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Gabon : où les patients se soignent-ils réellement ?

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Gabon : où les patients se soignent-ils réellement ?

Devant à une offre de soins fragmentée et une urbanisation galopante, le système de santé gabonais fait face à un défi stratégique majeur. D'un côté, les rapports de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et du ministère de la Santé dessinent les contours des réformes et des orientations budgétaires. De l'autre, le parcours de soins des ménages révèle des arbitrages économiques dictés par l'urgence, le coût et la recherche de qualité.

Le paysage sanitaire gabonais s'inscrit dans le Plan National de Développement Sanitaire (PNDS 2024-2028), dont le coût global est évalué par le ministère de la Santé à 514,3 milliards de FCFA sur cinq ans, soit un coût annuel moyen de 102,8 milliards de FCFA, pour moderniser l'offre de soins et consolider la Caisse Nationale d'Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS). Selon les données les plus récentes, environ 76 % de la population gabonaise est aujourd'hui enregistrée auprès de la CNAMGS, un taux de couverture administrative qui place le pays parmi les références africaines en la matière.

Cependant, le Rapport annuel 2025 de l'OMS-Gabon vient nuancer ce satisfecit : l'institution y souligne que ce taux d'enregistrement élevé ne se traduit pas systématiquement par un accès effectif à des soins complets et de qualité pour les assurés. Un paradoxe qui n'est pas propre au Gabon, mais qui y prend un relief particulier compte tenu de la forte concentration des infrastructures à Libreville et Port-Gentil, où réside, selon le PNDS, près de 59 % de la population totale. Une concentration qui s'accompagne d'une saturation des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) et de dépenses directes élevées pour les ménages, accentuées par la gestion des maladies non transmissibles et des urgences sanitaires.

L'arbitrage des patients : entre goulots du public, rigueur militaire et essor du privé

Sur le terrain, la décision d'un patient d'effectuer ses soins dans une structure précise relève d'un calcul permanent entre temps, argent et confiance. Si le public reste le recours principal, grâce à la prise en charge de la CNAMGS et la haute technicité médicale, les délais d'admission et les pénuries internes imposent des dépenses imprévues. Un décalage entre la promesse d'une prise en charge universelle et le quotidien des usagers, qui s'illustre de façon quotidienne dans le parcours des patients. « Si je n'avais pas la CNAMGS, je ne pourrais pas me soigner. Mais on vient pour la gratuité et on finit par acheter seringues et médicaments dans la pharmacie d'en face parce que le stock de l'hôpital est épuisé », confie Albert, suivi au CHUL pour des soins chroniques.

Les Hôpitaux d'Instruction des Armées (HIA) sont appréciés pour la propreté, la ponctualité et une meilleure structuration des files d'attente. Une image positive qui génère, néanmoins, une saturation des plannings. « Pour les examens de mon fils ou des consultations programmées, je préfère aller à l'HIA du PK9. En revanche, pour obtenir un rendez-vous avec un spécialiste, il faut parfois s'y prendre deux mois à l'avance tant la demande est forte », révèle Marthe, cadre à Libreville.

À l'opposé des lenteurs administratives du public, les cliniques offrent un accès immédiat aux soins personnalisés. Toutefois, cette rapidité d'exécution repose sur un modèle économique sélectif, caractérisé par des tarifs élevés et l'exigence d'avances financières directes qui en limitent l'accès aux ménages les plus aisés ou disposant d'assurances complémentaires.

Le défi des urgences et les perspectives économiques

C'est au niveau des services d'urgence que ce décalage entre théorie et réalité est le plus marqué pour les patients. La prise en charge reste éprouvante. Faute d'ambulances, le transport s'effectue souvent en taxi, et le soin dépend de l'achat préalable des fournitures par les proches.

Le modèle économique de la santé au Gabon est à la croisée des chemins. Les données du PNDS et de l'OMS indiquent que l'augmentation des investissements en infrastructures ne suffira pas sans une réorganisation en profondeur de la chaîne de prise en charge et de la gestion des stocks de médicaments. Pour les décideurs, l'enjeu réside dans la modernisation des CHU publics afin de réduire le reste à charge et garantir une égalité d'accès aux soins sur tout le territoire. Car derrière les 514 milliards de FCFA annoncés et les 76 % d'assurés enregistrés, c'est bien le sort d'Albert et de Marthe qui donne la mesure exacte de la réforme à venir : tant qu'une carte CNAMGS ne garantira pas une seringue disponible au bon moment, la promesse d'une santé universelle restera, pour une partie des Gabonais, un chiffre plus qu'un droit.

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