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En 2027, le Gabonais pourra-t-il acheter un poulet produit au Gabon ?

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En 2027, le Gabonais pourra-t-il acheter un poulet produit au Gabon ?

Le compte à rebours est lancé. Au 1er janvier 2027, le Gabon fermera ses frontières au poulet de chair importé. Une décision de souveraineté alimentaire, prise en Conseil des ministres en mai 2025. Mais derrière l'ambition se cache une question que personne, pour l'instant, ne veut trancher publiquement : combien coûtera ce poulet « Made in Gabon » ?

Des milliards, des tonnes, et une équation qui reste à résoudre

Sur le papier, l'État avance vite. Cinq conventions d'investissement signées en mai 2026 mobilisent près de 775 milliards de FCFA, pour une capacité annoncée de 130 000 tonnes de poulet par an à terme. L'objectif intermédiaire : 100 000 tonnes produites localement d'ici 2027-2028.

Le problème, c'est le point de départ. A la période mars-mai 2026, la production nationale plafonnait autour de 4 000 tonnes, pour un déficit estimé à 60 000 tonnes par an. Petites exploitations dispersées, abattoirs modernes trop rares, chaîne du froid embryonnaire, poussins encore concentrés chez peu de producteurs : le diagnostic officiel ne cache rien des faiblesses de la filière.

Depuis, l'État accélère : 150 fermes sélectionnées et accompagnées, couvoirs régionaux, abattoirs provinciaux, bassins de maïs et de soja pour nourrir les volailles sans dépendre de l'importation d'aliments. En août 2026, un cahier des charges a même été signé entre le ministère de l'Agriculture et la Centrale d'Achat du Gabon pour sécuriser l'approvisionnement en poussins et provendes.

Le chantier est réel. Le calendrier, lui, reste serré, au point que l'Institut National de la Statistique du Gabon, mène encore, en ce mois de septembre, une collecte de données pour savoir précisément ce que le pays produit aujourd'hui.

Le vrai enjeu n'est pas la ferme, c'est la chaîne

On parle beaucoup de fermes avicoles. On parle moins de tout ce qu'il faut construire autour pour qu'un poulet arrive, vivant puis transformé, jusqu'à l'étal. Poussin, aliment, eau, électricité, vétérinaire, transport, abattage, froid, distribution : chaque maillon ajoute son coût. Et le ministre de l'Agriculture l'a lui-même reconnu, la dépendance aux intrants importés reste aujourd'hui le principal frein à la compétitivité du poulet gabonais.

Autrement dit : avoir une ferme au Gabon ne suffit pas. Il faut un véritable tissu industriel autour d'elle. Sans quoi le poulet local, produit avec des poussins et un aliment importés, pourrait coûter aussi cher, voire plus cher, que celui qu'il est censé remplacer.

La question que personne n'ose encore chiffrer

La présidence promet un poulet « sain, accessible, compétitif ». Mais accessible à combien ? Aucune communication officielle n'avance à ce jour de prix cible pour le consommateur. Une chose est certaine : le prix final sera la somme de toute la chaîne, du poussin jusqu'au sac plastique du marché. Et avec la fin des importations, la concurrence extérieure qui maintenait une pression sur les prix disparaîtra aussi.

Le sujet est déjà devenu diplomatique. Le Conseil des ministres du 18 septembre a pris acte d'une interpellation du Gabon par les États-Unis auprès de l'OMC au sujet de cette interdiction. Le gouvernement mise désormais sur les exceptions prévues par les accords commerciaux et sur la négociation.

La réussite de cette politique se mesurera dans le panier de la ménagère. Un poulet disponible, régulièrement, à Libreville comme à l'intérieur du pays, à un prix que les foyers peuvent réellement payer. 2027 ne sera donc pas qu'une date administrative. Ce sera l'heure de vérité. Le Gabon aura son poulet. Reste à savoir si les Gabonais pourront, eux, se l'offrir.

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