Le premier mensuel économique au Gabon.

Logo échos de l'éco
Menu
© 2026 Les échos de l'éco

75 % des Gabonais ont un portefeuille mobile… mais pourquoi le cash domine-t-il encore ?

75 % des Gabonais ont un portefeuille mobile… mais pourquoi le cash domine-t-il encore ?

75 % des Gabonais disposent aujourd'hui d'un portefeuille mobile, mais 86 % continuent de régler leurs achats en espèces. Ces données, issues d'une enquête menée par le Fonds d'équipement des Nations unies (UNCDF), en partenariat avec le ministère de l'Économie numérique, de la Digitalisation et de l'Innovation, avec le soutien de l'Union européenne, montrent que le Gabon progresse dans l'inclusion financière.

Pendant plusieurs années, l'objectif était de démocratiser l'accès aux services financiers grâce au mobile money. Sur ce terrain, les résultats sont encourageants : trois Gabonais sur quatre possèdent désormais un portefeuille mobile. Mais cette avancée ne se traduit pas encore par une transformation des habitudes de paiement.

Le constat est clair : l'accès aux outils numériques progresse plus vite que leur utilisation au quotidien. Ce paradoxe soulève une question essentielle. Pourquoi les espèces restent-elles le moyen de paiement privilégié alors que les solutions numériques sont de plus en plus accessibles ?

Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer. Dans de nombreux commerces, le paiement électronique n'est pas encore systématiquement accepté. Les coûts de certaines transactions, les difficultés de connexion dans certaines zones, les habitudes de consommation et parfois le manque de confiance dans les paiements dématérialisés continuent de favoriser l'utilisation du cash. À cela s'ajoute le poids de l'économie informelle, où les règlements en liquide demeurent la norme.

Pourtant, l'enjeu dépasse largement le simple choix du moyen de paiement. Une économie où les paiements numériques se développent est généralement une économie plus fluide. Les entreprises améliorent la gestion de leur trésorerie, les transactions deviennent plus traçables, les coûts liés à la manipulation des espèces diminuent et les établissements financiers disposent de davantage d'informations pour accompagner les entrepreneurs. Pour l'État, la digitalisation des paiements contribue également à une meilleure connaissance de l'activité économique et peut favoriser, à terme, un élargissement de l'assiette fiscale.

L'enquête met également en évidence une dynamique porteuse d'espoir : les 18-24 ans sont les plus engagés dans cette transition. Plus connectée, cette génération privilégie davantage les outils numériques et se montre moins attachée aux paiements en espèces.

Cette évolution est loin d'être anodine. Les habitudes financières des jeunes d'aujourd'hui façonneront l'économie de demain. Si cette tendance se confirme, le commerce, les services financiers et l'entrepreneuriat pourraient connaître une accélération de leur transformation numérique dans les prochaines années.

Mais cette mutation ne se décrète pas. Elle suppose de renforcer la confiance des utilisateurs, d'étendre l'acceptation des paiements électroniques chez les commerçants, d'améliorer les infrastructures numériques et de poursuivre les efforts d'éducation financière.

Le chiffre de 75 % montre que le Gabon dispose désormais d'une base solide pour développer son économie numérique. Celui de 86 % rappelle toutefois que la révolution des usages reste à accomplir.

Car la véritable transformation ne sera pas atteinte lorsque chaque citoyen possédera un portefeuille mobile. Elle le sera lorsque le paiement numérique deviendra un réflexe dans les marchés, les commerces, les transports et les services.



Partager cet article