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Gabon : et si l'infrastructure devenait une véritable économie ?

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Gabon : et si l'infrastructure devenait une véritable économie ?

Au Gabon, lorsqu'on parle d'infrastructures, on pense généralement aux routes à construire, aux ponts à réhabiliter, aux écoles à bâtir, aux réseaux électriques à étendre ou encore aux équipements publics à moderniser. On les considère souvent comme une dépense nécessaire au développement. Mais cette lecture est incomplète.

Une route n'est pas seulement du bitume. Un port n'est pas seulement un quai. Une centrale électrique n'est pas seulement un équipement. Une infrastructure est aussi une capacité de production. On peut ainsi parler d'« économie infrastructurelle » au Gabon : une manière de voir les infrastructures comme un écosystème capable de créer de l'activité, de réduire les coûts et de rendre les autres secteurs plus productifs. Selon la Banque mondiale, la croissance gabonaise de 2024, estimée à 2,9 %, a été soutenue par l'accélération des travaux publics, dynamique poursuivie en 2025 dans les services et la construction.

Construire une route, c'est construire un marché

Une route réduit le temps de transport, facilite l'approvisionnement des entreprises et l'accès des producteurs aux marchés. Pour un agriculteur, elle peut décider si sa production arrive jusqu'à Libreville. La faiblesse des infrastructures affecte encore le manganèse et le bois, selon la Banque mondiale. La question n'est pas le nombre de kilomètres construits, mais le nombre d'activités économiques connectées.

L'électricité, l'eau, le numérique

Sans alimentation électrique fiable, la productivité d'une entreprise en pâtit. Le Gabon affiche un accès de 95,1 % en 2024, mais cette moyenne masque de fortes disparités : 94 % en zone urbaine contre 29 % en zone rurale en 2026, avec des interruptions fréquentes qui en réduisent les bénéfices.

L'eau, souvent vue comme une question sociale, est tout autant économique : agroalimentaire, hôtellerie, santé, industrie en dépendent. Le projet de 150 millions de dollars approuvé par la Banque mondiale en février 2026 pour l'eau, l'assainissement et l'électricité illustre cette approche intégrée. Le numérique n'est plus un simple secteur : il devient une infrastructure transversale qui permet aux autres de fonctionner autrement.

Enfin, le Gabon exporte surtout pétrole, manganèse et bois, soit 97 % des exportations en 2024 : les infrastructures de transport déterminent sa capacité à déplacer ses matières premières, mais aussi à développer leur transformation locale.

Mais construire ne suffit pas

Une infrastructure est un investissement : elle doit produire un rendement mesurable. Une route peut être neuve mais sous utilisée, une centrale construite sans que le réseau permette d'acheminer l'électricité. La question doit évoluer de « combien avons nous construit ? » vers « que permet cette infrastructure de produire ? »

En 2025, la Banque mondiale estimait le capital physique à 27 % de la richesse nationale du Gabon en 2020. Malgré une hausse de 35 % de cette richesse entre 1995 et 2020, la richesse par habitant a diminué de 34,7 %, notamment à cause des déficits d'infrastructures.

Vers une économie qui vend aussi des infrastructures

Le Gabon pourrait construire autour des infrastructures de véritables chaînes de valeur : la construction fait vivre le BTP, l'entretien crée une activité permanente, les routes soutiennent l'agriculture, les ports la logistique. Le Plan national de croissance et de développement 2026 2030 place d'ailleurs l'énergie, l'eau et la modernisation des routes, écoles et centres de santé parmi ses leviers de diversification économique.

Le véritable enjeu sera que ces investissements ne restent pas des ouvrages isolés, mais deviennent des infrastructures qui font travailler d'autres infrastructures, des entreprises et des populations.

Voilà peut être la définition la plus simple de cette économie infrastructurelle : faire des infrastructures non seulement des choses que l'on construit, mais des outils qui permettent au pays de produire davantage.

Pour le Gabon, l'enjeu n'est pas de construire pour construire, mais de savoir si chaque franc investi permet de produire davantage, de réduire les coûts, de créer des emplois et d'augmenter durablement la richesse. C'est à cette condition que l'infrastructure cesse d'être une dépense pour devenir une véritable politique économique.

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