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Électricité au Gabon : faut-il vraiment tout mettre sur le dos de la SEEG ?

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Électricité au Gabon : faut-il vraiment tout mettre sur le dos de la SEEG ?

Depuis un peu plus de deux ans, le secteur de l'eau et de l'électricité n'a pourtant pas manqué d'attention.administration provisoire de la SEEG (2024-2025), plan d'investissement de 2 000 milliards de FCFA, financement de 150 millions de dollars de la Banque mondiale, réseaux et équipements renforcés. Et pourtant, bizarrement, le service continue de se dégrader.

Les Gabonais se plaignent, et le phénomène ne se limite plus aux seules coupures d'électricité. Dans certains quartiers du Grand Libreville, l'eau ne parvient aux logements que grâce à des suppresseurs, ces pompes qui remontent la pression dans les tuyaux. Quand le courant disparaît, ces quartiers-là n'ont donc ni électricité, ni eau : le 5 février 2026, un incident sur le réseau électrique a ainsi entraîné l'arrêt des moyens de production d'eau de tout le Grand Libreville. Le 1ᵉʳ juillet 2026, le gouvernement a même déclaré l'état d'urgence hydrique sur l'ensemble du territoire.

Cette accumulation de réformes, de réparations et de changements de gouvernance, suivie d'une dégradation persistante plutôt que d'une amélioration, finit par imposer une question : sommes-nous en train de chercher un responsable unique à un problème qui est devenu systémique ?

La SEEG est en première ligne. C'est elle que l'usager appelle lorsque le courant ou l'eau disparaissent. C'est elle qui facture, distribue et intervient sur le réseau. Il est donc normal qu'elle rende des comptes sur la qualité du service fourni.

Mais peut-on raisonnablement lui attribuer, à elle seule, toutes les difficultés du système ? Les faits disponibles invitent à une réponse plus nuancée. En février 2026, la Banque mondiale relevait que 94 % de la population urbaine gabonaise avait accès à l'électricité, mais que les bénéfices de cet accès étaient compromis par de fréquentes interruptions et une qualité de service insuffisante. En zone rurale, l'accès n'était que de 29 %.

Le problème est donc paradoxal : le Gabon a relativement bien avancé sur l'accès à l'électricité, mais beaucoup moins sur la régularité et la qualité du service, malgré des changements de gouvernance répétés et des investissements annoncés. Et cela change tout.

La SEEG porte une responsabilité, mais elle n'a pas construit seule le système

La SEEG gère depuis des décennies une grande partie de la chaîne électrique : production, transport et distribution. Elle affiche une capacité installée de 452 MW et plus de 5 600 kilomètres de réseaux électriques.

Mais le système énergétique gabonais ne dépend pas uniquement de l'état des équipements exploités par l'entreprise. Il dépend de la capacité de production disponible, des centrales, des lignes de transport, des postes de transformation, des réseaux de distribution, de la maintenance, des investissements, de la demande, de la régulation et, plus largement, des choix de politique énergétique opérés par l'État.

C'est d'ailleurs le gouvernement lui-même qui parle aujourd'hui d'un secteur marqué par plusieurs décennies de sous-investissement, des infrastructures vieillissantes et une gouvernance défaillante. Cette phrase est importante : elle signifie que le problème ne peut pas être réduit à une panne ou à une mauvaise intervention d'un opérateur à un instant donné. Il existe un héritage technique et financier beaucoup plus ancien.

Alors, qui doit répondre de quoi ?

C'est probablement la vraie question. La SEEG doit répondre de sa gestion opérationnelle : maintenance, distribution, interventions, qualité du service, gestion des équipements qui relèvent de son périmètre, information des usagers.

Mais l'État a également une responsabilité : définir la politique énergétique, organiser le secteur, planifier les investissements, garantir un cadre financier soutenable et s'assurer que les infrastructures nécessaires existent.

Les producteurs d'électricité ont aussi leur part de responsabilité lorsqu'une capacité de production est indisponible. Et les usagers eux-mêmes ne sont pas totalement extérieurs au système : pertes non techniques, branchements frauduleux et défauts de paiement peuvent fragiliser l'équilibre financier d'un opérateur. Mais ces facteurs doivent être documentés et quantifiés avant d'être invoqués comme explication générale.

Autrement dit, il faut sortir du réflexe consistant à désigner un seul coupable. Le service est collectif ; la responsabilité doit donc être regardée sur l'ensemble de la chaîne.

Le problème le plus préoccupant : le système manque de marge

Une économie moderne ne fonctionne pas seulement avec la quantité d'électricité nécessaire aujourd'hui. Elle a besoin d'une capacité suffisante pour absorber les pointes de demande, les opérations de maintenance et les incidents.

Lorsqu'une centrale est arrêtée, lorsqu'une ligne tombe en panne ou lorsqu'une partie de la production devient indisponible, le système doit disposer de marges pour continuer à alimenter les consommateurs. Or les événements récents montrent que cette marge peut être fragile.

Le 13 septembre 2026, la SEEG a annoncé une baisse importante de ses moyens de production liée à l'arrêt de la centrale flottante Karpowership pour des travaux de maintenance d'urgence, avec onze heures de délestages sectoriels annoncés pour maintenir l'équilibre du réseau. Quelques jours plus tard, des perturbations importantes affectaient encore le Grand Libreville : la SEEG a fini par reconnaître, le 17 septembre, une avarie majeure sur la ligne 90 kV reliant Bisségué à Owendo, provoquant des dysfonctionnements en cascade sur plusieurs ouvrages.

