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L’Afrique appelle à renforcer sa résilience face au climat : le GIEC en quête de consensus sur son 7e rapport

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L’Afrique appelle à renforcer sa résilience face au climat : le GIEC en quête de consensus sur son 7e rapport

La 65e session du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) se tient cette semaine à Addis-Abeba. Dans l’enceinte des débats, les représentants africains martèlent une contradiction centrale : l’Afrique contribue très faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais subit de plein fouet les impacts climatiques. En marge des travaux, des observateurs d’organisations environnementales gabonaises confient aux Echos de l’Eco que des pays forestiers d’Afrique centrale comme le Gabon courent un « risque d’absence substantielle » dans ce processus d’évaluation scientifique mondial.

Le président du GIEC, Jim Skea, a exhorté les 192 États membres à parvenir à un consensus sur le calendrier des contributions des trois groupes de travail au septième rapport d’évaluation (AR7). Il a averti que les auteurs « méritent de la clarté et de la certitude », tout en reconnaissant que les contributions volontaires reçues pour 2026 ne représentaient qu’environ un tiers du budget approuvé.

Le directeur général de l’Institut éthiopien de météorologie, Fetene Teshome, a pour sa part appelé à renforcer les capacités météorologiques et climatiques de l’Afrique, soulignant le caractère « indispensable » des systèmes d’alerte précoce et des réseaux d’observation pour protéger les vies et les moyens de subsistance.

La « chaise vide » du Gabon

Nicaise Moulombi, président de l’ONG gabonaise Croissance Saine Environnement, confirme aux Echos de l’Eco qu’à sa connaissance, aucune organisation de la société civile gabonaise ne participe à cette session. Il précise également que la délégation officielle gabonaise est absente de cette 65e session.

« Cette absence limite malheureusement la possibilité pour le Gabon de participer directement aux débats, de défendre ses priorités et d’influencer certaines décisions relatives au septième cycle d’évaluation », déclare M. Moulombi.

Il rappelle toutefois que la contribution d’un pays au GIEC ne se limite pas à sa présence en plénière. Le Gabon peut également contribuer en proposant des experts comme auteurs ou réviseurs, en participant aux appels à commentaires sur les projets de rapports et en mettant à la disposition de la communauté scientifique des données sur les forêts, la biodiversité, le carbone et l’adaptation. Mais compte tenu de l’importance écologique du Gabon et de son rôle dans le bassin du Congo, « une participation plus régulière et mieux coordonnée de ses institutions publiques, scientifiques et universitaires serait particulièrement souhaitable », insiste-t-il.

Cette observation fait écho aux préoccupations exprimées à plusieurs reprises par les représentants africains lors des précédentes sessions du GIEC. Dès la préparation du sixième cycle d’évaluation, des responsables de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique avaient appelé à « garantir que les experts africains deviennent auteurs principaux et éditeurs », relevant que la participation du continent à ces rôles avait « toujours été faible ».

Le déficit de capacités africaines : pas un manque de solutions, mais de financements

Interrogé sur les moyens dont dispose l’Afrique pour renforcer sa résilience climatique, Nicaise Moulombi livre une réponse nuancée : le continent possède des connaissances locales, une population jeune, des institutions régionales et des écosystèmes stratégiques, avec un potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables, d’agriculture résiliente et de solutions fondées sur la nature. « L’Afrique dispose donc d’une partie des capacités et des solutions nécessaires à sa résilience. »

Mais la contrainte majeure réside dans le financement. M. Moulombi énumère les obstacles systémiques auxquels font face les pays africains : accès limité à la finance climatique, coût élevé du capital, faiblesse des systèmes d’information climatique, manque de données, capacités institutionnelles limitées et difficultés à transformer les priorités nationales en projets finançables.

« La question n’est donc pas seulement de savoir si l’Afrique peut agir, mais si elle peut accéder, à la hauteur de ses besoins, aux financements, aux technologies et au renforcement des capacités prévus par l’Accord de Paris », confie-t-il aux Echos de l’Eco.

