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Un milliard de dollars plus tard, le football africain cherche encore la sortie du vestiaire

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Un milliard de dollars plus tard, le football africain cherche encore la sortie du vestiaire

La FIFA a injecté plus d'un milliard de dollars dans le football africain en dix ans. Mais l'argent s'évapore. Un audit de PwC(certifie la qualité et la fiabilité des informations financières)  a trouvé des millions sans justificatifs. Et au Gabon, la réalité tient en une phrase : l'État paie, l'État doit, l'État repaie.

Alors que les éliminatoires de la CAN 2027 battent leur plein. Au Maroc, on prépare déjà les valises pour le Mondial. Au Sénégal, on compte les points et les trophées. À Libreville, on compte autre chose. La probabilité que l'un des challengers du groupe fasse un faux pas pour laisser les panthères. Les promesses du lendemain qui chantent.

Les Panthères, elles, sont toujours en course. « En course », c'est le mot poli. Disons qu'elles ne sont pas encore éliminées. C'est déjà ça.

Depuis 2016, la FIFA a déversé environ 1,06 milliard de dollars sur le football africain. D'ici la fin de l'année, on frôlera les 1,28 milliard. Sur le papier, c'est une pluie d'or. Dans les faits, c'est une averse tropicale : ça tombe fort, ça ruisselle vite, et ça disparaît dans le sable.

La CAF, elle, se porte bien. Budget 2024-2025 : 149,9 millions de dollars de recettes. Droits TV, sponsoring, dotations FIFA. De quoi voir venir. Sur ce total, 41,1 millions redescendent vers les associations membres, les régions, la formation. La théorie est belle.

Sauf que. L'audit de PwC sur les comptes de la CAF entre 2015 et 2019 a trouvé 4,6 millions de dollars sans papiers. Pas de reçus. Pas de bénéficiaires identifiés. Pas de trace. L'argent a existé. Il a juste disparu. Comme un ballon dans la nuit.

Les auditeurs ont même écrit noir sur blanc que dans certains cas, ils n'ont pas pu déterminer l'objet du paiement, ni qui l'avait reçu, ni même si l'argent était bien arrivé. Sur 40 versements examinés, seuls 5, représentant 1,6 million de dollars,  avaient des documents suffisants pour confirmer qu'ils avaient servi à ce pour quoi ils étaient prévus.

Le rapport parle de « signaux d'alarme », de « mauvaise gestion potentielle »,'« abus de pouvoir possibles ». Il note qu'un seul employé pouvait approuver une dépense, recevoir les biens et valider le paiement. La même personne. Du début à la fin.

Pendant ce temps, le Maroc et le Sénégal jouent au football

Il serait injuste de dire que rien ne marche. Le Maroc, 6e mondial, demi-finaliste du Mondial 2022, fait figure de métronome. Le Sénégal, 18e mondial, exporte des joueurs comme d'autres exportent du cacao. Eux ont compris : l'argent, c'est bien. La gouvernance, c'est mieux.

Le Nigeria, l'Égypte, l'Algérie, la Côte d'Ivoire tiennent leur rang, avec des hoquets. La RD Congo monte doucement : 7e africain, 41e mondial. Pas mal pour un pays qui a connu des années de chaos footballistique.

Et puis il y a le Gabon. Les Panthères. Un pays de 2,3 millions d'habitants, un attaquant de génie,  Aubameyang,  et pas une seule phase finale de Coupe du monde dans la vitrine. Meilleur souvenir : un quart de finale de CAN. C'était il y a longtemps. On en parle encore.

Le cas gabonais : l'État paie, l'État paie, l'État paie

Au Gabon, le football est une affaire d'État. Littéralement. Les clubs n'ont pas de revenus propres. La fédération non plus. Alors l'État paie. Encore. Toujours.

CAN 2025. Budget annoncé : 65,94 milliards de FCFA. Environ 100 millions de dollars. Décaissé : la moitié. Reste à payer en janvier 2026 : 3,7 milliards de FCFA, compagnies aériennes, hôtels, logisticiens. L'Hôtel Le Nomad attend toujours ses repas. Dix journalistes accrédités attendent leurs indemnités, 40 millions de FCFA qui n'arrivent pas. Ils ont couvert la CAN. Ils couvrent maintenant leurs frais.

Retour en 2021. CAN au Cameroun. Les joueurs réclament 3,8 milliards de FCFA. Stages, primes, qualifications. La Présidence intervient. On négocie. On rabote. On paie,  en partie. On promet le reste.

La Cour des comptes, elle, a bien épinglé des « dépenses de personnel non conformes » dans le budget du sport. Mais elle n'a pas dit combien. Question de pudeur, sans doute.

