Les Échos de l'éco
Votre espace, votre expérience Créez votre Une Posez vos questions à nos auteurs Jouez à nos jeux Accédez à des fonctionnalités réservées aux membres Créez votre compte maintenant et devenez membre des échos
Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

CECA-GADIS, entre restructuration et nouveaux défis

Partager
Retrouvez-nous sur Google
Écouter
CECA-GADIS, entre restructuration et nouveaux défis

Entre restructuration et nouveaux défis Face aux mutations du marché et aux nouvelles attentes des consommateurs, la grande distribution gabonaise est appelée à se réinventer. Depuis 2024, la CECA-GADIS a engagé une transformation profonde de son modèle, entre restructuration du réseau, modernisation, digitalisation et soutien aux filières locales. Dans cet entretien, Isabelle Essonghe, Administratrice Directrice Générale, explique les choix opérés par l’entreprise et les ambitions de son plan "Excellence 2024-2027".

 Les Échos de l'Éco : Depuis 1967, la CECA-GADIS accompagne le quotidien des familles gabonaises. Comment décririez-vous l'entreprise aujourd'hui ? Isabelle Essonghe :

Nous sommes une entreprise multi-enseignes : Supergros, Intergros, Maxigros, Gaboprix, Cecado, Géant CKDO, CK2 entre autres, présent sur l'ensemble du territoire, avec près de 70 points de vente. Notre rôle historique de modérateur de prix reste intact, mais notre visage change : nous sommes engagés depuis 2024 dans une transformation profonde, portée par notre plan « Excellence 2024-2027 : à la reconquête du marché ». L'objectif est simple: bâtir une CECA-GADIS plus robuste, plus moderne et plus proche des besoins réels des consommateurs.

Vous avez procédé à une réduction significative de votre réseau de proximité. Beaucoup y ont vu un signal négatif. Comment répondez-vous à cela ?

Je comprends cette lecture, mais elle mérite d'être précisée. Depuis la suppression du partenariat avec l'État en 2018, certaines de nos implantations, notamment sous les enseignes Gaboprix et Cecado, étaient devenues structurellement déficitaires, absorbées par des charges fixes croissantes dans des zones où la fréquentation ne suivait plus. Continuer à les exploiter en l'état nous exposait à un risque bien plus grave : la disparition brutale de l'ensemble du réseau, avec son lot de conséquences sociales majeures. En resserrant notre périmètre sur les implantations viables, nous avons évité ce scénario catastrophe et sécurisé la pérennité de l'entreprise et de la majorité des emplois. Ce n'est pas un retrait, c'est un recentrage stratégique assumé.

Votre réseau se resserre dans certaines zones. Dans le même temps, vous continuez à ouvrir de nouveaux points de vente ailleurs. Comment conciliez-vous les deux?

C'est justement la preuve que notre stratégie n'est pas un repli, mais un rééquilibrage. Le 20 mars 2026, nous avons inauguré SOGAME EQUIP à Ngouoni, dans le Haut-Ogooué, la troisième implantation de cette enseigne de quincaillerie et de matériaux de construction, après Libreville et Port-Gentil. Avec plus de 28 000 références disponibles, ce nouveau magasin rapproche les professionnels du BTP et les particuliers de l'intérieur du pays des produits dont ils ont besoin, tout en réduisant leurs coûts de transport et en soutenant les chantiers d'infrastructures locales. C'est toute la logique de notre stratégie : nous resserrons nos moyens là où ils étaient devenus inefficaces, et nous les déployons résolument là où le potentiel de développement est réel, y compris loin de Libreville et de Port-Gentil. Ngouoni illustre notre ambition de décentralisation commerciale au service du développement économique du Gabon.

Une restructuration de cette ampleur a un coût social. Comment le dialogue avec vos équipes a-t-il été mené ?

C'est un point sur lequel je veux être très claire, car il a parfois été mal interprété. Les délégués syndicaux et du personnel, ainsi que les mandataires salariés au Comité Permanent de Concertation Économique et Sociale, ont été associés de bout en bout à la procédure, dans le strict respect du Code du Travail. Leur mandat légal les habilite à représenter l'ensemble de leurs collègues : le dialogue social a donc bien eu lieu, à travers les instances prévues à cet effet, c'est précisément la raison d'être de ces institutions représentatives. Et nous sommes allés au-delà de nos obligations légales : en complément des droits classiques liés à un licenciement économique, une indemnité de réinsertion professionnelle a été versée, à titre humanitaire. Nous avons voulu que cette transition, difficile pour tous, se fasse dans la dignité et la responsabilité.

