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Cap Estérias : quand la mangrove recule, l’économie locale cherche ses marques

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Cap Estérias : quand la mangrove recule, l’économie locale cherche ses marques

Un village de pêcheurs face à la pression foncière, entre initiatives communautaires et engagement de l’État

À une vingtaine de kilomètres au nord de Libreville, le village de Cap Estérias vit au rythme des marées. Ici, la pêche aux crabes et aux couteaux de mer n’est pas une activité folklorique : c’est une économie. Une économie qui, aujourd’hui, cherche ses marques.

Yan Penda a dix-sept ans. Derrière les cases du village, il assemble un casier à partir d’une boîte de conserve vide, de quelques ficelles et d’une planche. La noix de palme sert d’appât. « Quand le crabe vient manger, le piège se referme sur lui », explique-t-il. Le savoir-faire se transmet de génération en génération. Mais les prises, elles, ne suivent plus la même courbe.

Une ressource qui se raréfie

« Avant, ça rapportait, se souvient Yan. À la fin du mois, j’ai vu mon oncle compter 300 000 francs CFA. Je lui ai demandé ce qu’il avait fait. Il m’a répondu : petit, ce sont les crabes que tu vois là. »

Aujourd’hui, la réalité est différente. La pression des grands projets immobiliers sur le littoral a progressivement réduit les zones de reproduction des crustacés. Les palétuviers, qui abritent crabes et couteaux de mer, reculent. Dans les ménages comme celui de Charlotte Cocodji, les crabes farcis,plat traditionnel s’il en est, sont devenus une denrée rare.

« Avant, on trouvait ça facilement, témoigne-t-elle. Maintenant, c’est difficile. Il faut aller vers Idolu, loin, loin bas. »

Derrière ce constat individuel se dessine une question plus large : comment concilier le développement urbain de la capitale et la préservation des écosystèmes côtiers qui font vivre des communautés entières ?


Ce que disent les scientifiques

Les scientifiques sont constants sur ce point : les forêts côtières, et notamment les mangroves, abritent une large part des juvéniles de poissons, mollusques et crustacés exploités commercialement. Leur destruction n’est jamais sans conséquence sur les stocks halieutiques.

Le Gabon, conscient de cet enjeu, dispose d’un Code de l’environnement qui protège les zones sensibles, et a adopté en 2024 une nouvelle loi environnementale mentionnant explicitement l’amélioration de la protection et de la résilience des mangroves. Le pays est également partie à la Convention de Ramsar sur les zones humides et participe activement aux mécanismes internationaux de financement de la protection forestière.

Sur le terrain, les défenseurs de l’environnement plaident pour une réponse structurelle. Paul Kopédina Itanguino, responsable d’une ONG locale, résume la démarche : « Nous menons des plaidoyers auprès du gouvernement et des partenaires internationaux afin que notre cause soit entendue. À savoir : la prise de mesures qui conservent le littoral du Cap Estérias, qui est peuplé de mangroves, et si possible faire en sorte que ces grands espaces soient transformés en zone de réserve. »

L’État annonce des sanctions

Du côté des autorités, le message est clair : les spéculateurs fonciers à l’origine de ce désastre écologique seront poursuivis. Jean Hervé Mvé Beh, Directeur Général des écosystèmes aquatiques, l’affirme sans détour : « Les auteurs de destruction de mangroves vont être traduits devant les tribunaux. Oui, il faut s’y attendre. »

Une mise au point qui intervient alors que le gouvernement multiplie les initiatives en faveur de la protection des écosystèmes. L'initiative pour  les forêts d'Afrique Centrale ( CAFI ) a ainsi financé un projet pilote de paiement pour services écosystémiques de 259 millions de francs CFA, destiné à compenser les communautés qui protègent les mangroves. Un signal, même si les montants restent modestes au regard des enjeux.

Un équilibre à trouver

L’économie locale du Cap Estérias reste fragile. Entre la raréfaction des ressources, la pression immobilière et l’attente de mesures concrètes, les habitants tentent de maintenir une activité qui a fait vivre leurs familles pendant des générations.

Pour les autorités, l’enjeu est double : accompagner le développement urbain de Libreville, tout en préservant les écosystèmes qui font la richesse du littoral gabonais. Un exercice d’équilibre qui, au Cap Estérias, se joue au quotidien, entre un casier posé la veille et l’espoir d’une pêche qui, enfin, sera bonne.

En attendant, comme le résume un proverbe local, c’est toujours la marée qui finit par décider

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