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SEEG : le pari d’une nouvelle architecture pour reconstruire le modèle de l’eau et de l’électricité au Gabon

SEEG : le pari d’une nouvelle architecture pour reconstruire le modèle de l’eau et de l’électricité au Gabon

La transformation de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) entre dans une phase décisive. Selon le schéma présenté par les autorités, l’opérateur historique devrait évoluer vers une nouvelle organisation à compter du 1er janvier 2027, avec la création de deux entités spécialisées : la Gabonaise des Eaux (GDE) pour le secteur hydraulique et Électricité du Gabon (EDG) pour l’activité électrique. Une structure de défaisance serait chargée de porter les passifs historiques afin de préserver les nouvelles entités de ce lourd héritage financier.

Au-delà d’une réorganisation administrative, cette réforme répond à une problématique économique majeure : la capacité du Gabon à disposer d’un service public de l’eau et de l’électricité suffisamment performant pour accompagner son développement. Depuis plusieurs années, les difficultés opérationnelles de la SEEG — liées notamment à la vétusté des infrastructures, aux contraintes d’investissement et aux déséquilibres financiers — pèsent sur les ménages comme sur les entreprises.

Pour le secteur privé, l’enjeu est considérable. Les interruptions d’électricité, les variations de tension ou encore les difficultés d’approvisionnement en eau représentent un coût économique réel. Les PME et les industries sont contraintes de recourir à des solutions alternatives, notamment l’autoproduction électrique par groupes électrogènes, qui renchérit leurs charges d’exploitation et réduit leur compétitivité.

La spécialisation des activités pourrait donc constituer un levier de performance. En séparant les métiers de l’eau et de l’électricité, l’État fait le pari d’une gestion plus lisible, avec des objectifs opérationnels propres à chaque secteur, des comptes séparés et une meilleure capacité de pilotage des investissements.

Mais la réussite de cette transformation ne dépendra pas uniquement de la création de deux nouvelles structures. Le véritable défi sera leur capacité à disposer d’un modèle économique soutenable, fondé sur une gouvernance efficace, une discipline financière renforcée et un programme d’investissement capable de moderniser durablement les réseaux.

Le défi social : améliorer le service sans fragiliser le pouvoir d’achat

Pour les ménages, le principal indicateur de réussite restera concret : moins de coupures, une meilleure qualité de l’eau distribuée et une amélioration de la desserte, notamment dans le Grand Libreville et dans les zones où les infrastructures demeurent insuffisantes.

Toutefois, la séparation des activités soulève une interrogation majeure : celle de l’équilibre tarifaire.

Historiquement, le modèle intégré de la SEEG reposait sur des mécanismes de compensation entre les différentes activités. La séparation entre l’eau et l’électricité impose donc de repenser le financement du service public hydraulique, dont l’équilibre économique pourrait être plus fragile.

La question n’est pas seulement celle du prix du service, mais celle du financement durable de la qualité. L’État devra trouver le juste équilibre entre la nécessité d’assurer la viabilité financière des opérateurs et l’impératif de préserver le pouvoir d’achat des ménages. Des mécanismes de soutien ciblés pourraient être nécessaires afin d’éviter qu’une amélioration du service ne se traduise par une hausse excessive des factures.

Trois conditions pour éviter une simple réforme institutionnelle

La transformation de la SEEG ne sera véritablement réussie que si elle répond à trois exigences fondamentales.

La première concerne l’assainissement financier. Le transfert des passifs historiques vers une structure dédiée devra permettre aux nouvelles entités de démarrer sur des bases financières plus saines. Sans clarification des dettes, des engagements et des actifs transférés, la réforme pourrait reproduire les fragilités du modèle précédent.

La deuxième condition porte sur la gouvernance. La création de nouvelles entreprises publiques ne garantit pas, à elle seule, une amélioration des performances. La réussite dépendra de la qualité du management, de la transparence des comptes, du suivi des objectifs et de la capacité à prendre des décisions économiques rationnelles.

Enfin, le volet social constituera un test majeur. Avec environ 2 000 collaborateurs concernés, la réorganisation devra trouver un équilibre entre optimisation des effectifs, maintien des compétences et préservation du climat social.

Le Gabon engage donc une transformation stratégique de son modèle énergétique et hydraulique. Mais la disparition progressive de la SEEG historique ne sera pas, à elle seule, le symbole d’une réussite.

Le véritable jugement portera sur la capacité des nouvelles entités à fournir un service plus fiable, à attirer les investissements nécessaires et à concilier trois impératifs souvent difficiles à réunir : performance économique, accessibilité sociale et soutenabilité budgétaire.

Car l’enjeu dépasse la création de deux entreprises publiques. Il s’agit de reconstruire la confiance dans un service essentiel au fonctionnement de toute économie.

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