L’accès aux soins et la souveraineté pharmaceutique doivent devenir des piliers de la stratégie économique du Gabon. C'est le message fort martelé par le Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC) lors de la clôture de sa deuxième session ordinaire de 2026. Réunie sous le thème « L'accès aux soins et au médicament : une urgence sociale », l'Institution consultative invite les pouvoirs publics à changer de paradigme : loin d'être une simple charge budgétaire, la santé constitue le moteur essentiel de la productivité nationale.
La modernisation des infrastructures et le renforcement de l'offre de soins obligent l’État à accroître significativement son effort financier. Le président du CESEC, Guy-Bertrand Mapangou, a ainsi exhorté le gouvernement à réaligner les enveloppes allouées au secteur sur le seuil minimal de 15 % du budget global de l'État. Cette revalorisation, conforme aux engagements continentaux de la Déclaration d'Abuja, permettra de « doter les structures sanitaires en personnel qualifié ».
Au-delà de la hausse des allocations théoriques, le Conseil pointe une distorsion majeure dans la chaîne d'exécution de la dépense publique. L'institution demande urgemment d’« améliorer le taux d'exécution du budget de la santé par le Trésor Public pour quitter les seuils habituels de 10 % d'exécution, même si la base engagement est à 95 % ». Ce goulot d'étranglement financier asphyxie le fonctionnement quotidien des hôpitaux et perturbe gravement la prise en charge des patients.
Investir dans l'usine de Nkok pour bâtir une souveraineté pharmaceutique
Pour réduire la dépendance extérieure et prémunir le pays contre les pénuries récurrentes de médicaments essentiels, le CESEC préconise le développement d'une véritable politique industrielle locale. Le Conseil invite formellement le Gouvernement à « appuyer l'entrée de l'État dans le capital de l'usine pharmaceutique de Nkok ».
Cette prise de participation stratégique s'accompagne d'un appel à la synergie institutionnelle et logistique. L'institution recommande d'interconnecter l'usine du médicament de Nkok, l'Office Pharmaceutique National (OPN) et l'Agence du Médicament. Un pilotage conjoint indispensable pour sécuriser la distribution, fluidifier la chaîne d'approvisionnement et prévenir les ruptures de stocks sur l'ensemble du territoire.
Protéger le pouvoir d'achat des ménages vulnérables
Sur le plan social, le coût direct des traitements demeure une cause majeure de fragilisation économique et d'exclusion. Le CESEC appelle ainsi à « promouvoir et encourager l'allègement du reste à charge pour éviter le renoncement aux soins des populations vulnérables », garantissant ainsi un accès plus équitable aux prestations médicales et préservant le pouvoir d'achat des foyers modestes.
En transmettant l'ensemble de ces recommandations à l'exécutif et au parlement, conformément à l'article 149 de la Constitution, le CESEC rappelle que la levée des verrous budgétaires et l'autonomie pharmaceutique constituent désormais les piliers indissociables de la stabilité socio-économique du Gabon.