Le 31 août 2026, Kigali donnera le coup d’envoi de la 20e édition de l’Africa Food Systems Forum (AFS Forum). Sous le thème « Investir dans les systèmes agroalimentaires africains : Nourrir les nations, créer des emplois, bâtir la résilience », ce rendez-vous planétaire se veut une plateforme d’accélération des investissements. En Afrique centrale, où le secteur agroalimentaire regorge d’un potentiel immense mais reste sous-exploité, les attentes sont aussi pressantes que les défis sont colossaux.
Un sommet sous le signe de l’investissement
Le AFS Forum 2026, qui se tiendra au Kigali Convention Center du 31 août au 4 septembre, marque un tournant. Avec plus de 5 000 décideurs, innovateurs et investisseurs attendus, l’événement ambitionne de passer de la parole aux actes . Comme le souligne la thématique officielle, l’heure est à l’investissement stratégique pour renforcer les systèmes alimentaires, dynamiser l’emploi et accroître la résilience face aux chocs climatiques et économiques .
Cette édition du 20e anniversaire adopte une approche « partenaires-led », recentrée sur des sessions de haute qualité et une obligation de résultats . L’accent sera mis sur la mobilisation des capitaux, la création d’emplois décents, notamment pour les jeunes, et la concrétisation des engagements du nouveau programme de la Campagne pour l’Accélération du Développement Agricole en Afrique (CAADP) .
Afrique centrale : un paradoxe à résoudre
Alors que les projecteurs seront braqués sur Kigali, la réalité du secteur agroalimentaire en Afrique centrale interpelle. Le paradoxe est saisissant : la sous-région regorge de ressources agricoles et naturelles abondantes, mais la faim et la malnutrition restent des fléaux persistants .
Performances et limites
Malgré des terres arables et un potentiel hydraulique considérable, la productivité agricole reste structurellement faible. Le manque d’infrastructures adaptées, la volatilité des prix des denrées alimentaires et les effets dévastateurs du changement climatique fragilisent des systèmes de production majoritairement dominés par une agriculture villageoise peu mécanisée . L’accès limité au capital et aux mécanismes de gestion des risques empêche les petits producteurs d’augmenter durablement leurs rendements .
Les chiffres éclairent ce contraste. Rien que pour les petits exploitants d’Afrique centrale, le besoin annuel de financement est estimé à 2,92 milliards de dollars. Or, en 2021, à peine 20 millions de dollars issus du financement public international pour le climat leur ont été alloués, soit 0,61 % des besoins . Un gouffre financier qui étouffe un potentiel pourtant stratégique.
Des initiatives porteuses d’espoir
Face à ce constat, des dynamiques encourageantes émergent. La validation technique de la Stratégie régionale de sécurité alimentaire et nutritionnelle de l’Afrique centrale (SRSAN-AC) en avril 2026, sous l’égide de la FAO et de la CEEAC, constitue une avancée majeure. Ce cadre de référence vise à harmoniser les politiques nationales, renforcer la production locale et prévenir les crises alimentaires .
Par ailleurs, plusieurs projets concrets témoignent d’une volonté d’investissement:
Au Gabon, le lancement de projets appuyés par la FAO et la CEMAC cible spécifiquement le développement d’une agriculture urbaine et périurbaine résiliente, ainsi que la fluidification des échanges de bétail dans la zone CEMAC Le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a souligné l’alignement de ces initiatives sur la vision présidentielle de souveraineté alimentaire . En République centrafricaine, la BDEAC a approuvé un prêt de 3,5 millions de dollars pour la construction d’un complexe agro-industriel intégré de 930 hectares, destiné à réduire les importations alimentaires et à renforcer la sécurité alimentaire . Au Tchad, le groupe ivoirien KSARA fait du pays la porte d’entrée de son expansion en Afrique centrale, illustrant la mobilisation croissante des capitaux africains eux-mêmes pour financer l’agriculture du continent .
Perspectives et attentes
Pour les experts, le verre est à moitié plein. Le développement de l’agroécologie est présenté comme un levier stratégique pour bâtir la souveraineté alimentaire face aux défis climatiques . Des appels sont lancés pour une meilleure mobilisation des ressources endogènes et une allocation budgétaire accrue en faveur de la recherche agricole . La promotion de financements innovants et le renforcement des échanges transfrontaliers sont également au cœur des priorités .
L’AFS Forum 2026 sera ainsi un test grandeur nature. Les dirigeants, investisseurs et experts présents à Kigali devront répondre à une question cruciale : comment transformer la promesse d’un investissement massif en réalité tangible pour les populations d’Afrique centrale ? Comment faire passer le secteur de la survie à l’agrobusiness prospère, créateur d’emplois et garant de la sécurité alimentaire ?
Les prochaines années diront si l’Afrique centrale saisit enfin sa chance pour nourrir durablement ses nations.