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L’audit de la dette gabonaise : une bouffée d’oxygène ou un simple répit ?

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L’audit de la dette gabonaise : une bouffée d’oxygène ou un simple répit ?

Un chiffre qui tombe à pic. L’audit interne de la dette publique a livré ses premiers résultats : le stock de la dette passe de 11 700 milliards de FCFA à 9 524 milliards, et le ratio d’endettement retombe à 68,91 % du PIB. Le Gabon repasse sous le seuil communautaire de 70 % fixé par la CEMAC. Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Sur le terrain, c’est une étape.

Les marchés ont réagi immédiatement. Les eurobonds gabonais ont progressé, portant leur performance depuis janvier à près de 19,5 %, l’une des meilleures parmi les pays émergents. Les investisseurs veulent croire que le Gabon se dirige vers un programme du FMI sans passer par la case restructuration. C’est un signal fort. Mais un signal ne remplace pas une politique.

Ce que l’audit fait, et ce qu’il ne fait pas

L’opération était attendue. Lancée en avril par le ministère de l’Économie, avec l’appui technique du FMI, elle a passé au crible les emprunts contractés entre 2016 et 2023. Objectif : reconstituer la dette réelle du pays, selon les normes du manuel de statistiques de finances publiques et le cadre communautaire de la CEMAC.

Le ministre de l’Économie, Thierry Minko, l’a expliqué à Washington, en marge des assemblées du FMI : l’audit a permis d’écarter du stock de la dette les financements liés à des projets non exécutés, les fonds qui n’ont jamais atteint le compte du Trésor, et les engagements dont les titres juridiques ou budgétaires présentaient des failles. En clair : l’audit ne supprime pas la dette. Il redéfinit ce que l’État reconnaît comme dette certaine.

La distinction est importante. Elle explique aussi pourquoi le FMI reste prudent. Dans ses propres projections, l’institution tablait sur un ratio d’endettement proche de 79 % en 2025, puis au-delà de 85 % en 2026. L’écart avec les 68,91 % annoncés par Libreville ne se comble pas d’un trait de plume. Il tient à des différences de périmètre : garanties, engagements hors bilan, arriérés accumulés. Le FMI inclut. L’audit trie. Les deux regards ne se contredisent pas forcément, mais ils ne se superposent pas encore.

Les arriérés, l’autre chiffre qui compte

Car pendant que les chiffres se révisent à la baisse dans les salons feutrés de la capitale, les créanciers de l’État, eux, attendent toujours.

À fin mars 2026, les arriérés sur la dette publique s’élevaient à 526,5 milliards de FCFA. Ce chiffre englobe les échéances courantes non payées et les retards accumulés depuis des mois, parfois des années. Derrière ces montants, il y a des entreprises. Des PME de bâtiment et travaux publics. Des fournisseurs de carburant. Des transporteurs. Des prestataires de services. Tous coincés dans une chaîne de paiement qui se grippe.

Le gouvernement en est conscient. En août, une enveloppe de 51 milliards de FCFA a été annoncée pour apurer une partie de la dette intérieure envers le secteur privé. Priorité aux BTP, à l’entretien routier, à l’approvisionnement en carburant, aux fournitures alimentaires. C’est un geste. Mais 51 milliards face à 526 milliards d’arriérés, c’est une première tranche, pas une solution.

L’économiste gabonais Willy Ontsia résume la logique : « Le paiement des créances publiques est un élément important pour améliorer le climat des affaires. Une entreprise qui retrouve sa trésorerie peut reprendre ses activités, payer ses fournisseurs et investir davantage. » Le raisonnement est juste. Il suppose que les paiements suivent. Et que le rythme s’accélère.

À Port-Gentil, l’oxygène ne circule pas encore

La promesse officielle est pourtant là. L’audit, dit-on, va libérer de l’espace budgétaire. Cet espace servira à financer des projets sociaux et d’infrastructures, notamment à Port-Gentil, où l’État promet des milliers d’emplois.

