La mise en place d'une structure fédérale dédiée à la défense des consommateurs des produits et services bancaires dans la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) marque un tournant institutionnel majeur pour la région. La Fédération des Associations des Consommateurs Financiers dans la CEMAC (FACFI-CEMAC), dont le bureau a été formellement constitué le 13 août 2025, entend combler un vide de long date en matière de protection des clients bancaires dans l'espace CEMAC.
Cette initiative intervient après plus d'une année de démarches administratives et de validation juridique. Depuis janvier 2025, la FACFI-CEMAC a travaillé à l'harmonisation des approches nationales en matière de consommation financière. La création de ce bureau répond à un besoin palpable : malgré l'existence de réglementations bancaires au niveau de chaque État membre et du régulateur central (la Commission bancaire de l'Afrique centrale, COBAC), les consommateurs de la région demeuraient fragmentés, sans plateforme unifiée pour faire valoir leurs droits.
« Cette fédération est un outil de cohésion pour les pays de la CEMAC », explique Gildas Ndzengue Mbomba, Président de la FACFI-CEMAC et citoyen gabonais. Le bureau exécutif qu'il préside comprend trois Vice-Présidents gabonais : Jean Bernard Bouguen (Cameroun), Consuelo Ondo Efua Mangue (Guinée équatoriale), Yaya Sidjim (Tchad), Marcel Mokwapi (Centrafrique), et Célestin Matingou (Congo). Cette composition reflète l'implication centrale du Gabon dans l'architecture institutionnelle de la protection des consommateurs régionale.
Un cadre juridique désormais stabilisé
Trois réglementations fondatrices structurent le fonctionnement de la FACFI-CEMAC. D'abord, le Règlement n°01/20/CEMAC/UMAC/COBAC du 3 juillet 2020 pose le cadre général relatif à la protection des consommateurs des produits et services bancaires. Ensuite, le Règlement COBAC R-2020/04 établit le Service Bancaire Minimum, une disposition clé garantissant l'accès à des services essentiels à tous les consommateurs. Enfin, le Règlement COBAC R-2020/06 définit les mécanismes de traitement des réclamations des consommateurs.
Ces trois piliers juridiques, jusqu'à présent fragmentés au niveau national, trouvent une expression coordonnée à travers la FACFI-CEMAC. « L'existence d'une fédération visible et organisée force les autorités à respecter ces textes », souligne un analyste du secteur financier.
Les défis concrets de la représentation
Reste à connaître la traduction opérationnelle de cette architecture. La FACFI-CEMAC devra gérer plusieurs enjeux simultanément. D'abord, l'asymétrie d'accès aux services bancaires entre zones urbaines et rurales. Ensuite, la persistance des frais bancaires opaques et souvent déconnectés des réalités économiques des ménages. Enfin, la faiblesse des mécanismes de réclamation dans certains États, notamment en Centrafrique et au Tchad, où le secteur bancaire demeure peu développé.
La fédération devra aussi mobiliser les associations nationales membres. Car la FACFI-CEMAC ne peut fonctionner que si chaque pays dispose d'associations dynamiques et capables de remonter les doléances des consommateurs. Pour le Gabon, cette question reste ouverte : le pays dispose-t-il d'associations de consommateurs suffisamment structurées pour alimenter ce processus régional ?
L'implication de la COBAC : un atout ou une limite ?
La Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC) a joué un rôle clé dans la mise en place de ce cadre. Cependant, une question demeure : une autorité régulatrice peut-elle aussi valider la structure de ceux qui sont censés la contrebalancer ? La COBAC a approuvé les associations qui feront partie de la FACFI-CEMAC, ce qui pose la question de l'indépendance réelle de la fédération vis-à-vis du régulateur.
Paradoxalement, cette tension pourrait aussi être un atout : une FACFI-CEMAC acceptée par la COBAC sera mieux entendue des banques centrales nationales et des établissements financiers.
Perspectives : vers une intégration financière équitable ?
La mise en place de la FACFI-CEMAC intervient dans un contexte plus large : celui de l'intégration économique de la CEMAC. L'Union monétaire ouest-africaine (UMOA) dispose déjà de structures similaires, et la CEMAC entend rattraper ce retard institutionnel.
Si la fédération parvient à fonctionner de manière efficace, elle pourrait devenir un modèle pour d'autres régions africaines. Si elle reste lettre morte, elle ne sera qu'un ajout bureaucratique de plus.
Pour les consommateurs gabonais, enjeu immédiat : que changeront ces nouveaux cadres à leur accès aux services bancaires, à la transparence des frais et à la résolution de leurs litiges ? C'est à cette aune que le succès ou l'échec de la FACFI-CEMAC sera mesuré.