Face à la hausse des coûts du raffinage et au poids des importations de produits pétroliers, la Banque centrale encourage les pays de la CEMAC à diversifier leurs approvisionnements. Le Nigeria, avec la raffinerie Dangote, pourrait devenir un partenaire commercial plus important. Reste à démontrer les économies possibles pour les États.
La proximité géographique pourrait-elle alléger la facture pétrolière de l’Afrique centrale ? C’est l’une des pistes mises en avant par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), qui invite les pays de la CEMAC à examiner davantage les possibilités d’approvisionnement offertes par la raffinerie Dangote, au Nigeria. L’enjeu dépasse le choix d’un fournisseur : il concerne les coûts d’importation, les dépenses publiques et la sécurité énergétique de la sous-région.
Le coût du raffinage sous surveillance
Les conditions d’achat des carburants sur les marchés internationaux pèsent sur les économies de la CEMAC. Les données rapportées dans le cadre de l’analyse de la BEAC font état d’une marge de raffinage de référence à Rotterdam de 42,13 dollars par baril en juillet 2026. Cet indicateur, qui mesure notamment l’écart entre la valeur des produits raffinés et le coût du pétrole brut, illustre les tensions auxquelles sont exposés les acheteurs.
Dans ce contexte, la raffinerie Dangote, située à Lekki, près de Lagos, constitue une option à examiner. Dotée d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour, elle dispose d’un potentiel industriel important pour alimenter différents marchés africains.
Pour Patrick Mabiala, économiste gabonais, « la diversification des fournisseurs peut améliorer les conditions de négociation des pays importateurs. Mais la proximité d’une raffinerie ne garantit pas automatiquement un carburant moins cher. Il faut comparer les prix contractuels, les frais de transport et l’ensemble des coûts jusqu’au dépôt de destination ».
Des importations qui pèsent sur les économies
La question est particulièrement sensible pour la CEMAC. La région produit du pétrole brut, mais ses capacités de transformation ne couvrent pas l’ensemble de ses besoins en produits raffinés. Elle doit donc recourir aux marchés extérieurs pour assurer une partie de son approvisionnement.
En 2025, la BEAC évaluait à environ 2 000 milliards de FCFA la facture régionale des importations de produits pétroliers raffinés. Ce montant donne une idée de l’enjeu financier.
Les conséquences dépassent la balance commerciale. Dans les pays où les prix à la pompe sont encadrés, une augmentation des coûts d’achat peut accroître les dépenses de compensation supportées par les finances publiques. Les ménages et les entreprises sont également concernés, le prix des carburants influençant les coûts du transport et, indirectement, ceux de nombreux biens et services.
« Pour les finances publiques, toute économie sur les achats de carburants peut dégager des marges budgétaires. Encore faut-il que la baisse du coût d’approvisionnement soit vérifiable et qu’elle ne soit pas absorbée par le transport, le stockage ou d’autres frais », estime un spécialiste des finances publiques.
Le Gabon entre diversification et production locale
Au Gabon, l’intérêt de cette piste doit être apprécié à la lumière des difficultés d’approvisionnement et du rôle de la Société gabonaise de raffinage (Sogara). Des achats auprès de Dangote pourraient offrir une source supplémentaire de produits raffinés, sous réserve de prix compétitifs et de garanties de livraison.
Une telle option ne dispense cependant pas le pays de renforcer ses propres capacités industrielles. La modernisation de la Sogara demeure un enjeu pour réduire les vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement. À l’échelle régionale, la relance des capacités de raffinage, notamment au Cameroun, constitue également un levier de moyen et long terme.
Mick Moukouangui, spécialiste du secteur pétrolier et ex-employé de Sogara souligne que « l’approvisionnement extérieur peut répondre à des besoins immédiats, mais la sécurité énergétique repose aussi sur des infrastructures fiables, des stocks suffisants et une capacité locale de transformation ».
Au fond, le pari de Dangote ne se mesurera pas à la seule capacité de production de la raffinerie nigériane. Il dépendra du prix réellement payé par les importateurs de la CEMAC, de la régularité des livraisons et des économies effectivement réalisées. Pour le Gabon, l’enjeu est de diversifier ses sources sans renoncer au renforcement de son outil national de raffinage.
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