Les chiffres de la CIIE 2026 donnent la mesure de l’événement : 4 142 exposants étrangers issus de 148 pays et régions, 162 pays, régions et organisations internationales représentés, et plus de 300 entreprises du Fortune Global 500 . Parmi les plus de 2 000 nouveaux exposants figurent désormais le Gabon, qui rejoint une exposition nationale où le Canada et le Sri Lanka sont les invités d’honneur de cette édition.
Une première gabonaise à Shanghai
La présence gabonaise à Shanghai n’est pas anodine. Elle intervient quelques jours seulement après le début d’une visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en Chine, du 3 au 7 novembre, sa première depuis son investiture en mai 2025 . À la tribune de la CIIE comme dans les couloirs du pavillon gabonais, le message se veut cohérent : le Gabon ne veut plus exporter uniquement du brut.
Le pays met en avant ses essences naturelles de bois et un échantillon de sa biodiversité, présentée comme le « deuxième poumon vert de l’humanité ». Sur le plan commercial, cette participation s’inscrit dans une relation bilatérale dense. En 2025, les échanges entre la Chine et le Gabon ont atteint 3,94 milliards de dollars, en hausse de 8,3 %, avec un déséquilibre structurel notable : la Chine a importé pour 3,19 milliards de dollars de biens gabonais, principalement du pétrole, du manganèse et du bois, contre 751 millions de dollars d’exportations chinoises vers le Gabon . Le Gabon est donc un fournisseur net de ressources pour la deuxième économie mondiale.
La transformation locale, un pari économique autant que politique
L’argumentaire gabonais à Shanghai repose sur un changement de doctrine économique. Il ne s’agit plus seulement de vendre des matières premières, mais d’attirer des capitaux et des technologies pour les transformer sur le sol gabonais. Le président Oligui Nguema a explicitement appelé les hommes d’affaires chinois à accompagner cette dynamique, présentant la transformation locale comme un moyen de créer des chaînes de valeur et des emplois pour une population jeune et urbaine.
Cette orientation s’articule avec le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, qui fixe un besoin de financement de 27 000 milliards de francs CFA, dont 17 000 milliards attendus du secteur privé et de financements innovants . Le gouvernement gabonais reconnaît lui-même les limites de son modèle d’exécution budgétaire, avec un taux d’exécution estimé à 30 % sur quinze ans, et mise désormais sur des projets « bancables » pour attirer les investisseurs étrangers .
La Chine, de son côté, offre un cadre tarifaire favorable. Depuis l’annonce du traitement à droit zéro pour les produits issus de 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, les exportations gabonaises transformées, bois ouvré, huile de palme, café, cacao, bénéficient d’un accès privilégié au marché chinois . L’ambassade de Chine à Libreville a d’ailleurs rappelé récemment que cette mesure visait à permettre aux populations gabonaises de « bénéficier davantage du grand marché chinois » .
Les limites d’une stratégie de séduction
L’exercice de communication politique est maîtrisé. Mais la réalité économique gabonaise reste plus complexe. La Banque mondiale souligne que le pays se trouve à un « tournant critique » : maintenir la croissance, créer des emplois et diversifier l’économie exigeront une stabilisation budgétaire et un développement du secteur privé plus robuste . Les efforts de diversification peuvent produire des résultats plus lents que prévu, en raison de la hausse des coûts des intrants, des équipements et du financement à l’échelle mondiale .
Le bois illustre cette tension. La Chine a importé du Gabon pour environ 20,7 millions de dollars de bois scié en 2025 , mais l’essentiel de la filière reste dominé par l’exportation de grumes ou de produits faiblement transformés. Le discours sur la transformation locale, aussi volontariste soit-il, se heurte à l’absence d’infrastructures industrielles matures et à la concurrence d’autres fournisseurs africains et asiatiques.
La participation gabonaise à la CIIE relève donc davantage d’une opération de positionnement que d’une rupture immédiate. Elle permet à Libreville de s’afficher aux côtés des grands acteurs du commerce mondial, de rencontrer des investisseurs chinois et de tester l’appétit du marché chinois pour des produits gabonais à plus forte valeur ajoutée. Mais elle ne résoudra pas, à elle seule, l’équation d’une économie encore dépendante du pétrole et du bois brut.
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