Les importations de poulets de chair en provenance de l'étranger avoisineraient les 65 000 tonnes par an et proviennent d'Europe, du Brésil, ainsi que d'autres pays, dont ceux de l'Afrique centrale, pour un coût global estimé à près de 500 milliards de FCFA par an.
Les aviculteurs gabonais s'organisent pour réussir le pari de mettre fin aux importations de cette viande de volaille, dès le 1ᵉʳ janvier 2027, comme l'exigent les autorités. Le Gabon, qui produit localement environ 4 000 tonnes de poulet de chair par an, a besoin de plus de 55 000 tonnes pour couvrir ses besoins. Le déficit est énorme ! Comment y remédier ?
Sur le moyen et long terme, les autorités gabonaises misent sur une production locale de 125 000 tonnes de poulet de chair par an. Réaliste. Mais pour atteindre cet objectif, il faudra construire des usines d'aliments, mettre à la disposition des aviculteurs des équipements et une logistique destinés à ravitailler les points de vente. Pour cela, les aviculteurs doivent rivaliser d'ingéniosité, agrandir leurs exploitations, augmenter leurs productions encore dépendantes des intrants et d'autres produits vétérinaires importés. Ils doivent également se doter d'équipements performants et respecter les règles de biosécurité dans les élevages, rythmées par l'amélioration des conditions sanitaires et hygiéniques des produits avicoles, nécessaires pour stimuler une production soutenue. Il reste, tout de même, des objectifs chiffrés à atteindre, parmi lesquels l'augmentation du nombre de producteurs et surtout la normalisation des facteurs de production.
L'intervention de l'État, plus que nécessaire
L'État voudrait réduire les dépenses annuelles d'importation de poulets de chair et améliorer la qualité du poulet produit sur place par les Gabonais. Il s'agit d'imprimer une stratégie de mise à niveau du secteur avicole gabonais, qui nécessite des investissements importants pour répondre aux besoins des consommateurs, toujours plus exigeants. Mais parallèlement, les aviculteurs doivent faire face aux défis que présentent la compétitivité, la libéralisation des échanges dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) et des risques sanitaires.
De nos jours, la production de poulets de chair est artisanale et largement inférieure aux besoins des consommateurs locaux. Jusqu'à un passé récent, l'on pouvait estimer que la compétition pour ne consommer que le poulet local était peine perdue d'avance, car l'importation des poulets de chair reste une activité très rentable, à défaut de l'existence de circuits organisés pour le ravitaillement régulier du poulet local. Les importateurs déversent sur le marché gabonais des cuisses de poulet, des « abats », des découpes, cuisses, pattes, ailes... sans dates de péremption visibles. En fait, ces morceaux de poulets permettent à une classe de consommateurs de limiter leurs achats, chose qu'ils ne peuvent pas faire quand ils doivent se procurer un poulet entier.
L'état des lieux des exploitations avicoles
Un jeune éleveur de poulets de chair à Ntoum déclare qu'il est difficile de cartographier les sites de production de poulets de chair au Gabon et qu'il existe des fermes d'élevage à Essassa et à Meyang, dans la périphérie de Bel Air, Donguila, Bikélé... et à l'intérieur du pays. Il a été dénombré près de 80 exploitations agricoles de multiples tailles dans l'Estuaire, une demi-douzaine à Lambaréné, Mouila et Port-Gentil, puis une vingtaine à Oyem. C'est ce que rapporte l'Institut gabonais d'appui au développement (IGAD), basé au PK8.
« La majorité des exploitations avicoles réparties à travers le pays n'ont pas encore atteint le stade de l'industrialisation. Possédant des moyens modestes, la filière avicole gabonaise est composée de quelques dizaines de réseaux dont certains sont précaires », nous explique Sandrine Guidjoumbi, vétérinaire-conseil qui fait régulièrement le tour des exploitations agricoles dans la province de l'Estuaire.
Motiver les aviculteurs et organiser la filière
« Il faut impliquer davantage l'aviculteur gabonais dans toutes les actions entreprises par le ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural pour développer la filière, car la fragilité de certaines entités réside dans le manque d'organisation », affirme Guidjoumbi.
Elle poursuit : « Il est également important d'identifier les objectifs de production pour chaque catégorie d'aviculteur, pour y adapter, ensuite, les programmes d'encadrement et de développement sur le plan national ».
Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation (FAO), le poulet est la viande la plus consommée au monde, avec une production de 90 millions de tonnes par an.
