Le retrait est concentré. Six opérateurs cumulent 25 titres, soit plus d’un tiers du total : Jin He Mining (6), Yin He Mining (5), Agil Gabon et Global Mine Développement (4 chacun), Gabon Gold Mining et Gold King Mining Gabon (3 chacun). Côté exploitation, quatre sociétés détiennent à elles seules 15 des 23 permis retirés.

La géographie est tout aussi nette. L’Ogooué-Ivindo totalise 25 titres, dont 11 permis d’exploitation. Viennent ensuite la Ngounié, où un réseau clandestin avait été démantelé en juin (18 titres), et le Woleu-Ntem (11). Ces trois provinces rassemblent trois titres sur quatre. L’Ogooué-Maritime n’apparaît pas dans la liste.

Une base juridique incomplète

Pourquoi autant de titres ? L’exercice n’est pas inédit. En 2018, puis en novembre 2025, le ministère avait déjà imposé un recensement des acteurs de l’or, sous menace de retrait. L’audit lancé le 16 juillet visait explicitement les titres « dormants », conservés sans mise en valeur. Dans une interview exclusive accordée en aout dernier aux Échos de l’Éco, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, décrivait des pratiques plus graves : des opérateurs qui extrayaient sans convention d’exploitation, donc sans payer les taxes dues. « Certains rendaient leur permis de recherche en prétendant n’avoir rien trouvé, après avoir en réalité déjà exploité », affirmait-il.

Le code minier impose pourtant des rapports trimestriels, des registres de production et un démarrage de l’extraction dans l’année pour la petite mine. Qu’autant de permis tombent d’un coup interroge aussi l’efficacité du suivi administratif. Le ministre l’admettait lui-même : ces dérives ont été favorisées « par des complicités, y compris, parfois, au sein de l’administration minière elle-même ».

Le ministère invoque les articles 1 à 3 du code minier de 2019. Ces dispositions fixent l’objet de la loi et le caractère stratégique du secteur, mais elles ne régissent pas le retrait. Celui-ci relève de l’article 37, qui sanctionne le non-démarrage des activités ou le non-respect des obligations, et suppose une mise en demeure préalable. Le communiqué ne dit pas si cette étape a eu lieu, ni ce qui est reproché à chaque titulaire. Pour le ministre, le vrai verrou viendra de la refonte du code en cours, qui doit « mieux encadrer la petite exploitation, jusqu’ici insuffisamment régulée ».

Les effets, eux, sont connus. Les installations attachées aux permis d’exploitation reviennent à l’État sans indemnité, et les anciens titulaires restent tenus de leurs obligations environnementales et fiscales. Un point loin d’être secondaire : selon Sosthène Nguema Nguema, l’impact de cette petite exploitation « est particulièrement destructeur », faute de procédures et de prise en compte de la sensibilité des zones. Le code ouvre aux titulaires un recours devant un comité ad hoc d’experts. Surtout, un gisement tombé dans le domaine public ne peut être réattribué que plus de trois mois après la publication de ce retour au Journal officiel, sous peine de nullité.

Après la purge, qui exploitera l’or ?

L’enjeu foncier est réel. Lors des premiers audits, le ministre évoquait déjà plus de quarante sociétés fictives, sans siège identifiable ni responsable joignable, occupant selon lui « des espaces entiers de notre cadastre minier sans rien payer à l’État », pendant que de véritables investisseurs peinaient à trouver de la place.

La loi autorise aussi l’État à exploiter lui-même ces gisements, par l’intermédiaire de l’opérateur national. Cette option est déjà en marche : depuis le 7 septembre, la Société équatoriale des mines (SEM) est le seul acteur autorisé à relancer la petite mine d’or. Les périmètres libérés pourraient donc conforter cet opérateur public, ou être remis en jeu par appel d’offres. Le ministère n’a pas tranché publiquement. Le futur code fixe en tout cas le cap : l’État prélèvera dès l’extraction une part de la production, entre 10 et 30 % selon les cas, pour la commercialiser lui-même. Objectif affiché par le ministre : « savoir ce que nos ressources rapportent réellement au pays, et non plus seulement ce que l’opérateur veut bien nous en déclarer ».

L’enjeu économique reste mal mesuré. Les chiffres officiels de production divergent : près de 2 tonnes en 2024 selon des sources ministérielles citées fin 2025, environ 800 kg par an selon une estimation révisée cette année. Dans ces conditions, il est impossible de chiffrer ce que pèsent les 23 permis d’exploitation retirés en production, en recettes ou en emplois. La donne pourrait toutefois évoluer avec l’or industriel : la mine des Téké, dont les aménagements ont démarré, devrait entrer en exploitation d’ici un an à un an et demi, selon le ministre.

Quatre questions restent ouvertes : la publication des actes au Journal officiel, l’issue d’éventuels recours, le sort des titulaires non cités, toujours suspendus, et les critères de réattribution. Les réponses diront s’il s’agit d’une reprise en main durable d’une filière opaque, ou d’un simple changement de titulaires.

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