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Chômage : l’entrepreneuriat peut-il vraiment sauver les jeunes ?

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Chômage : l’entrepreneuriat peut-il vraiment sauver les jeunes ?

Gabon : l’entrepreneuriat peut-il vraiment résoudre le chômage des jeunes ?

Présenté comme une réponse au manque d’emplois, l’entrepreneuriat est devenu un levier privilégié des politiques d’insertion professionnelle. Mais entre création d’activités, survie des entreprises et emplois durables, le chemin reste long. Pour NZOGHAZEME NZOGHOBIANG Gilles Christ, entreprendre peut aider certains jeunes, sans constituer pour autant une solution de masse au chômage et à la précarité.

Créer son entreprise pour sortir du chômage. L’idée paraît séduisante, presque évidente. À défaut de trouver un emploi, pourquoi ne pas le créer soi-même ? Le raisonnement valorise l’initiative individuelle, l’autonomie et la capacité à transformer une idée en activité économique. Mais il soulève une question fondamentale : suffit-il d’encourager les jeunes à entreprendre pour résoudre un problème qui dépasse largement leur seule volonté ?

Au Gabon, où l’insertion professionnelle des jeunes demeure un défi majeur, la question mérite d’être posée sans détour. Car si l’entrepreneuriat peut créer de la richesse et des emplois, toutes les entreprises ne survivent pas, toutes ne recrutent pas et toutes ne permettent pas à leurs fondateurs de sortir durablement de la précarité.

Pour NZOGHAZEME NZOGHOBIANG Gilles Christ, entrepreneur gabonais, il faut justement se garder de présenter l’entrepreneuriat comme une réponse universelle. « L’entrepreneuriat peut aider certains jeunes, mais ce n’est pas une solution de masse au chômage ou à la précarité », souligne-t-il.

Des chiffres qui interrogent

Les résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC 2024), publiés par l’Institut national de la statistique (INSTAT), donnent la mesure du défi gabonais. Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 35 ans atteint 30,5 %. Par ailleurs, 32,6 % des jeunes de cette tranche d’âge ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation.

L’enquête révèle également le poids considérable de l’informalité : 86,5 % des emplois relèvent du secteur informel. Le secteur privé informel représente 46,8 % des emplois, contre 25,4 % pour le privé formel et 19,6 % pour l’administration publique.

Ces données montrent que le problème ne se limite pas à l’absence d’initiatives entrepreneuriales. Il concerne aussi la capacité de l’économie à générer suffisamment d’emplois productifs, stables et correctement rémunérés.

Créer davantage d’entreprises peut contribuer à élargir le tissu économique. Mais encore faut-il que ces entreprises trouvent des clients, dégagent des revenus suffisants et puissent se développer.

Entreprendre par choix ou par nécessité

Derrière les discours sur l’esprit d’entreprise se cachent des réalités très différentes. Certains jeunes identifient une opportunité, disposent de compétences recherchées et mobilisent des ressources pour construire une activité. D’autres se lancent parce qu’ils ne trouvent pas d’emploi et doivent générer un revenu, parfois dans l’urgence.

Cette distinction est déterminante. L’entrepreneuriat par nécessité peut constituer une réponse immédiate à l’absence de débouchés salariés. Il ne garantit cependant ni la rentabilité de l’activité ni sa capacité à créer des emplois supplémentaires.

Gilles Christ rappelle que « beaucoup de jeunes se lancent par nécessité, avec peu de capital, des marchés saturés et des revenus souvent inférieurs à ceux d’un emploi stable ».

Au Gabon, un jeune qui crée une petite activité commerciale ou de services peut ainsi se retrouver à travailler de longues heures pour un revenu irrégulier, sans protection sociale suffisante et avec peu de possibilités d'investissement. L’activité lui permet peut-être de subsister, mais elle ne constitue pas nécessairement une sortie durable de la précarité.

Le risque est alors de confondre création d’activité et création d’emploi de qualité. Une entreprise enregistrée n’est pas automatiquement une entreprise viable. Et un entrepreneur n’est pas nécessairement un employeur.

Le financement ne suffit pas, l’accompagnement est déterminant

L’accès au financement figure parmi les obstacles fréquemment rencontrés par les jeunes entrepreneurs. Mais disposer d’un capital ne garantit pas davantage le succès. Encore faut-il connaître son marché, maîtriser ses coûts, trouver des clients et adapter son offre à la demande.

L'entrepreneur attire également l’attention sur les résultats des évaluations de programmes de formation à l’entrepreneuriat. Selon lui, « les essais contrôlés sur les formations à l’entrepreneuriat donnent des effets modestes ». Les résultats sont plus encourageants lorsque la formation est combinée à d’autres formes de soutien comme le capital, le mentorat et l'accès au marché.

Cette observation invite à repenser les dispositifs d’accompagnement. Former un jeune à rédiger un business plan ou à gérer une entreprise est utile. Mais si celui-ci ne dispose ni de moyens financiers adaptés ni de débouchés commerciaux, les connaissances acquises risquent de ne pas suffire.