Voilà pourquoi la question est plus profonde que « pourquoi la SEEG coupe-t-elle le courant ? ». Il faut demander pourquoi le système électrique est suffisamment fragile pour qu'une maintenance programmée ou une défaillance sur une seule ligne puisse provoquer des délestages aussi importants.

Un programme de coupures peut être techniquement compréhensible. Mais économiquement ?

C'est ici qu'il faut être précis.

Dans un réseau électrique, le délestage n'est pas nécessairement une absurdité technique. Lorsqu'il n'y a pas assez de production disponible pour satisfaire toute la demande, couper temporairement certaines zones peut permettre d'éviter une panne généralisée du réseau. Le délestage peut donc être un mécanisme de protection du système.

Mais il y a une différence fondamentale entre un délestage exceptionnel destiné à absorber un incident et une économie qui finit par organiser son quotidien autour des heures auxquelles elle aura ou non de l'électricité.

Au XXIe siècle, dans un pays qui veut attirer des investissements, développer son industrie et transformer localement ses matières premières, la question n'est pas de savoir si un délestage est techniquement possible. Elle est de savoir pourquoi il devient suffisamment fréquent pour perturber durablement la vie économique.

Une entreprise peut s'adapter à une interruption ponctuelle. Elle aura beaucoup plus de mal à investir si elle ne sait pas avec suffisamment de certitude quand elle pourra produire.

Le groupe électrogène ne peut pas devenir le modèle économique

C'est probablement l'un des aspects les plus sous-estimés. Lorsqu'une entreprise achète un groupe électrogène pour pallier les coupures, elle transforme un problème du réseau en coût privé. Elle achète le groupe, le carburant, paie la maintenance, supporte le bruit, les émissions et les risques techniques. Et surtout, elle immobilise des ressources qui auraient pu être utilisées ailleurs.

Le groupe électrogène permet de survivre à la coupure. Il ne règle pas le problème de compétitivité énergétique. Pour une petite entreprise, cette dépense peut réduire la marge. Pour une industrie, elle peut renchérir significativement le coût de production. C'est pourquoi la question de l'électricité doit être posée comme une question de politique industrielle.

Le Gabon investit désormais, mais il faut regarder le résultat

Le gouvernement affirme avoir engagé un plan d'investissement massif. En 2026, le ministère de l'Accès universel à l'Eau et à l'Énergie annonçait un programme d'environ 2 000 milliards de FCFA sur sept ans pour les secteurs de l'énergie et de l'eau, ainsi que des opérations de renforcement et de modernisation des infrastructures.

La Banque mondiale a de son côté approuvé en février 2026 un financement de 150 millions de dollars destiné notamment à moderniser les services d'électricité et à renforcer la viabilité financière des opérateurs.

La question n'est donc plus uniquement celle des annonces ou des montants mobilisés. Elle est beaucoup plus simple : quand les investissements seront-ils visibles dans la prise électrique du citoyen, dans l'atelier de l'artisan, dans le commerce, dans l'usine et dans l'entreprise ? Car l'économie ne consomme pas des annonces. Elle consomme des kilowattheures disponibles et fiables.

Et si le véritable sujet était la gouvernance du système ?

La future séparation des activités de l'eau et de l'électricité au sein de deux entités distinctes, prévue à partir du 1er janvier 2027, constitue précisément une tentative de répondre à ce problème. Le gouvernement présente cette réforme comme une réorganisation destinée à améliorer la gouvernance et la performance du service public.

Mais une nouvelle structure ne suffira pas à elle seule. Il faudra savoir qui investit, qui contrôle, qui entretient, qui produit, qui transporte, qui distribue, qui paie et qui rend des comptes lorsque les objectifs ne sont pas atteints. La séparation juridique ne doit pas devenir une simple séparation administrative. Elle doit produire une amélioration mesurable du service.

Et c'est probablement là que le citoyen devra être beaucoup plus exigeant. Combien d'heures de coupure par mois ? Combien de pertes sur le réseau ? Quel coût moyen du kilowattheure pour les entreprises ? Quel taux de disponibilité des centrales ? Quel délai moyen de rétablissement ? Quel niveau d'investissement réalisé par rapport aux investissements annoncés ? Ces indicateurs devraient être publics et suivis régulièrement.

Parce qu'au fond, la question n'est pas de savoir qui nous devons accuser. La question est de savoir qui doit rendre des comptes sur chaque maillon de la chaîne. La SEEG doit répondre de ce qui relève d'elle. L'État doit répondre de ses choix de politique énergétique et de sa capacité à organiser et financer le système. Les producteurs doivent répondre de leurs engagements. Les gestionnaires du réseau doivent répondre de sa fiabilité. Et les usagers doivent respecter leurs obligations.

Le Gabon n'a pas besoin d'un coupable unique. Il a besoin d'un système qui fonctionne. Car une coupure exceptionnelle peut être un incident. Une coupure récurrente devient un coût. Et lorsque les entreprises commencent à organiser leur production, leurs investissements et leurs emplois autour de l'incertitude électrique, ce n'est plus seulement un problème de SEEG : c'est un problème économique national.

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