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Le Gabon arrêtera-t-il réellement les importations de poulet en janvier ?

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Le Gabon arrêtera-t-il réellement les importations de poulet en janvier ?

Structuration des PME, obligation d’approvisionnement local, nouvelle stratégie de commercialisation... Le ministère du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes affiche un plan solide. Mais trois mois avant l’interdiction des importations du 1er janvier 2027, les doutes s’accumulent sur le terrain.

À 100 jours de l’interdiction programmée, le Gabon déploie une stratégie tous azimuts. Le 22 septembre 2026, le ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, Zenaba Gninga Chaning, a reçu les responsables du Groupement d’Intérêt Avicole (GIA) pour faire le point. Libreville multiplie les initiatives : structuration des PME, stratégie de commercialisation, obligation d’approvisionnement local. Mais sur le terrain, trois réalités cohabitent mal avec cette ambition : une production locale encore minuscule, une bataille juridique imminente à l’OMC face aux États-Unis, et un secteur fragile où les prix menacent de s’envoler.

Le communiqué du ministère du Commerce daté du 22 septembre 2026 brosse un tableau très engageant. Le gouvernement « poursuit la préparation du dispositif de commercialisation de la production locale ». Trois axes majeurs ressortent de cette mobilisation officielle.

Structurer les PME gabonaises de la filière

Le ministère « travaille à la structuration et à l’accompagnement des PME gabonaises intervenant dans la filière, afin de favoriser leur intégration dans les circuits formels de commercialisation et de distribution ». C’est une reconnaissance implicite que le secteur privé local n’est pas encore prêt. Ces PME avicoles doivent être « structurées » et « accompagnées », vocabulaire révélateur d’une filière embryonnaire.

Une stratégie nationale de commercialisation

L’élaboration d’une « stratégie nationale de commercialisation des produits avicoles locaux » est en cours. Selon le ministère, « celle-ci vise notamment à organiser leur mise sur le marché et à favoriser leur présence dans les différents circuits de distribution ». Positif : « Des produits issus de la production locale sont d’ailleurs déjà commercialisés dans certaines grandes surfaces », signe que le marché formel peut absorber le poulet local. Mais combien de tonnes ? Quelle part du marché ? Le communiqué ne précise pas.

Une obligation légale d’approvisionnement local

Le troisième axe est un élément clé : le ministère « travaille sur un projet de texte visant à instaurer une obligation d’approvisionnement auprès des producteurs locaux pour les grossistes et revendeurs de produits avicoles ». Ce n’est plus juste une interdiction ; c’est une obligation positive qui force les distributeurs à acheter local. Le gouvernement espère ainsi « garantir des débouchés à la production nationale et renforcer son intégration dans les circuits commerciaux ».

Les communiqués gouvernementaux parlent de « renforcement », d’« accélération », de « mobilisation ». Mais les chiffres bruts révèlent un fossé abyssal.

Le défi : combler 50 000 tonnes en 100 jours

Le Gabon importe actuellement 55 000 à 65 000 tonnes de poulet par an, selon la Direction générale de la statistique. En 2025, les importations ont atteint 65 000 tonnes, représentant une dépense de 65 milliards de francs CFA. La production locale stagne à 4 000 tonnes annuelles. Pour que l’interdiction du 1er janvier 2027 soit applicable sans créer de crise alimentaire, il faudrait que la production locale triple, voire quadruple, en moins de 100 jours. Mathématiquement, c’est extrêmement ambitieux.

SMAG : le géant local, limité ?

La Société Meunière et Avicole du Gabon (SMAG) demeure l’acteur principal. En avril 2026, « SMAG a réaffirmé sa capacité à jouer un rôle central. L’entreprise prévoit d’atteindre une production annuelle de 120 000 tonnes, avec une hausse de 20 % à court terme », selon ses propres chiffres. Mais il faut lire entre les lignes : une « réaffirmation de capacité » n’est pas une confirmation de livraison. Et les chiffres confondent capacité de farine/aliments pour animaux avec production de poulet frais.