L’accompagnement doit donc être envisagé dans sa globalité : formation technique et managériale, financement adapté, suivi dans la durée, mise en relation avec des clients et accès aux réseaux professionnels. Les incubateurs, le microcrédit encadré et les mécanismes facilitant l’accès aux marchés peuvent jouer un rôle important, à condition de répondre aux besoins réels des entrepreneurs.

Tous les jeunes ne partent pas avec les mêmes chances

L’entrepreneuriat peut fonctionner pour des jeunes qui disposent déjà d’un minimum de ressources : compétences techniques, réseau professionnel, capacité de financement ou connaissance d’un marché. Ces atouts ne garantissent pas la réussite, mais ils peuvent faciliter le démarrage et la consolidation de l’activité.

À l’inverse, demander à un jeune sans épargne, sans réseau et sans expérience de créer une entreprise viable revient à lui imposer des obstacles supplémentaires. La pression de réussir seul peut devenir lourde, particulièrement lorsque l’échec économique est interprété comme un manque de volonté ou de compétence.

NZOGHAZEME NZOGHOBIANG Gilles Christ met ainsi en garde contre un discours qui ferait porter aux jeunes la responsabilité de difficultés structurelles liées notamment au marché du travail, au logement et à l’éducation.

Cette réserve est essentielle. Le chômage n’est pas uniquement le résultat d’un manque d’initiative individuelle. Il dépend aussi du niveau d’activité économique, de la structure des secteurs productifs, de l’investissement et de l’adéquation entre les formations et les besoins des employeurs.

L’entrepreneuriat peut également apporter des bénéfices au-delà de la création d’une entreprise. Il contribue potentiellement au développement de compétences transférables, comme l’autonomie, la prise de décision et la capacité d’adaptation. Mais ces acquis ne dispensent pas de développer les autres voies d’insertion professionnelle.

L’État doit créer les conditions de la réussite

Au Gabon, la promotion de l’entrepreneuriat ne peut se substituer à une politique de l’emploi plus large. L’État doit certes encourager les initiatives privées, mais également agir sur les conditions économiques qui permettent aux entreprises de se développer.

Cela passe notamment par un accès plus adapté au financement, une simplification effective des démarches administratives, des infrastructures fiables, des règles prévisibles et un accès transparent à la commande publique. Les petites entreprises doivent aussi pouvoir trouver des débouchés, notamment auprès des grandes entreprises et dans les filières productives locales.

La diversification économique constitue un autre enjeu. Le développement de la transformation du bois, de l’agriculture et de l’agro-industrie, de la construction, de la maintenance industrielle ou des services numériques peut ouvrir des perspectives. Mais ces filières ne créeront des emplois durables que si les investissements, les compétences et les marchés sont au rendez-vous.

L’État doit également soutenir la formation professionnelle, l’apprentissage et l’adéquation des qualifications avec les besoins des entreprises. Tous les jeunes ne souhaitent pas entreprendre, et tous n’ont pas vocation à devenir chefs d’entreprise. Une économie capable de créer des emplois doit offrir plusieurs voies d’insertion : emploi salarié, apprentissage, activité indépendante et création d’entreprise.

Mesurer les résultats plutôt que les intentions

Le succès d’une politique d’entrepreneuriat ne devrait pas se mesurer uniquement au nombre d’entreprises créées, de jeunes formés ou de financements annoncés. Il faut aussi observer combien d’entreprises sont encore actives après plusieurs années, combien recrutent, quels revenus elles procurent et dans quelle mesure elles parviennent à se développer.

Le même principe s’applique aux politiques de l’emploi : l’objectif n’est pas seulement de faire baisser les statistiques du chômage, mais de permettre au plus grand nombre d’accéder à une activité productive et à des conditions de travail décentes.

La conclusion de NZOGHAZEME NZOGHOBIANG Gilles Christ est sans ambiguïté : « L’entrepreneuriat est une voie parmi d’autres, utile quand elle est accompagnée. Pour sauver les jeunes, il faut surtout de la formation, des emplois de qualité et de l’accompagnement, dont l’entrepreneuriat peut être une composante. »

Une position qui replace le débat à son véritable niveau. L’enjeu n’est pas d’opposer entrepreneuriat et emploi salarié, ni de décourager les jeunes qui souhaitent se lancer. Il est de reconnaître que la création d’entreprise ne peut, à elle seule, compenser les insuffisances structurelles du marché du travail.

Au Gabon, l’entrepreneuriat peut être un levier de création de richesse et d’emplois. Mais pour devenir une réponse durable au chômage des jeunes, il doit s’inscrire dans une stratégie plus large associant formation, investissement productif, accès au marché et accompagnement. Le véritable objectif n’est pas de faire de chaque jeune un entrepreneur, mais de construire une économie dans laquelle chacun peut trouver une place et un avenir professionnel.

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