Au Gabon, les milliers de commerçants qui manipulent quotidiennement des espèces restent exposés au risque de recevoir de faux billets. Pour les aider à mieux reconnaître leur monnaie, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) propose NG2020, une application mobile gratuite. Sur le terrain, entre espoir et méconnaissance de cet outil, les petits commerçants racontent leurs difficultés.
Au PK8, dans la périphérie de Libreville, Jeanine Bouma a installé son étal de fruits et légumes en bordure de route. Ici, les clients se succèdent et les paiements s'effectuent essentiellement en espèces. Mais depuis une mésaventure survenue lors d'une vente de marchandises d'une valeur de 15 000 FCFA, cette commerçante regarde désormais à deux fois les billets qu'on lui tend.
Son problème ? Elle ne sait pas toujours distinguer une véritable coupure d'une contrefaçon. Une difficulté dont peuvent profiter certains clients mal intentionnés.
« Il y a des personnes qui vous tendent de faux billets et profitent de votre ignorance pour vous tromper. Parfois, elles viennent la nuit pour éviter d'être repérées. Cette application pourrait vraiment aider les commerçants que nous sommes », explique Jeanine.
Pour cette vendeuse, qui tire ses revenus de son activité quotidienne, recevoir un faux billet peut représenter une perte difficile à supporter. L'annonce d'une application permettant de mieux reconnaître les signes de sécurité du franc CFA suscite donc son intérêt.
Un risque quotidien pour les petits commerçants
À plusieurs kilomètres de là, au centre-ville de Libreville, Diop partage les mêmes préoccupations. Vendeur de café chaud, il exerce également une activité de mobile money. Entre les dépôts, les retraits et les ventes, des dizaines de billets passent chaque jour entre ses mains.
Dans ce commerce où les opérations s'enchaînent, prendre le temps d'examiner chaque coupure n'est pas toujours évident. Lui aussi voit dans cette nouvelle technologie un moyen de limiter les risques.
« Ça change beaucoup de choses dans notre business. On doit nous aider à installer cette application. Ça nous éviterait des pertes », confie-t-il.
Pour le professeur Fidèle Ossamy, économiste spécialiste des questions monétaires, le risque dépasse la simple perte financière subie par le commerçant.
« Lorsqu'un petit commerçant reçoit un faux billet de 10 000 FCFA, il perd à la fois la valeur de sa marchandise et celle de la monnaie reçue. Pour certains, cela représente une part importante de leur recette journalière. La contrefaçon fragilise également la confiance entre vendeurs et acheteurs », explique cet universitaire.
Un smartphone pour apprendre à vérifier
Développée par la Banque des États de l'Afrique centrale, l'application gratuite NG2020 permet aux utilisateurs de se familiariser avec les éléments de sécurité des billets de la gamme 2020, en circulation dans les six pays de la CEMAC.
Son fonctionnement repose sur plusieurs gestes simples : observer le billet par transparence pour identifier le filigrane, toucher certaines parties pour sentir les impressions en relief, examiner le fil de sécurité ou encore incliner la coupure pour vérifier ses caractéristiques visuelles.
Contrairement à un détecteur professionnel, NG2020 ne scanne pas automatiquement un billet pour déterminer s'il est authentique. Elle guide plutôt son utilisateur dans les vérifications à effectuer.
Une distinction importante, selon Guillaume, le banquier d’affaire, spécialiste de la sécurité fiduciaire, passé par Société Générale, la banque française.
« Il ne suffit pas de placer son téléphone devant un billet pour savoir s'il est vrai ou faux. L'application montre les éléments de sécurité que l'utilisateur doit rechercher. C'est ensuite à lui d'effectuer les manipulations. Elle constitue une aide à la vérification, mais ne remplace pas les contrôles réalisés par les professionnels », explique-t-il.
Entre technologie et habitudes de terrain
Sur les marchés, toutefois, l'utilisation d'une telle application pose une autre question : les commerçants auront-ils le réflexe de consulter leur téléphone lorsqu'ils reçoivent une coupure suspecte ?
Entre le service des clients, la gestion de la caisse et les opérations de paiement, les transactions se font souvent dans l'urgence. Encore faut-il connaître l'existence de l'outil et savoir l'utiliser correctement. Le souhait exprimé par Diop d'être accompagné dans son installation illustre notamment l'enjeu de sensibilisation qui attend la Banque centrale.
Car si NG2020 peut aider les usagers à mieux connaître leur monnaie, elle ne constitue pas une garantie absolue contre la contrefaçon. Certaines vérifications nécessitent une manipulation physique du billet, voire un équipement complémentaire.
Pour Jeanine comme pour Diop, l'intérêt est néanmoins immédiat : mieux reconnaître les billets qu'ils reçoivent afin de protéger leurs modestes revenus.
Reste désormais à faire entrer cette technologie dans les habitudes des commerçants. Car face à la fausse monnaie, posséder un smartphone ne suffit pas. Encore faut-il savoir quoi regarder sur le billet que l'on tient entre les mains.
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