Passée sous le contrôle du groupe ivoirien Avos en février 2025, la SMAG produit réellement : 32 000 tonnes d’aliments pour bétail par an, 450 000 poussins par an et 40 millions d’œufs, d’après ses propres chiffres. Mais aucun de ces chiffres n’égale les 50 000 à 60 000 tonnes de poulet de chair manquantes.

Les 6 fermes d’État et les 150 fermes existantes : plus de questions que de réponses

Depuis juillet 2025, le gouvernement construit six fermes agropastorales dans six provinces (Estuaire, Moyen-Ogooué, Ngounié, Haut-Ogooué, Ogooué-Maritime, Woleu-Ntem), avec la participation du Génie militaire. Un appel à manifestation d’intérêt lancé en mars 2026 visait à sélectionner 150 fermes existantes. Mais l’écart entre l’annonce et la réalité reste préoccupant. Ces 150 fermes existent-elles vraiment ? Sont-elles structurées ? Disposent-elles de financements ? Les délais sont extrêmement serrés : les fermes d’État seraient opérationnelles au mieux en septembre 2026, laissant quatre mois pour atteindre leur pleine capacité.

Le talon d’Achille : l’alimentation animale

Un expert du secteur pointe un problème structurel : « L’alimentation animale représente 70 % du coût de production du poulet. » Le Gabon importe l’essentiel de son maïs et de son soja. Contrairement au Brésil ou aux États-Unis, où ces intrants sont bon marché, le Gabon dépend de chaînes d’approvisionnement lointaines et coûteuses.

Le ministère de l’Enseignement supérieur lance des essais à Kougouleu pour adapter des variétés locales, mais c’est un processus long. Entre-temps, les producteurs locaux restent handicapés en matière de compétitivité. Le prix du poulet local menace de doubler, passant de 1 500 à 3 000 francs CFA/kg, inacceptable politiquement.

Des règles contraires aux règles du marché mondial, selon Washington

Tandis que Libreville prépare sa stratégie commerciale, Washington frappe. Le 18 septembre 2026, deux jours avant la réunion du ministère avec le GIA, les États-Unis saisissent l’Organisation mondiale du commerce pour contester l’interdiction. Washington juge la mesure « contraire aux règles du marché mondial ».

L’argument américain repose sur un principe fondamental : les interdictions pures et simples d’importation violent les règles de l’OMC. Libreville réplique que les clauses d’exception permettent aux pays en développement de protéger leurs secteurs stratégiques pour la souveraineté alimentaire. Mais le Gabon part affaibli : il accumule 164 millions de francs CFA d’arriérés auprès de l’OMC, affaiblissant sa voix dans les négociations. Résultat : au lieu de se battre à Genève, Libreville mise sur le dialogue bilatéral avec Washington.

Qui exporte vraiment vers le Gabon ?

Le Brésil domine le marché régional avec plus de 70 000 tonnes importées en 2025 par la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), soit une croissance de 32 % en un an, selon les données publiées par la Direction générale de la statistique. Les États-Unis, pour leur part, considèrent l’Afrique subsaharienne comme leur « quatrième marché » pour les exportations avicoles. Au Gabon précisément, deux distributeurs dominent : San Gel et Sipagel, qui se partagent le marché de l’importation. Une interdiction menace directement leurs modèles économiques.

Une bonne intention, mais un calendrier impossible ?

Le ministère du Commerce affiche une stratégie ambitieuse : structurer les PME, élaborer une stratégie de commercialisation, créer une obligation d’approvisionnement local. Sur le papier, c’est cohérent. Mais entre l’annonce et la réalité, le fossé est énorme.

En 100 jours, passer de 4 000 à 55 000-65 000 tonnes de production locale est un défi quasi insurmontable. Les six fermes d’État ne seront prêtes qu’en fin septembre 2026. Les 150 fermes existantes sont mal définies. L’alimentation animale reste le goulot d’étranglement majeur. Et les prix menacent de s’envoler, créant une crise politique avant même que l’interdiction entre en vigueur.

La vraie victoire pour le Gabon sera de prouver que sa filière locale peut nourrir le pays sans créer de crise alimentaire ou d’inflation, et sans baisser les armes face à Washington. Pour l’instant, la stratégie du ministère est solide sur le papier. Sur le terrain, c’est plus compliqué.

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