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AGRICULTURE : Le Gabon veut produire, mais qui fera tourner les filières ?

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AGRICULTURE : Le Gabon veut produire, mais qui fera tourner les filières ?

Un éleveur peut avoir un bâtiment, des poussins et l’envie de produire. Mais que fait-il lorsque l’aliment devient difficile à trouver, qu’un vétérinaire est loin, que l’abattoir adapté n’existe pas ou que le transport dégrade sa marchandise ? Son problème n’est alors plus seulement de produire. Il est de faire fonctionner tout ce qui doit se passer autour de sa production.

C’est peut-être là que se trouve l’un des angles morts du développement agricole gabonais. Nous parlons beaucoup de terres, de fermes, de cheptel, de poulets ou de maraîchage. Beaucoup moins des métiers et des activités qui permettent à ces productions de devenir une véritable filière.

« Nous aspirons à grand, c’est un bon état d’esprit, mais il faut commencer par la base : la formation de tous ces petits métiers autour du poulet de chair. Une fois que nous maîtriserons cette chaîne, nous ne pourrons que prospérer », écrit Unair de Bohème, une lectrice des Echo de l'eco,  à la suite d’un précédent article.

Le poulet de chair est un bon révélateur. Pour produire un poulet local dans de bonnes conditions, il faut des poussins, des bâtiments, des mangeoires, de la litière, de l’aliment, des techniciens, des vétérinaires, des équipements, du transport, un abattoir, du froid, du conditionnement et, finalement, un marché. Derrière un poulet, il y a donc toute une économie.

Une filière ne s'arrête pas à la ferme

Le constat vaut également pour l’élevage bovin. Si le Gabon fait venir des animaux pour développer son cheptel, une série de questions se pose immédiatement : dispose-t-il de suffisamment d’éleveurs formés ? De vétérinaires ? De spécialistes de l’alimentation animale ? D’infrastructures d’abattage ? De moyens de transport adaptés ? De débouchés capables d’absorber la production ?

Autrement dit, faire venir des bovins ne suffit pas à créer une filière bovine. Même logique pour le maraîchage. Cultiver ne consiste pas seulement à disposer d’une parcelle et de semences. Il faut connaître les sols, maîtriser l’eau, reconnaître les maladies, choisir les variétés, observer les cycles végétaux et savoir adapter ses pratiques aux conditions du milieu.

C’est précisément ce que rappelle Unair de Bohème qui d'ailleurs est professionnelle du secteur. « Le monde agricole est vaste et il mérite d’être de plus en plus connu », écrit-elle.

Horticultrice, elle explique que ce métier peut se décliner en plusieurs spécialisations : arboriculture, floriculture, maraîchage, recherche de nouvelles variétés, fabrication de terreaux et d’amendements ou encore production de jeunes plants destinés aux producteurs. « Lorsqu’on est horticulteur, on a tous ces métiers en nous », souligne-t-elle.

La « constellation » agricole

Ce témoignage dit beaucoup de ce que pourrait être une politique agricole plus ambitieuse : penser les filières comme des constellations de métiers. Un producteur de plants peut fournir plusieurs maraîchers. Un fabricant de terreaux peut approvisionner des exploitations. Un technicien peut assurer la maintenance d’équipements. Un spécialiste de l’irrigation peut améliorer les rendements. Un transporteur peut sécuriser l’acheminement. Une unité de conditionnement peut prolonger la durée de commercialisation. Autant d’activités qui créent de la valeur et des emplois sans être elles-mêmes considérées comme le cœur de l’agriculture. Or c’est précisément ce réseau qui peut faire la différence entre une succession d’exploitations et une véritable filière économique.

Le sujet ramène inévitablement à la formation. Former des agriculteurs est indispensable. Mais former uniquement ceux qui cultivent ou élèvent ne suffira pas. Il faut également former les techniciens, vétérinaires, spécialistes de l’alimentation animale, agents de maintenance, professionnels du froid, abatteurs, logisticiens, transformateurs et commerciaux. Car chaque faiblesse de la chaîne a un coût.

Un éleveur mal accompagné peut perdre en productivité. Un maraîcher qui maîtrise mal les maladies peut perdre sa récolte. Une production qui ne dispose pas de moyens de conservation peut perdre sa valeur avant même d’arriver au marché. Le problème n’est donc pas toujours la terre. Il peut être le maillon qui manque entre la terre et le marché.

Et si l’agriculture devenait aussi une affaire de vocations ?

Unair de Bohème veut « réveiller la graine endormie au fond de nos enfants ». Derrière cette formule se trouve une vraie question économique à savoir comment attirer les jeunes vers un secteur dont ils connaissent encore mal la diversité ? L’agriculture ne devrait plus être présentée comme le seul fait de travailler la terre. Elle offre des perspectives en agronomie, élevage, horticulture, recherche, transformation, logistique, maintenance, commerce ou entrepreneuriat.

Le Gabon devrait donc développer les compétences, les entreprises et les services qui permettraient aux producteurs de réussir. C’est sans doute à cette condition que les ambitions agricoles du Gabon cesseront d’être une addition de projets pour devenir de véritables chaînes de valeur.

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