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Bois précieux : le Gabon verrouille la traçabilité du Kévazingo et de l’Ebana

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Bois précieux : le Gabon verrouille la traçabilité du Kévazingo et de l’Ebana

Le projet de décret révisant le texte du 21 octobre 2024, adopté le 18 septembre 2026 en Conseil des ministres, verrouille l’exploitation, la traçabilité et la transformation du Kévazingo et de l’Ebana. Alignée sur la Convention CITES, cette stratégie offensive vise à éliminer le trafic informel et capter la valeur ajoutée au Gabon.

L'adoption de ce texte répond à une urgence opérationnelle. Malgré la réouverture conditionnelle de la filière en octobre 2024 après des années de mise en défens, l'économie souterraine continuait de menacer la souveraineté forestière du pays. L'existence de zones d'ombre autour des « stocks anciens » permettait à des réseaux clandestins de blanchir du bois fraîchement coupé.

Face aux scandales passés, notamment la disparition de cargaisons sous scellés au port d'Owendo en 2019, et à la nécessité de se conformer à l'Annexe II de la Convention CITES, la puissance publique devait fermer définitivement les brèches. L'État a donné le ton le 18 septembre 2026 en substituant à la simple interdiction un contrôle numérique et scientifique étanche.

Un dispositif d'étanchéité de l'arbre au produit fini

Pour verrouiller l'exploitation de ces essences nobles, le nouveau cadre réglementaire impose un triptyque d'exigences cumulatives. L'obtention d'un Avis scientifique préalable de l'Autorité CITES du Gabon conditionne toute coupe à un quota annuel calqué sur la régénération naturelle. Le déploiement d'une traçabilité pied par pied où chaque arbre éligible est géoréférencé et immatriculé avant abattage pour suivre la grume puis le produit transformé via un passeport numérique jusqu'à l'exportation.  L’assainissement strict des stocks existants au moyen d'un inventaire contradictoire sous scellés pour purger le marché de tout bois marron.

Cette dernière mesure permet de réintégrer les volumes accumulés, après audit et taxation, dans le circuit légal d'exportation, générant des liquidités immédiates pour le Trésor public sans pression sur la forêt sur pied. Parallèlement, l'interdiction d'exporter du bois brut redirige la matière première vers les structures industrielles locales, notamment la Zone Économique Spéciale (ZES) de Nkok et les centres de sciage de l'intérieur.

Captation de la rente et transformation locale

Surnommé « l'or rouge » des forêts du Bassin du Congo, le Kévazingo figure parmi les bois les plus convoités au monde. Sur les marchés internationaux haut de gamme, le mètre cube ouvré ou débité peut osciller entre 400 000 et plus de 1 200 000 FCFA. Pourtant, le rendement fiscal est longtemps resté en deçà du potentiel réel, car exporter du bois brut équivalait à abandonner la rente à des intermédiaires étrangers.

En subordonnant l'exportation du Kévazingo et de l'Ebana à une transformation locale renforcée (placage de haute précision, parqueterie, ébénisterie industrielle), le Gabon poursuit un triple objectif : maximiser ses recettes fiscales en réintégrant chaque mètre cube dans le circuit formel, créer des emplois qualifiés (sécheurs, scieurs, tourneurs, designers) au sein de la ZES de Nkok et des provinces, et restaurer la signature Gabon auprès des acheteurs internationaux.

En verrouillant la traçabilité du Kévazingo et de l'Ebana, le Gabon démontre qu'une gestion environnementale stricte constitue le meilleur moteur de la performance économique nationale.

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