L’expertise gabonaise ne se contente plus de former des cadres à Libreville. Elle s’exporte désormais au cœur de l’Europe, dans une académie qui se veut le fer de lance d’un métier encore méconnu mais en pleine effervescence : l’operating partner. Murielle-Natacha M’Bouna, agrégée des universités en sciences de gestion et directrice générale de l’Institut national des sciences de gestion du Gabon (INSG), vient d’être nommée au comité scientifique de l’Operating Partners Academy (OPA). Une consécration qui dépasse le simple honneur individuel : c’est tout un pays, toute une génération de chercheurs et de décideurs africains, qui entre dans la cour des grands de la transformation opérationnelle.
Une académie qui veut faire du « copilote » un métier
Créée en février 2024 à Talence, près de Bordeaux, l’Operating Partners Academy est la première académie en France et en Europe dédiée à la formation et à la professionnalisation du métier d’operating partner. Un métier qui, pour faire simple, consiste à jouer les « copilotes » auprès des dirigeants de PME et d’ETI. Ni consultant, ni manager de transition, ni simple mentor : l’operating partner est un ancien dirigeant aguerri qui met son expérience de terrain au service d’un chef d’entreprise pour l’aider à passer un cap critique – cession, hypercroissance, internationalisation. « C’est une codirection pendant un temps donné pour une mission », résume Franck Roger, le fondateur de l’académie. Une mission qui engage l’operating partner sur des résultats concrets, pas sur des slides.
Né aux États-Unis après la crise des subprimes de 2008, ce métier peine encore à se structurer en Europe. L’OPA entend justement lui offrir ses lettres de noblesse : un référentiel de compétences, une certification (le CAPOP, Certificat d’aptitude à la profession d’operating partner), et un comité scientifique de haut vol chargé de définir les standards de la profession.
Une femme, quatre casquettes, un continent
C’est dans ce comité que Murielle-Natacha M’Bouna fait son entrée, aux côtés de Philippe de Fitte (senior operating partner), Bruno Martinaud (responsable académique de l’entrepreneuriat à l’École polytechnique) et Bertrand Blancheton (professeur d’économie et doyen de la faculté d’économie de l’Université de Bordeaux). Elle en devient le quatrième membre – et la seule voix du continent africain.
Sa mission ? Apporter son expertise sur le développement et la pratique du métier d’operating partner en Afrique de l’Ouest. Mais aussi contribuer aux travaux sur la gouvernance, la responsabilité sociale des entreprises, l’entrepreneuriat féminin et la digitalisation comme levier d’agilité des organisations. Autant de chantiers où la Pr M’Bouna ne parle pas en novice.
Un parcours qui force le respect
Docteure en sciences de gestion et agrégée des universités – elle est la première femme gabonaise à décrocher ce titre en sciences de gestion, en 2019 –, Murielle-Natacha M’Bouna a débuté sa carrière dans l’enseignement supérieur gabonais en 2014. L’année suivante, elle rejoint l’INSG, où elle gravit tous les échelons : maître de conférences, cheffe de département, directrice des études. En février 2024, elle est nommée directrice générale de l’établissement. Une promotion qui n’a rien d’une coïncidence : entre 2019 et 2024, elle a piloté la mécanique interne de l’INSG, organisant la qualité des parcours, la gestion du changement et la cohérence pédagogique.
Mais son influence déborde largement les murs de l’institution. Entre 2018 et 2021, elle occupe plusieurs fonctions au ministère gabonais de l’Enseignement supérieur. En 2022, elle rejoint le Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), où elle conduit des missions d’évaluation au Togo et au Congo. Depuis octobre 2023, elle préside la commission « Économie et Compétitivité » de la Fédération des entreprises du Gabon (FEG). Et depuis 2024, elle siège comme administrateur indépendant au conseil d’administration de BGFI Bank, où elle participe au comité de gouvernance et de rémunération.
L’université au service de l’économie réelle
Ce qui frappe dans cette trajectoire, c’est une conviction chevillée au corps : les savoirs en gestion doivent être des outils de croissance, pas des théories hors-sol. À la tête de l’INSG, elle a engagé une transformation numérique de l’établissement, accélérant le déploiement de la formation à distance en réponse à la pandémie de Covid-19. Elle a également initié un cycle annuel de conférences pour rapprocher l’école des besoins du marché. Et lorsqu’elle s’adresse aux diplômés de l’INSG, elle ne leur promet pas un simple diplôme : elle leur rappelle qu’ils sont appelés à jouer un rôle essentiel dans le développement de l’économie gabonaise.
Une nomination qui dépasse les frontières
En rejoignant l’Operating Partners Academy, Murielle-Natacha M’Bouna ne signe pas un simple titre honorifique. Elle pose un acte politique, intellectuel et stratégique. Elle dit à l’Europe que l’Afrique n’est pas seulement un marché, mais un réservoir d’expertise, de rigueur et de vision. Elle dit aux jeunes chercheurs gabonais que l’excellence académique n’est pas un luxe, mais un passeport pour la scène mondiale. Elle dit aux dirigeants d’entreprises que la transformation opérationnelle ne s’invente pas dans les seuls cabinets de conseil parisiens ou new-yorkais – elle se construit aussi à Libreville, dans les salles de cours de l’INSG et dans les conseils d’administration où elle siège.
« Operating partner est un métier, ça ne se décrète pas », martèle Franck Roger. Peut-être. Mais l’expertise, elle, se gagne sur le terrain, au fil des années, des publications, des missions et des responsabilités. Et sur ce terrain-là, Murielle-Natacha M’Bouna a déjà beaucoup à apporter.
Le Gabon, nouvel acteur de la transformation opérationnelle en Europe
Avec cette nomination, c’est une page qui se tourne pour le Gabon. Longtemps perçu comme un pays essentiellement pétrolier, il voit aujourd’hui son capital humain reconnu au plus haut niveau européen. L’Operating Partners Academy ne s’y est pas trompée : en ouvrant son comité scientifique à une universitaire gabonaise, elle affirme que la transformation des entreprises ne peut plus se penser sans une perspective africaine.
Reste à espérer que cette reconnaissance inspire d’autres talents, d’autres institutions, d’autres vocations. Car si l’expertise gabonaise s’exporte, c’est aussi une promesse : celle d’un pays qui mise sur la connaissance, la rigueur et l’audace pour écrire son avenir.
À propos de l’Operating Partners Academy
Fondée en 2024 à Talence (Gironde), l’Operating Partners Academy est la première académie en Europe à délivrer une certification dédiée au métier d’operating partner. Elle propose une formation de 130 heures, dispensée par plus de vingt intervenants, et labellisée Qualiopi. Son comité scientifique, désormais composé de quatre membres, publie le premier référentiel de compétences de la profession en Europe.