À Libreville et dans les grandes villes du Gabon, les cliniques privées occupent une place croissante dans l'offre de soins, portées par les délais du public, l'accès aux spécialistes et le confort. Mais qui contrôle vraiment ces établissements, à quel coût, et comment s'articulent-ils avec un système public fragilisé ?
Il n'existe pas de décompte national actualisé distinguant cliniques, polycliniques, cabinets médicaux et laboratoires privés. Le cadre existe pourtant : l'arrêté n°0106/MSPS du 16 mars 2015 soumet l'ouverture de toute structure privée à une autorisation préalable du ministre de la Santé. La liste des prestataires conventionnés par la CNAMGS confirme une offre concentrée dans l'Estuaire, mais présente aussi en province.
Cette croissance s'explique par les délais dans le public, l'équipement et le confort de certaines cliniques, et l'existence d'une demande solvable : salariés assurés, ménages capables de payer directement.
Le public qui bifurque vers le privé
Certains patients, confrontés aux limites du plateau technique public, se tournent spontanément vers le privé. La question des médecins exerçant dans les deux secteurs et d'éventuelles orientations de patients vers le privé soulève un enjeu éthique réel, mais les sources publiques ne permettent pas d'en mesurer l'ampleur. Le sujet mérite néanmoins d'être posé : quand médecins et équipements sont déjà concentrés dans les grands centres urbains, une offre privée parallèle peut creuser les écarts d'accès aux soins.
Le prix : une question d'accès avant tout
À Libreville, les consultations privées se situent généralement entre 20 000 et 40 000 FCFA selon les témoignages recueillis, sans grille tarifaire nationale. Pour les assurés CNAMGS, le réseau conventionné rend le privé accessible dans les limites de la couverture. Pour les autres, le paiement direct fait du revenu un déterminant majeur de l'accès aux soins, un mécanisme qui peut installer un système de santé à plusieurs vitesses.
Normes et contrôle : un cadre existe, son application reste à mesurer
Trois arrêtés de mars 2015 encadrent l'ouverture des structures privées, l'exercice des professions médicales et le suivi des autorisations. Le contrôle n'est pas que théorique : entre janvier et avril 2019, une opération conjointe a examiné 96 structures à Libreville, Owendo et Akanda, avec 57 non conformes à mi-parcours dont 35 fermées définitivement, après un recensement fin 2018 ayant identifié 81 structures irrégulières sur 121. Mais l'absence de bilan public actualisé empêche d'évaluer l'intensité réelle de cette régulation à l'échelle nationale.
CNAMGS : l'assurance qui élargit le marché des prestataires
La CNAMGS ne conventionne que des établissements autorisés par le ministère, après examen de dossier et visite de pré-conventionnement, avec des contrôles réguliers ensuite. Elle joue ainsi un double rôle : protéger les assurés et solvabiliser une partie de la demande adressée au privé. Faute de données publiques détaillées, il serait toutefois excessif d'en chiffrer précisément la part.
Complémentarité ou segmentation ?
Le développement du privé peut enrichir l'offre de soins et réduire la pression sur le public. Mais sa croissance pose une question de politique publique : éviter la fragmentation entre une offre privée accessible aux ménages solvables et une offre publique concentrant les patients sans autre choix. Trois conditions y président : un contrôle régulier et transparent des normes, une clarification des tarifs et de la prise en charge CNAMGS, et une séparation claire entre intérêt du patient et intérêts économiques des professionnels. La vraie question n'est pas « public ou privé », mais : quel système de santé national le Gabon construit-il, et pour qui ?
+241 62 82 27 95