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Afrique centrale : entre réformes et résultats, le fossé persiste

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Afrique centrale : entre réformes et résultats, le fossé persiste

Le constat posé par la CEA est celui d’un décalage. Depuis 2017 et la chute des cours des produits pétroliers, les Etats de la sous-région ont engagé des réformes destinées à rendre leurs économies moins dépendantes des matières premières et à améliorer l’environnement des affaires. Mais entre l’adoption d’une réforme et son application effective, le chemin reste long.

Des réformes, mais des effets encore limités

Simplification administrative, digitalisation des services publics, modernisation des administrations fiscales ou encore renforcement des cadres juridiques : plusieurs avancées sont relevées par la CEA.

Pour autant, les entreprises continuent de faire face à de nombreux obstacles. Complexité réglementaire, coûts de conformité, insuffisance de la sécurité juridique, déficit d’infrastructures productives, accès limité au financement, manque de compétences et d’innovation ou encore fragmentation des marchés continuent de peser sur leur capacité à investir et à se développer.

Le problème est donc moins celui de l’absence de réformes que celui de leur mise en œuvre. Selon l’étude préparée par la CEA pour le CIE 2026, certains dispositifs de suivi mesurent encore davantage les textes adoptés que les résultats effectivement obtenus par les entreprises. Autrement dit, le nombre de réformes engagées ne permet pas nécessairement de mesurer leur impact sur l’économie réelle.

Le financement reste un point faible

L’un des indicateurs les plus révélateurs concerne l’accès au crédit. En 2025, à l’exception du Burundi, aucun pays de la CEEAC ne dépassait 20 % du PIB en matière de crédit au secteur privé. À l’échelle mondiale, cette proportion atteignait 140,3 %.

Cet écart est particulièrement problématique pour les PME. Elles ont besoin de financements de moyen et long terme pour renouveler leurs équipements, intégrer de nouvelles technologies et conquérir les marchés régionaux. Sans financement adapté, une réforme de l’environnement des affaires peut rester sans effet sur les capacités de production.

Produire davantage localement

La question de la diversification se pose également dans les capacités productives. Entre 2017 et 2025, la part de la valeur ajoutée manufacturière dans le PIB a progressé dans certains pays, mais reculé dans plusieurs autres. Dans le même temps, l’emploi manufacturier est resté stable ou a diminué dans plusieurs économies de la sous-région.

C’est ici que se situe l’enjeu central de la décennie de diversification : ne plus seulement exporter des matières premières, mais parvenir à créer davantage de valeur localement.

Pour la CEA, un environnement économique plus prévisible et plus incitatif doit permettre aux entreprises d’investir dans la production, de transformer localement les ressources naturelles, de développer l’innovation et de créer des emplois. Il doit également favoriser la constitution de chaînes de valeur régionales et permettre aux entreprises de tirer davantage parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Passer des textes aux résultats

Le CIE 2026 entend ainsi déplacer le débat : il ne s’agit plus seulement d’adopter de nouvelles réformes, mais de renforcer leur exécution, leur coordination, leur suivi et leur appropriation par le secteur privé.

L’enjeu dépasse donc l’amélioration de quelques indicateurs de l’environnement des affaires. Il touche directement à la capacité des économies d’Afrique centrale à créer de la valeur, réduire leur vulnérabilité extérieure et générer des emplois productifs.

La CEA veut notamment renforcer le dialogue entre pouvoirs publics et entreprises, améliorer la coordination des politiques nationales et régionales et développer une approche fondée sur des projets bancables, notamment dans les infrastructures productives et les corridors régionaux stratégiques.

À quatre ans de l’échéance de 2030, le défi est donc clairement identifié : faire en sorte que les réformes ne restent pas des textes, mais deviennent des conditions concrètes pour produire, investir, financer les entreprises et transformer les économies d’Afrique centrale.

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