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Makokou : l’économie veut décoller, mais le financement peine à suivre

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Makokou : l’économie veut décoller, mais le financement peine à suivre

À Makokou, l’ambition de faire de l’Ogooué-Ivindo un nouveau pôle économique se heurte encore à une difficulté moins visible que le manque d’infrastructures : l’accès au financement. Alors que le projet Belinga et les activités forestières, agricoles et touristiques devraient générer de nouveaux besoins, l’offre financière locale reste principalement portée par la microfinance. Une banque de proximité est annoncée en phase d’achèvement avancé. Reste à savoir si elle pourra accompagner le changement d’échelle attendu.

À Makokou, le paradoxe est saisissant. Les discours sur les investissements, les opportunités et la transformation économique de la province se multiplient. Sur le terrain, les entrepreneurs doivent encore composer avec une offre financière qui ne couvre pas toujours leurs besoins.

Dans les commerces du centre-ville, la question revient régulièrement : comment financer le passage d’une petite activité à une entreprise capable d’investir, d’embaucher et de répondre aux marchés générés par les grands projets ?

Pour un commerçant, un petit crédit peut permettre de renouveler un stock. Pour une PME qui souhaite acheter un véhicule, une machine ou développer une unité de production, les besoins changent d’échelle.

« Pour acheter davantage de marchandises, nous pouvons nous débrouiller. Mais lorsqu’il faut investir plusieurs millions de francs, cela devient compliqué. On est obligé de compter sur nos économies ou de chercher de l’aide auprès de la famille », témoigne Odilon Ekazama, un commerçant de Makokou.

Le crédit, nerf de la croissance

Les établissements de microfinance occupent une place importante dans cette économie de proximité. Ils permettent à de nombreux opérateurs d’accéder à des services financiers et à des crédits auxquels ils auraient difficilement accès autrement.

Mais leurs capacités ne couvrent pas nécessairement tous les besoins d’une économie appelée à se transformer.

« Nous recevons beaucoup de demandes de financement. Les petits entrepreneurs ont besoin de trésorerie, mais certains souhaitent désormais financer des équipements ou développer leurs activités. Ce sont des besoins plus importants qui nécessitent des solutions adaptées », explique Odette un responsable de microfinance implantée à Makokou. 

Le problème est particulièrement sensible pour les PME. Une entreprise qui ambitionne de devenir fournisseur d’un grand groupe doit parfois investir avant même de décrocher son marché : acheter du matériel, recruter, constituer des stocks ou présenter des garanties. Sans financement suffisamment long et adapté, le risque est de voir les entreprises locales rester cantonnées aux petites activités.

Un constat partagé au Forum économique

Le sujet n’est pas passé inaperçu lors de l’Ivindo Economic Forum, organisé le 26 août à Makokou. Les échanges réunissant notamment des acteurs de l’écosystème de l’investissement et du financement ont mis en avant la nécessité de renforcer les leviers permettant aux entrepreneurs et porteurs de projets de transformer les potentialités de la province en activités économiques concrètes. Le programme du forum associait notamment l’ANPI-Gabon, Okoumé Capital, la Société de Garantie du Gabon et le FGIS autour des questions de financement, d’investissement, d’innovation et d’infrastructures.

« Le potentiel existe, mais il faut créer les conditions pour que les projets puissent passer de l’idée à la réalisation. L’accès au financement fait partie des conditions essentielles », a souligné un panéliste lors des échanges.

Pour l’ANPI, l’enjeu est également de transformer les ressources de la province en opportunités d’investissement concrètes, avec un impact sur l’emploi, l’entrepreneuriat et les conditions de vie des populations.

Du côté d’Okoumé Capital, la question est celle de la capacité à accompagner les entrepreneurs dans leur croissance, alors que le forum avait précisément prévu des dispositifs de mise en relation entre porteurs de projets, investisseurs et structures d’accompagnement. Le DemoDay organisé dans le cadre de l’événement visait notamment à favoriser l’accès aux financements et aux partenariats pour les entrepreneurs de l’Ogooué-Ivindo.

Le message des panélistes rejoint ainsi une préoccupation exprimée sur le terrain : sans capitaux accessibles, les potentialités économiques risquent de rester au stade du potentiel.

Belinga, le grand test

L’arrivée progressive du projet Belinga donne à cette question une dimension nouvelle.

Le développement du secteur minier pourrait entraîner l’émergence d’un écosystème de sous-traitants et de fournisseurs dans le transport, la logistique, la restauration, le bâtiment, la maintenance ou encore les services.

Mais pour que cette dynamique bénéficie aux entreprises de l’Ogooué-Ivindo, celles-ci devront disposer des moyens financiers nécessaires pour répondre aux exigences des grands donneurs d’ordre.

« L’enjeu est de faire en sorte que les entrepreneurs de la province puissent se positionner sur les opportunités qui vont se créer. Cela passe nécessairement par l’accès au financement », estime Fabrice Ulric Assoumou Essono, directeur général de Okoumé Capital, lors du forum économique. 

Le risque est clairement identifié : les investissements peuvent arriver dans la province sans que les entreprises locales disposent du capital nécessaire pour en capter une part significative.

Une banque de proximité très attendue

Dans ce contexte, la future Banque de proximité de Makokou apparaît comme une pièce importante du dispositif. Présenté en juin 2026 comme étant à un stade d’achèvement avancé, le projet doit renforcer l’inclusion financière dans l’Ogooué-Ivindo. Pour les acteurs économiques locaux, l’attente dépasse cependant la simple possibilité d’ouvrir un compte ou d’effectuer des opérations courantes.

« Ce que nous attendons d’une banque, ce n’est pas seulement un guichet. Nous voulons pouvoir emprunter pour acheter du matériel, développer notre activité et créer des emplois », résume une entrepreneure de Makokou.

La nouvelle structure devra donc répondre à une question centrale : quelle place accordera-t-elle au financement des PME locales ?

PosteBank, une expérience qui appelle à la prudence

La question bancaire à Makokou ne peut toutefois être dissociée de l’histoire récente de PosteBank. L’établissement, placé en liquidation, fait encore l’objet en 2026 d’opérations de remboursement de ses épargnants. Cette situation rappelle que la présence d’une institution financière ne garantit pas à elle seule la solidité et la pérennité du financement local.

L’enjeu est donc de disposer d’un acteur financier capable de s’inscrire dans la durée et d’accompagner l’évolution du tissu économique local.

Ce que coûte le manque de financement

Le déficit d’offre bancaire ne se résume finalement pas au nombre d’agences implantées dans la ville. Il peut se traduire par des investissements reportés, des équipements vieillissants, des entreprises qui restent sous-dimensionnées et des projets qui ne franchissent jamais le stade de l’idée.

Pour l’Ogooué-Ivindo, le véritable enjeu est donc de faire coïncider l’ambition d’attirer les investissements avec la capacité des acteurs locaux à les accompagner.

Belinga doit générer de nouvelles activités. Les secteurs agricole, forestier et touristique cherchent également à se structurer. Le Forum économique a rappelé que cette transformation suppose des infrastructures, mais aussi des mécanismes capables de mobiliser les capitaux nécessaires.

La future Banque de proximité pourrait apporter une partie de la réponse. Mais son efficacité se mesurera moins au nombre de comptes ouverts qu’à sa capacité à financer l’économie réelle.

À Makokou, le véritable changement d’échelle commencera peut-être le jour où un entrepreneur pourra transformer une opportunité en investissement sans devoir quitter la province pour chercher son financement. Car une économie ne change véritablement d’échelle que lorsque ses entreprises peuvent, elles aussi, financer leur croissance.

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