Octobre 2025. La FEGAFOOT réclame 60 millions de FCFA de prime globale. La Présidence dit non. Les dirigeants demandent 10 millions chacun. La Présidence dit : moins. On ne saura pas combien. On sait juste que ce n'était pas assez.

Infantino arrive avec sa valise

C'est dans ce décor qu'entre Gianni Infantino. Le président de la FIFA a un projet. Un beau projet. Un projet à 20 milliards de dollars.

Il s'appelle FIFA Forward Enterprise. Le principe : transférer les activités commerciales de la FIFA,  Coupe du monde, compétitions, droits, vers une nouvelle entité. On ouvre 20 % du capital à des investisseurs extérieurs. On lève 4,2 milliards. Et on redistribue.

Aux 211 associations membres, on promet 20 millions de dollars chacune, en une fois, début 2027. Les dotations du cycle suivant passeront de 8 à 20 millions.

Pour le Gabon, c'est Noël avant l'heure. Pour l'UEFA, c'est une vente à la découpe. « Le football n'est pas à vendre », gronde l'Europe. La FIFA impose un délai de 53 jours pour accepter. Passé ce délai, le chèque unique s'envole. La Concacaf et l'AFC protestent. On ne les a pas consultés.

Reste la CAF. Patrice Motsepe, son président, est un ami d'Infantino. En juillet 2026, il l'a dit sans détour : « C'est un bon ami. Il est loyal envers l'Afrique. Quand quelqu'un est loyal envers vous, vous ne lui plantez jamais un couteau dans le dos. » En avril, les 54 fédérations africaines avaient déjà apporté leur soutien unanime à la réélection d'Infantino. En août, le comité exécutif de la CAF a réaffirmé ce soutien, tout en ajoutant prudemment que « le respect de la gouvernance, des procédures régulières et de la transparence est non négociable ».

Traduction : on va en parler. Les 54 voix africaines valent de l'or. Infantino le sait. Les fédérations aussi.

Les voix de Libreville

Dans les rues de Libreville, on hausse les épaules. « On nous promet toujours de l'argent », soupire un chauffeur de taxi. « Mais les joueurs, ils jouent où ? Ils s'entraînent où ? »

Un jeune supporter, maillot des Panthères sur le dos, résume : « On a Aubameyang. On a eu Aubameyang. Et on a quoi ? Des souvenirs. »

Du côté des analystes, on est plus nuancé. « Le problème n'est pas l'argent », explique un journaliste sportif gabonais. « Le problème, c'est que l'argent arrive et qu'on ne sait pas où il va. On construit des stades, mais on ne construit pas de joueurs. On paie des primes, mais on ne paie pas les factures. »

Un ancien international, sous couvert d'anonymat : « On nous demande de gagner. Mais on nous prépare à perdre. Les stages sont annulés, les matchs amicaux reportés, les primes en retard. Comment tu peux te concentrer ? »

La FEGAFOOT, elle, n'a pas répondu à nos questions. Le ministère des Sports non plus. On nous a renvoyés au « prochain budget ». Le budget 2027 sera présenté au Parlement. On y verra plus clair. Ou pas.

Le paradoxe

En février 2026, le ministre des Sports Paul Ulrich Kessany a dit une chose rare : la vérité. Devant les responsables de clubs, il a reconnu que « l'économie du sport au Gabon dépend trop de l'État ». Il a prévenu : « Cette année, on finance. Mais à terme, l'État se retirera. » Puis il a lancé : « Ceux qui pensent ne pas pouvoir assumer ou qui ne rentrent pas dans les règles qu'on est en train de mettre en place, qu'ils démissionnent. »

C'était honnête. Mais dans un pays où les clubs n'ont pas de recettes, où la fédération n'a pas de recettes, où le naming(une forme de  marketing pour créer une marque) du championnat vient d'être vendu à la loterie nationale, l'autonomie ressemble à un mot en l'air.

Et pendant ce temps, le ballon roule.

Les éliminatoires de la CAN 2027 continuent. Les Panthères sont dans l'aventure . Elles gagneront peut-être. Elles perdront peut-être. Elles rentreront. Et l'État paiera.

Un milliard de dollars plus tard, le football africain a des vitrines. Le Maroc, le Sénégal. Il a fait des promesses. Le Gabon, le Congo, d'autres. Il a surtout une question, toujours la même : l'argent du football peut-il acheter le football ?

Réponse à Zurich, à Rabat, à Dakar. Et à Libreville, où l'on attend toujours les 40 millions des journalistes.

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