Port-Gentil, capitale économique du pays, poumon pétrolier du Gabon. C’est aussi la ville où les tensions de trésorerie se ressentent le plus durement. Les opérateurs pétroliers, les sous-traitants, les transporteurs, les hôteliers, tous dépendent d’une chaîne de paiement qui se grippe.

Un agent du secteur pétrolier à Port-Gentil, joint au téléphone, ne mâche pas ses mots. « L’audit, ici, ça ne veut rien dire pour nous. Ce qu’on voit, c’est que les paiements de l’État traînent. Les sous-traitants locaux ne savent plus quand ils seront payés. Certains ont arrêté de répondre aux appels d’offres. Pourquoi travailler si c’est pour attendre six mois ou un an ? »

Il poursuit : « Les promesses d’emplois, on les entend depuis des années. Mais les puits vieillissent, la production baisse. Les vrais emplois, aujourd’hui, c’est dans la maintenance, la logistique, les services. Et pour ça, il faut que l’argent circule. Un ratio de dette sous les 70 %, ça ne fait pas tourner un camion. »

Son témoignage rejoint une réalité macroéconomique plus large. La production pétrolière gabonaise décline structurellement. Les recettes pétrolières, qui représentent encore près de la moitié des revenus de l’État, sont sous pression. Pour les sceptiques, l’audit peut bien alléger le fardeau comptable mais il ne remplit pas les caisses.

Et le FMI dans tout ça ?

C’est là que le calendrier devient intéressant. Le Gabon négocie actuellement un nouveau programme avec le FMI. Les discussions, entamées en mars, se poursuivent. L’objectif affiché par Libreville : conclure d’ici la fin 2026.

L’audit tombe à point nommé. Le FMI a salué « l’initiative des autorités » et insisté sur la nécessité d’une transparence absolue ». Mais l’institution reste lucide. Dans son communiqué de mars, la mission dirigée par Aliona Cebotari a rappelé « l’importance cruciale de mener des politiques budgétaires et financières prudentes ». En clair : l’audit, c’est bien. Les réformes, c’est mieux.

Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a posé ses conditions : le programme du FMI devra « rigoureusement s’aligner » sur le Plan national de croissance et de développement du président Oligui Nguema. Pas question, dit-il, d’un « schéma préétabli qui ne tiendrait pas compte des réalités nationales ».

C’est un bras de fer classique. Libreville veut le financement, mais pas les conditions. Le FMI veut des garanties de transparence et de discipline budgétaire. L’audit donne à Libreville un argument : la dette est moins lourde qu’on pensait, donc nous avons moins besoin d’ajustement. Mais le FMI sait aussi que les arriérés, eux, ne disparaissent pas par décret.

Un répit, pas une solution

Revenons à la question de départ. Bouffée d’oxygène ou simple répit ?

L’audit a une vertu immédiate : il rouvre une porte. Il redonne au Gabon une crédibilité technique dans les négociations. Il envoie un signal aux marchés. Les eurobonds ont réagi positivement, et c’est important pour un pays qui a besoin de refinancer sa dette à des taux supportables.

Mais cette bouffée est fragile. L’oxygène, pour l’instant, circule dans les salles de marché et les bureaux du FMI. Il n’atteint pas encore les entreprises de Port-Gentil qui attendent leurs paiements. Il ne débloque pas les chantiers arrêtés. Il ne règle pas le problème structurel d’une économie trop dépendante d’un pétrole en déclin.

Un audit, même réussi, ne remplace pas une stratégie de croissance. Il ne fait que remettre les compteurs à zéro. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait après.

Si les 2 175 milliards de FCFA effacés des comptes se traduisent par des paiements effectifs, par des projets qui démarrent, par une trésorerie qui irrigue l’économie réelle, alors oui, ce sera une bouffée d’oxygène. Si, au contraire, l’audit reste un exercice de communication, un chiffre brandi pour rassurer les bailleurs sans changer la vie quotidienne des Gabonais, alors ce ne sera qu’un répit. C'est le sentiment presque général d'une large partie de l'opinion publique

Un répit, c’est déjà quelque chose. Mais ça ne guérit personne.

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