La nomination de Patrick Michel Akoma Nze à la tête de la Société gabonaise d'entreposage de produits pétroliers intervient après les tensions d'approvisionnement qui ont perturbé le Grand Libreville début octobre. Entre sécurisation des stocks, modernisation des infrastructures et dépendance aux importations, le nouveau dirigeant hérite d'un chantier stratégique pour l'économie gabonaise.
La crise du carburant d'octobre 2026 aura rappelé la vulnérabilité de l'approvisionnement énergétique du Gabon. Files d'attente dans les stations-service, difficultés de déplacement et perturbations pour les automobilistes : les tensions observées dans le Grand Libreville ont remis au premier plan une question essentielle, celle de la capacité du pays à garantir la disponibilité des produits pétroliers.
C'est dans ce contexte que Patrick Michel Akoma Nze a été nommé directeur général de la Société gabonaise d'entreposage de produits pétroliers (SGEPP), à l'issue du Conseil des ministres du 15 octobre, en remplacement d'Yvon Guy Donat Tchicot. Ancien directeur d'exploitation de l'entreprise, il connaît les installations et les contraintes opérationnelles de cette société stratégique. Sa nomination intervient alors que les autorités entendent renforcer la sécurité énergétique nationale.
Pour le nouveau dirigeant, l'enjeu dépasse le retour à la normale. Il consiste à consolider un dispositif capable d'absorber les retards de livraison, de préserver les réserves et d'assurer une distribution régulière sur l'ensemble du territoire.
Des fragilités révélées par la crise
Les tensions d'octobre ont mis en évidence les limites d'une chaîne d'approvisionnement exposée aux aléas logistiques et internationaux. Selon la Direction générale de l'Économie et de la Politique fiscale, environ 60 % du carburant consommé au Gabon est importé, contre 40 % provenant de la production locale de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA). Cette configuration rend le marché sensible aux retards des cargaisons et aux décalages entre les livraisons et les besoins de consommation.
Un brut abondant, très peu raffiné sur place
Le paradoxe tient aux volumes. Le Gabon a produit environ 11,1 millions de tonnes de brut en 2025, selon les données officielles publiées par la direction générale des hydrocarbures. La production a reculé de 4 % au premier trimestre 2026, à 2,6 millions de tonnes, après des arrêts techniques et des pannes majeures, selon la DGEPF. Elle a repris au deuxième trimestre. Elle atteignait environ 220 000 barils par jour en août, au même niveau qu'en juillet, d'après Reuters.
Face à ces volumes, la SOGARA, seule raffinerie du pays, a une capacité d'environ 21 000 barils par jour, soit 1 à 1,2 million de tonnes par an. Elle a traité environ 666 000 tonnes de brut en 2023 et 910 000 tonnes en 2024, soit près de 8 % de la production nationale de cette dernière année. Le reste part à l'export : au quatrième trimestre 2025, 17,2 des 18,77 millions de barils produits ont été exportés, soit environ 92 %.
Les volumes traités en 2025 et en 2026 ne sont pas publiés dans les sources consultées. Mais l'activité de raffinage a reculé de 15,2 % sur un an au premier trimestre 2026, selon la DGEPF, en raison d'un manque de brut et de pannes. Ce contexte éclaire la dépendance du pays aux importations.
La crise a également conduit les autorités à reconnaître des fragilités structurelles. Dans son communiqué du 8 octobre, le Conseil des ministres a relevé les effets des perturbations dans le détroit d'Ormuz sur la disponibilité et les prix des produits pétroliers, tout en soulignant les insuffisances du dispositif national. Le gouvernement a notamment été chargé de préparer un programme de renforcement des stocks de sécurité, parallèlement à la modernisation de la SOGARA et aux études préalables à la construction d'une nouvelle raffinerie.
Dans cette organisation, la SGEPP assure principalement l'entreposage des produits confiés par les opérateurs pétroliers. Elle ne maîtrise donc pas, à elle seule, les volumes importés, la production de la raffinerie ou l'ensemble des décisions de distribution. Sa capacité à prévenir les ruptures dépend aussi de la coordination entre les différents acteurs.
Le stockage, priorité du nouveau directeur
La question des capacités de stockage constitue l'un des principaux dossiers du nouveau directeur général. Lors de la reprise progressive de l'approvisionnement, début octobre, la SGEPP a indiqué que le développement du Nouvel Entrepôt Pétrolier d'Owendo (NEPO) devait permettre de doubler les capacités nationales de stockage. Ce projet est présenté comme un levier pour réduire les difficultés récurrentes liées au stockage et aux pénuries.
Reste à préciser le calendrier de mise en service, les volumes supplémentaires effectivement mobilisables et les investissements nécessaires. Car des capacités théoriques ne suffisent pas : leur contribution à la sécurité énergétique dépend également de la disponibilité des produits, de la maintenance des installations, de la gestion des stocks et de la fluidité des opérations de chargement.
Pour Patrick Michel Akoma Nze, l'enjeu sera de transformer cette infrastructure en outil de résilience. Cela suppose notamment de disposer d'une visibilité suffisante sur les stocks, les arrivées de navires et les besoins des distributeurs, afin d'anticiper les tensions plutôt que d'intervenir lorsque les réserves deviennent insuffisantes.
Des ambitions à traduire en résultats
Si les priorités nationales sont désormais clairement posées, les premiers indicateurs à suivre seront concrets : disponibilité des installations, niveau des réserves, régularité des livraisons et capacité à maintenir l'approvisionnement en cas de retard d'une cargaison. La coordination avec les importateurs, la SOGARA, les distributeurs et les autorités sera tout aussi déterminante.
Au-delà du changement de direction, la crise pose ainsi la question de la gouvernance de la sécurité énergétique. Le Gabon devra articuler les investissements dans le stockage, la modernisation du raffinage et une meilleure anticipation des besoins. Pour la SGEPP, la performance ne se mesurera pas uniquement à la rapidité du retour à la normale après une pénurie, mais à sa capacité à contribuer à prévenir la prochaine.
Le nouveau directeur général est désormais attendu sur ce terrain : faire du stockage pétrolier un véritable instrument de continuité économique et de sécurité d'approvisionnement.
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