Le Gabon veut faire de Libreville un carrefour des investissements en Afrique centrale. Du 25 au 27 novembre prochain, le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba accueillera la deuxième édition du Business Africa International Forum (BAIF), un rendez-vous consacré à la coopération économique et à la promotion des opportunités d'affaires. Placé sous le haut patronage du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, l'événement se tiendra autour du thème : « Bâtir l'avenir : alliance stratégique au service de la souveraineté économique ».
Organisé par la plateforme Business Africa International (BAI), dont la présidente générale est Jenifer Saraïva Yanzere, le forum a tenu sa première édition à Dubaï, en janvier dernier. Son installation à Libreville résulte d'un partenariat de long terme conclu avec Gabon Hub Events, la structure publique créée par décret présidentiel en février 2026 pour organiser l'accueil des grands événements internationaux : la capitale gabonaise doit abriter les trois prochaines éditions du forum.
Avec le concours de l'Agence nationale de promotion des investissements (ANPI-Gabon), ce rendez-vous entend rapprocher décideurs publics, investisseurs internationaux et entreprises privées. Sept secteurs ont été retenus : l'énergie, les infrastructures, l'agriculture, les ressources naturelles, la santé, le tourisme et les transports.
La Centrafrique, partenaire à l'honneur
La République centrafricaine est l'autre pays mis à l'honneur de cette édition. Reçue en audience à Bangui en septembre, la présidente de BAI a obtenu du président Faustin-Archange Touadéra la confirmation officielle de sa participation. La démarche s'appuie sur une initiative baptisée « Invest RCA – Gabon », destinée à promouvoir les opportunités d'investissement dans les deux pays et à favoriser des partenariats entre décideurs publics, investisseurs et secteur privé.
Le 18 octobre, à Libreville, les ministres du Commerce des deux pays, Jeannine Anzie Mouissi pour le Gabon et Louise Mbongo pour la RCA, ont acté la préparation d'un programme bilatéral de coopération économique appelé à servir de socle au forum. Les organisateurs annoncent des rencontres B2B entre entreprises des deux pays, avec un accent sur les chaînes de valeur minières, forestières et logistiques. Les complémentarités sont réelles : le Gabon exporte des matières premières transformables, tandis que la Centrafrique, pays enclavé, recherche un accès portuaire et des partenaires pour moderniser ses filières. Le point de départ reste toutefois modeste : selon la CNUCED, la RCA n'a capté que 44 millions de dollars d'IDE en 2025.
Des capitaux à convertir en projets
Cette mobilisation intervient dans un contexte où le Gabon cherche à diversifier ses sources de financement et à accélérer la transformation de son économie. Selon le World Investment Report 2026 de la CNUCED, les investissements directs étrangers (IDE) entrants ont atteint 379 millions de dollars en 2025, contre 310 millions en 2024, soit une progression d'environ 22 %. Le stock d'IDE s'établit, lui, à 19,24 milliards de dollars.
Ces chiffres appellent toutefois une précaution de lecture. La CNUCED a procédé à une importante révision de ses séries pour le Gabon : le flux de 2024, initialement estimé à 1,14 milliard de dollars, a été ramené à 310 millions. La hausse de 2025 s'apprécie donc sur une base fortement corrigée à la baisse, ce qui illustre la volatilité des investissements dans les économies dépendantes des grands projets extractifs. Sur cette nouvelle base, le Gabon se classe derrière le Cameroun (599 millions de dollars) et le Congo (596 millions) au sein de la CEMAC, qui a reçu au total 1,88 milliard de dollars d'IDE en 2025. Surtout, ces flux ne renseignent pas, à eux seuls, sur le nombre de projets effectivement exécutés ni sur leurs retombées en matière d'emplois et de valeur ajoutée locale.
Le gouvernement affiche par ailleurs des ambitions de mobilisation de capitaux à travers le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Ce programme prévoit près de 27 000 milliards de FCFA d'investissements sur cinq ans, dont environ 18 000 milliards, soit les deux tiers, attendus du secteur privé national et international. Le reste, de l'ordre de 10 000 milliards, relève de l'investissement public. La question de son financement a été au cœur de la relance du Haut Conseil pour l'investissement (HCI), dont les assises se sont ouvertes le 4 juin dernier au Palais des Congrès, huit ans après la dernière session de cette instance. Dans cette perspective, le forum peut constituer une plateforme de mise en relation entre porteurs de projets et apporteurs de capitaux.
L'environnement des affaires en question
Mais l'intérêt des investisseurs ne dépend pas uniquement du potentiel économique du pays. La sécurité juridique, la stabilité réglementaire, la fiscalité, les délais administratifs et la qualité des infrastructures constituent autant de facteurs déterminants dans leurs décisions. Les travaux du HCI, dont le rapport général a été remis le 22 juin 2026, ont justement mis en évidence ces contraintes. Ils ont débouché sur huit feuilles de route et formulé des recommandations pour améliorer le climat des affaires, renforcer la compétitivité logistique et faciliter l'accès des entreprises locales à la commande publique. Le patronat, réuni fin juin lors du Gabon Economic Forum de la Fédération des entreprises du Gabon (FEG), a, pour sa part, rappelé que la mobilisation des 18 000 milliards attendus du privé reposait d'abord sur la confiance.
Pour les organisateurs, l'enjeu sera donc de dépasser les simples prises de contact. Les rencontres B2B annoncées devront permettre d'identifier des partenaires, de structurer des projets et, éventuellement, de déboucher sur des accords assortis d'engagements précis. La distinction entre manifestation d'intérêt, protocole d'accord, contrat signé et investissement effectivement réalisé sera, à cet égard, essentielle.
La preuve par les retombées
À l'approche de cette deuxième édition, une question demeure : quels résultats concrets le Gabon peut-il attendre de ce rendez-vous ? Le forum s'inscrit dans un mois de novembre chargé pour la diplomatie économique gabonaise, Libreville accueillant également, les 18 et 19 novembre, le premier Forum des entreprises italo-gabonaises. Le nombre de participants, la diversité des délégations et les annonces de partenariats constitueront des indicateurs de mobilisation. Mais la véritable mesure de réussite se situera dans les montants effectivement engagés, les projets financés, les entreprises impliquées et les emplois générés.
Pour le Gabon, l'enjeu n'est donc pas seulement d'attirer les investisseurs, mais de les convaincre de s'inscrire dans la durée, en contribuant à la transformation locale des ressources et au développement du tissu productif national. C'est à l'aune de ces résultats que le Business Africa International Forum pourra démontrer sa portée économique.
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