En marge de sa visite d'État en Chine, le Chef de l'État a enchaîné les audiences avec des industriels chinois et leurs partenaires. Raffinerie géante, niobium de Mabounié, engins de chantier, automobile : le Gabon veut transformer sur place et créer des emplois. Récit d'une séquence diplomatique à forte densité économique.
Il y a des voyages d'État qui se résument à des poignées de main. Et il y a ceux qui laissent des traces dans le tissu industriel d'un pays. À Pékin et Shanghai, Brice Clotaire Oligui Nguema est manifestement dans la seconde option. En marge de sa visite officielle en République populaire de Chine, le Président de la République, Chef de l'État et Chef du Gouvernement, a accordé une série d'audiences à des entreprises déjà engagées ou fermement intéressées par des projets industriels au Gabon. Quatre dossiers, une même logique : produire localement, former des Gabonais, et faire du pays un point d'appui pour l'Afrique centrale.
SOGARA : une raffinerie qui doit tripler la mise
Premier dossier, et non des moindres : la nouvelle raffinerie de la SOGARA. Le Chef de l'État a reçu l'Administrateur directeur général de la Société gabonaise de raffinage, accompagné de ses partenaires techniques, le constructeur chinois de raffineries CC7 et Technip Energies, chargé de l'ingénierie. L'état d'avancement du projet a été présenté : les travaux doivent débuter en 2027 pour s'achever en 2030.
L'enjeu est stratégique. Cette unité triplera la capacité de raffinage du pays et portera la réserve de carburant raffiné à 90 jours de consommation. Objectif affiché : couvrir entièrement la demande nationale, renforcer le stock de sécurité face aux risques de pénurie de carburant et de gaz, et approvisionner les marchés de la CEMAC et de la CEEAC. Le Président a demandé que les travaux démarrent dans les meilleurs délais et que l'usine soit dimensionnée pour les besoins actuels et futurs des consommateurs gabonais. Il a également instruit la SOGARA et ses partenaires d'étudier la construction d'un pipeline vers le centre du pays, afin d'améliorer l'approvisionnement de l'intérieur, en particulier dans l'Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem.
Mabounié : 2 milliards de dollars et un gisement stratégique
Deuxième audience : les dirigeants du groupe d'ingénierie minière chinois ENFI, partenaire technique de Dusk Gabon, société de projet du gisement de niobium et de terres rares de Mabounié, dans le Moyen-Ogooué. Le projet, d'un montant annoncé de 2 milliards de dollars, prévoit l'extraction du minerai et sa transformation sur place dans six à sept usines, pour une capacité de 16 000 tonnes par an et neuf produits finis, sur un gisement exploitable pendant plusieurs décennies.
Les travaux doivent débuter en 2027, et les terrassements ont déjà été confiés à une entreprise gabonaise, un signal fort en matière de contenu local. Les dirigeants ont remercié le Chef de l'État pour l'accompagnement des ministères concernés. Ce dernier a réaffirmé que le Gabon est ouvert aux investissements et que les mesures sont prises pour faciliter l'installation des entreprises et l'investissement direct étranger. Le projet doit créer plusieurs milliers d'emplois pour les jeunes Gabonais.
SDLG : une usine d'assemblage d'engins de chantier
Troisième rendez-vous : le Président-directeur général du groupe SDLG, l'un des premiers fabricants mondiaux d'engins lourds de travaux publics, basé à Linyi, dans le Shandong. Le groupe souhaite ouvrir au Gabon une usine d'assemblage destinée à servir le marché gabonais et la sous-région. Son dirigeant a été explicite : la stabilité du pays et son climat des affaires en font un point d'appui pour ses activités en Afrique centrale.
Le Président de la République a recommandé une installation dans la zone économique spéciale de Nkok et demandé que le projet s'accompagne de la formation de jeunes Gabonais à l'assemblage, à l'entretien et à la mécanique des engins.
Kaiyi : la mobilité en ligne de mire
La veille, à Shanghai, le Chef de l'État avait reçu, en présence du ministre d'État, ministre des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, les responsables du constructeur automobile Kaiyi, basé à Yibin, dans le Sichuan, qui exporte vers une trentaine de marchés dont l'Afrique et assemble ses véhicules localement dans plusieurs pays. Les échanges ont porté sur les possibilités de coopération dans le domaine de la mobilité et du transport : assemblage local, renouvellement du parc de transport public, véhicules électriques.
Notre lecture. Derrière la diversité des secteurs, une doctrine se dessine, et le Chef de l'État l'a lui-même résumée : chaque partenariat industriel doit produire au Gabon des emplois, des compétences et de la valeur ajoutée. D'une raffinerie qui sécurise l'énergie nationale à un gisement de terres rares transformé sur place, en passant par l'assemblage d'engins et de véhicules, c'est bien une ambition d'industrialisation que Libreville entend porter, avec Pékin comme accélérateur. Reste la question qui fera la différence sur le terrain : la capacité à transformer ces annonces en chantiers effectifs, en emplois durables et en transferts de compétences réels. Les échéances de 2027 serviront de premier test.
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