La formation et le perfectionnement du personnel sont la clé du succès
L'Institut gabonais d'appui au développement (IGAD), la FAO et la Gabonaise de Chimie œuvrent, chacun à son niveau, pour le développement de l'élevage du poulet de chair, en perfectionnant la technicité des aviculteurs. Outre les formations dispensées au Centre d'apprentissage aux métiers agricoles de l'IGAD, les aviculteurs sont édifiés sur l'emploi du matériel destiné à l'élevage avicole lors des formations pratiques animées par la Gabonaise de Chimie, familière depuis plusieurs années des cycles de formations techniques permettant une meilleure maîtrise des métiers de l'agriculture et de l'élevage. En outre, des intrants de qualité sont mis à la disposition des éleveurs, près des centres de production et des coopératives naissantes, à travers un réseau de Points verts répartis à travers le pays.
Dans la zone de Donguila, Florian Emane anime un petit élevage de poulets de chair. « Le poulet produit au Gabon est vendu sur le marché entre 5 000 francs CFA et 8 000 francs CFA, selon son poids, alors que le poulet importé est acheté entre 1 500 et 2 000 FCFA pour un poids maximum de 2 kilogrammes. Les poussins nous sont fournis par la Société meunière et agricole du Gabon (SMAG). Ils proviennent également de la Hollande et du Cameroun », déclare Emane, qui déplore le manque de moyens financiers pour maintenir la qualité des produits avicoles, poulets et œufs, et le manque de promotion pour la consommation des produits avicoles gabonais en vue d'en stimuler la demande.
Encourager la culture du maïs et du soja
Pour sa part, le ministre de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, déclarait sur la chaîne de télévision nationale que « l'un des problèmes que rencontre le secteur avicole est l'absence d'intrants locaux comme le maïs, le blé ou le soja. Nous incitons les agriculteurs à cultiver le maïs et le soja (...). Une convention a été signée en mai entre le gouvernement et une entreprise de la sous-région pour fournir de l'intrant ».
Le Gabon multiplie les initiatives pour sortir de la dépendance alimentaire occasionnée par des importations importantes en provenance de plusieurs pays. Son incapacité actuelle à produire suffisamment de poulets de chair laisse un pan entier de son économie dépendre d'importations difficilement contrôlables.
Faire de l'aviculture une activité phare
Conscient de la dépendance aux importations de poulets de chair, le Gabon encourage le développement de la filière pour en faire une activité phare. Mais l'absence d'appui aux initiatives locales limite le nombre d'emplois dans le secteur. Le Gabon fera face à un défi de taille en 2027, car, à quelques mois de cette échéance, les 5 000 tonnes de poulets de chair mises par les aviculteurs gabonais sur le marché sont largement inférieures aux besoins de la consommation locale et doivent être multipliées au moins par 10 ! Des efforts importants restent à faire pour atteindre la souveraineté alimentaire pour cette viande blanche. Pour inverser la tendance sur le court terme, la production locale devra affronter un dumping sans précédent de l'importation de poulets congelés.
Quelques banques à la rescousse des aviculteurs...
Sur instructions des autorités gabonaises, la Banque de commerce et de l'entrepreneuriat du Gabon (BCEG) a mis à disposition, depuis quelques années, des financements au profit des aviculteurs afin d'asseoir un cadre de production adéquat. La plupart d'entre eux considèrent que l'État devrait « mettre en place des formations » pour hisser le niveau de la production en poulets de chair.
« Il nous faut des écoles, car le Gabon est resté trop longtemps tributaire d'une main-d'œuvre non qualifiée », explique Étienne Nguema, qui élève et produit des poulets de chair à la coopérative des éleveurs du Woleu-Ntem. Un autre aviculteur, qui a reçu une aide financière de la FAO, Maurice Mbadinga, possède une exploitation dans la zone du Cap Estérias et envisage de produire 60 000 tonnes de poulets de chair par mois, pour un rendement compris entre 750 000 et 1 million de francs CFA par mois, en privilégiant une alimentation locale.
La SMAG, acteur clé du secteur agro-industriel
La Société meunière et avicole du Gabon (SMAG), créée en 1969, produit de l'alimentation animale et des œufs de bonne qualité. Depuis 2011, elle a mis en place, sur son site de N'Koltang, situé à 30 km de Libreville, un couvoir destiné à produire des poussins d'un jour. Sa capacité annuelle est de 75 000 tonnes de farine, 32 000 tonnes d'aliments pour bétail, 450 000 poussins d'un jour et 40 millions d'œufs. La SMAG accompagne également les fermiers dans le conseil, l'assistance, la formation professionnelle et le suivi sanitaire.
Le capital de la SMAG, de 4 milliards de FCFA, est détenu à la majorité, depuis février 2025, par le groupe ivoirien Avos, qui a racheté les parts de Somdia (groupe Castel). À ce jour, Avos contrôle près de 90 % du marché gabonais de la farine et des œufs. Ce palmarès fait de la SMAG un pilier de la sécurité alimentaire nationale et une référence pour d'autres entreprises du secteur. Face à l'enjeu gouvernemental, le groupe Avos s'engage à augmenter sa capacité de production, avec 3,2 millions de poussins d'un jour par an.