Le dossier CK2 Libreville illustre bien votre approche. Que représente cette délocalisation ?

C'est un cas d'école. Notre magasin emblématique du centre-ville, en activité depuis 1978, se trouve aujourd'hui enserré dans un périmètre de bureaux et de sièges administratifs qui n'est plus une zone de chalandise. Plutôt que de le laisser péricliter, nous avons choisi de le réinventer : le Nouveau CK2 sera redéployé à environ cinq kilomètres de son site actuel, dans un format repensé qui réaffirme sa vocation « tout pour la maison » et son slogan « Et tout va mieux ». Le niveau de service, le référencement des produits et notre politique de juste prix seront intégralement maintenus. Et pendant la phase de transition, nos clients continueront de retrouver les marques CK2 dans nos supermarchés et magasins non alimentaires.

Digitalisation, transition numérique... où en est la CECA-GADIS sur ces sujets ?

C'est l'un des deux piliers de notre plan Excellence 2024-2027 car c'est une condition sine qua non de notre modernisation : sans cette transition numérique, aucune évolution de notre modèle n'est possible. Mais il faut prendre en compte le bon technologique réalisé ces dernières années dans ce domaine, il est important de ne pas confondre vitesse et précipitation.

Le second pilier concerne le soutien aux filières locales. Concrètement, que mettez-vous en place ?

Nous voulons renforcer l'approvisionnement auprès des producteurs gabonais et donner davantage de visibilité au « Made in Gabon » dans nos rayons. Cela passe par le référencement assumé de ces producteurs, mais aussi par un véritable cycle d'activités avec eux. Nous avons également lancé début 2026 le modèle PPA, Propriétaire Partenaire Affilié, qui permet à des entrepreneurs locaux de toutes tailles de s'associer à notre enseigne et à notre chaîne d'approvisionnement. Nous recevons chaque jour des dizaines de sollicitations de producteurs qui souhaitent voir leurs produits en rayon, et devenir fournisseur d'une grande enseigne ne s'improvise pas. C'est pourquoi nous avons publié, en collaboration avec les administrations compétentes en matière de commerce, d'agriculture, de pêche, de santé publique et de normalisation, un Guide pratique du producteur gabonais : il détaille pas à pas les démarches sanitaires, administratives et commerciales à accomplir, du dossier de candidature jusqu'à la première commande pilote. Notre objectif est double: protéger le consommateur final et offrir aux producteurs un cadre clair, équitable et accessible pour développer durablement leur activité. C'est une façon très concrète de faire de la RSE un axe de différenciation plutôt qu'une case à cocher.

Vous parlez de modernisation. Que peuton observer dès aujourd'hui sur le terrain ?

Un chantier de rénovation de 27 points de vente est engagé, dont trois sont déjà livrés à Libreville. Nous avons aussi ouvert l'enseigne Maxigros en 2025. Ce sont des investissements tangibles, qui traduisent notre conviction : cette période difficile est aussi une opportunité de nous réinventer, de gagner en efficacité et de renforcer notre culture d'entreprise.

Un mot de conclusion pour les lecteurs des Échos de l'Éco ?

Notre feuille de route tient en un mot que j'aime décliner avec nos équipes: ESSOR. Effort au quotidien pour rester au niveau des attentes de nos clients. Systèmes d'information modernisés. Sécurité et stabilisation de l'emploi, qui restent notre boussole dans chaque décision. Offres diversifiées pour nous démarquer. RSE, en soutenant nos filières locales. C'est par ce chemin, exigeant mais assumé, que la CECA-GADIS entend rester la chaîne de distribution de référence pour les familles gabonaises.

Posez une question à l'auteur

Une précision à demander, un point à éclaircir, un avis contraire à faire valoir ? Donald Ella vous répond directement, et sa réponse vous attendra dans votre espace.