La signature de cet accord marque une étape capitale dans un différend territorial de plus de cinquante ans entre Libreville et Malabo autour de l’île Mbanié et des îlots de la baie de Corisco. En effet, pendant des décennies, l’incertitude sur le statut de ces îlots a maintenu en suspens les investissements lourds dans le golfe de Guinée, la gestion des ressources halieutiques et la sécurisation des voies navigables. La clarification du cadre légal rétablit la sécurité juridique indispensable pour capter les investissements directs étrangers (IDE) et rassurer les opérateurs économiques.
Du côté gabonais, cette transition est abordée avec un pragmatisme économique. La sécurité juridique permet de focaliser les efforts sur la valorisation du domaine maritime national et le développement des infrastructures littorales. « Cet accord ouvre une nouvelle ère de coopération avec la Guinée équatoriale, fondée sur le respect du droit international et la fraternité », a déclaré le président de la Cour constitutionnelle du Gabon, Dieudonné Aba’a Owono,
Vers un dividende économique transfrontalier
L’accord ne se limite pas à acter un tracé frontalier. En alignant leurs positions sur la délimitation maritime conformément à l’arrêt de la CIJ, les deux nations de la CEMAC posent les bases d’un partenariat technique et sécuritaire renforcé. Des opportunités d’infrastructures communes, des patrouilles maritimes conjointes, la gestion partagée des ressources halieutiques et des partenariats transfrontaliers sont désormais accessibles.
« Cette affaire est réglée de manière définitive. Nos deux pays frères doivent désormais aller de l’avant et consolider leur coopération », a exprimé le ministre des Affaires étrangères de Guinée équatoriale Simeón Oyono Esono Angüe.
Cette dynamique d’intégration s’inscrit pleinement dans la vision de la CEEAC et de la CEMAC, prouvant que la résolution pacifique des litiges demeure le véritable moteur de la prospérité sous-régionale.
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf y voit : « un exemple remarquable pour le continent africain... »,
En transformant une zone de tension historique en un espace de concertation bilatérale, le Gabon et la Guinée équatoriale envoient un signal fort aux marchés financiers et aux partenaires internationaux. La stabilité prévisible du littoral sud du golfe de Guinée constitue désormais un actif immatériel majeur pour la compétitivité et la croissance des deux nations.
Rappel clé de l’arrêt de la CIJ du 19 mai 2025
Pour bien appréhender les enjeux actuels, il convient de rappeler le socle juridique de cette sortie de crise. Par son arrêt rendu à La Haye, le 19 mai 2025, dans l’affaire Délimitation terrestre, maritime et souveraineté sur des îles (Gabon/Guinée équatoriale), la Cour internationale de justice a tranché le différend au fond. Les juges ont reconnu la souveraineté de la Guinée équatoriale sur l’île Mbanié et les îlots de Cocotiers et Conga, en retenant la Convention franco-espagnole de 1900 comme titre juridique prévalent. Cette décision définitive fixait le cadre légal à partir duquel les deux États devaient organiser la délimitation de leurs espaces maritimes.