Pour l’Afrique centrale, il plaide pour des investissements accrus dans les systèmes d’alerte précoce, l’agriculture résiliente, la sécurité hydrique, la santé, les infrastructures adaptées et la protection des forêts, tout en appelant à « mieux valoriser la contribution mondiale du bassin du Congo, sans réduire son importance à sa seule capacité de stockage du carbone ».

Cette position rejoint les critiques formulées de longue date par les analystes des politiques climatiques africaines : les bailleurs internationaux Banque mondiale et Fonds pour l’environnement mondial inclus tendent à financer des projets d’atténuation plutôt que d’adaptation, alors que l’adaptation constitue la priorité première du continent.

L’agenda urgent de Jim Skea

L’ordre du jour substantiel de cette session s’articule autour de trois axes : le calendrier du groupe de travail AR7, le rôle de l’intelligence artificielle dans les évaluations du GIEC et la situation financière du Fonds fiduciaire du GIEC.

Évoquant l’intelligence artificielle, Jim Skea a soulevé deux questions centrales : comment l’IA peut-elle soutenir les évaluations du GIEC tout en préservant la responsabilité humaine ? Et quelles garanties sont nécessaires pour respecter les principes régissant les travaux du Groupe ?

La question financière n’est pas moins pressante. Le président du GIEC a rappelé aux représentants que les engagements pluriannuels « ont une valeur particulière », et que le niveau actuel des ressources « ne suffit pas » à soutenir les travaux prévus. Dans un message vidéo, la directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen, a fait écho à cet appel, exhortant les États à « assurer la durabilité financière du GIEC dans un monde de dépassement ».

Le ministre éthiopien de l’Eau et de l’Énergie, Habtamu Itefa, a pour sa part affiché l’engagement du pays hôte, annonçant que l’Éthiopie visait une réduction de 70,3 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport au scénario tendanciel.

Le dilemme structurel des pays du bassin du Congo

Les propos de Nicaise Moulombi reflètent un problème régional plus large : la visibilité des pays forestiers d’Afrique centrale :  Gabon, Congo, Cameroun, République centrafricaine, entre autres,  dans l’évaluation scientifique mondiale du climat est sans commune mesure avec leur importance écologique.

Ces pays sont confrontés à un « paradoxe structurel » : le bassin du Congo est le deuxième massif forestier tropical au monde après l’Amazonie, et ses stocks de carbone et sa biodiversité jouent un rôle déterminant pour la stabilité climatique mondiale. Pourtant, la présence de données de ces pays dans les rapports du GIEC reste extrêmement limitée. Le « manque de données » évoqué par M. Moulombi n’est pas un simple problème technique : il résulte d’un sous-investissement chronique et d’une faiblesse des capacités institutionnelles.

« Pour les pays forestiers, il faut mieux valoriser la contribution mondiale du bassin du Congo, sans réduire son importance à sa seule capacité de stockage du carbone », insiste-t-il auprès de la Rédaction des  Echos de l’Eco.

Cette position résonne avec une revendication africaine plus large : la représentativité du continent dans les évaluations du GIEC, non seulement la composition des auteurs et éditeurs, mais aussi l’équilibre géographique des données et des recherches utilisées, détermine directement la capacité des conclusions du rapport à refléter fidèlement les réalités et les priorités africaines.

Prochaines étapes

La 65e session se poursuit jusqu’au 16 octobre. Jim Skea a indiqué que le rapport spécial sur le climat et les villes sera soumis à approbation dans moins de six mois, tandis que les rapports méthodologiques sur les facteurs de forçage climatique à courte durée de vie et sur les technologies d’élimination du dioxyde de carbone seront prêts dans la seconde moitié de l’année prochaine. Le GIEC prévoit également de soutenir la 32e  Conférence des Parties (COP32), qui se tiendra en novembre prochain à Addis-Abeba.

Pour le Gabon et l’Afrique centrale, la question n’est pas de savoir s’ils ont la capacité de participer, mais s’ils choisissent de le faire. L’évaluation de Nicaise Moulombi mène à une conclusion qui va de soi : si les réalités du bassin du Congo continuent d’être absentes du cadre d’évaluation du GIEC, les politiques climatiques fondées sur un « consensus scientifique mondial » auront bien du mal à fournir à cette région des orientations d’action véritablement efficaces.

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