La remise des rapports 2025 de la Cour des comptes à l'Assemblée nationale, le 4 novembre 2026, met en lumière des tensions budgétaires majeures. Entre moins-values massives, explosion de la dette et 1 700 milliards de FCFA de débets à recouvrer, ces livrables interrogent la sincérité financière de l'État. Au-delà du rituel républicain, les parlementaires exigent le respect des délais constitutionnels pour transformer ce contrôle en véritable outil d'aide à la décision.
À mesure que s’ouvrent les grandes manœuvres de l'évaluation budgétaire au Gabon, le contrôle des finances publiques franchit une étape charnière. Prévue par la Constitution et la loi organique relative à la Cour des comptes, la remise officielle de ces rapports à l’Assemblée nationale et au Sénat expose sans détour les tensions de l'exercice 2025.
« Cette collaboration institutionnelle témoigne de la vitalité de nos Institutions et, surtout, de l’effectivité du dialogue entre le juge des comptes que vous êtes et le législateur que nous sommes », a déclaré Michel Régis Onanga Ndiaye.
Radioscopie d'un exercice sous tension
L'analyse des livrables dévoile les fractures d'un exercice malmené par des arbitrages complexes. Les ressources publiques ont souffert de dysfonctionnements dans la mobilisation, affichant des recettes budgétaires arrêtées à 2 616,1 milliards de FCFA contre 2 996,5 milliards de FCFA initialement budgétisés, soit un manque à gagner abyssal de 380,4 milliards de FCFA. La faiblesse chronique des recouvrements fiscaux (92,65 %) et l'inefficacité des flux d'aide extérieure illustrent la vulnérabilité d'un modèle budgétaire trop exposé aux soubresauts conjoncturels.
De l'autre, la structure des dépenses révèle la dictature des charges incompressibles. Tandis que les dépenses de personnel absorbent 809,1 milliards de FCFA, le service de la dette a explosé pour atteindre 504,4 milliards de FCFA (un taux d'exécution de 144,3 %). Cette surconsommation s'est faite au détriment de l'investissement public sur ressources propres, exécuté à seulement 41,4 %.
La gouvernance financière face à ses fantômes
Le signal d'alarme le plus retentissant réside dans ce chiffre vertigineux de 1 700 milliards de FCFA de débets et amendes en souffrance auprès des comptables publics, mandataires et gestionnaires.
Ce montant colossal matérialise la persistance de failles béantes dans la reddition des comptes et l'impunité financière. La certification du Compte général de l’État, couplée à ce passif mémoriel, rappelle que la transparence budgétaire ne se décrète pas par la simple production de rapports, mais par l'effectivité des sanctions et la rigueur du recouvrement.
Entre calendrier constitutionnel et maturité parlementaire
Face à ces révélations, le président de l'Assemblée nationale a rappelé que la pertinence des avis de la Cour des comptes est directement corrélée au temps laissé aux élus pour les analyser.
« La pertinence de vos avis, la portée de vos observations et la qualité de vos recommandations constituent de précieux instruments d’aide à la décision », a souligné Michel Régis Onanga Ndiaye.
Pour l'Hémicycle, l'enjeu dépasse la simple posture critique. L'appropriation de ces rapports doit transformer le contrôle parlementaire d'une chambre d'enregistrement en un véritable contre-pouvoir analytique. À l'aube de l'examen de budgets toujours plus ambitieux, l'exploitation sans concession de l'exécution 2025 constitue le seul véritable vaccin contre les dérives budgétaires chroniques.
En clair, la soutenabilité des finances publiques gabonaises dépendra de la capacité collective à instaurer une discipline budgétaire sans faille, associant respect des délais et assainissement des créances accumulées.
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