Le Rapport RSE 2025 d'Eramet Comilog fait apparaître une situation financière qui pose la question de la soutenabilité budgétaire des engagements. À la clôture de l'exercice 2025, les engagements contractuels non encore réglés s'élèvent à 3,272 milliards de FCFA, tandis que les ressources nettes disponibles atteignent 1,790 milliard de FCFA. Ce décalage génère un solde virtuel négatif de 1,482 milliard de FCFA, qui devra être imputé sur l'enveloppe 2026 pour finaliser les projets engagés en 2025.
Au-delà du bilan positif des réalisations annuelles, le Rapport RSE 2025 d'Eramet Comilog révèle une mécanique financière à surveiller : une partie substantielle de l'enveloppe disponible en 2026 sera consacrée non à de nouveaux projets, mais au règlement des engagements antérieurs. Cette réalité soulève des questions cruciales sur la programmation pluriannuelle, la maîtrise des coûts et la capacité à finaliser les investissements dans les délais et budgets prévus.
Le mécanisme du Fonds RSE
Selon le rapport, le Fonds spécial de Responsabilité Sociétale des Entreprises est alimenté directement par Eramet Comilog à hauteur de 2 % de son Résultat Opérationnel Courant (ROC) annuel. Ce Fonds RSE doit être distingué du Fonds de Développement des Communautés Locales (FDCL), financé par une part des redevances minières, qui constitue un instrument complémentaire. Ensemble, ces deux fonds visent à financer les projets d'infrastructure, d'éducation, de santé et de diversification économique bénéficiant aux localités de Moanda, Mounana et Bakoumba dans la province du Haut-Ogooué.
La situation financière en fin 2025
L'exercice 2025 s'est déroulé dans un contexte d'exécution soutenue. L'enveloppe initiale issue du report 2024 était de 3,864 milliards de FCFA. Après ajustements techniques (déduction de 849 millions) et allocation d'une nouvelle dotation de 7,396 milliards, l'enveloppe globale disponible s'élevait à 10,412 milliards de FCFA. Les décaissements cumulés ont atteint 8,622 milliards de FCFA, traduisant un rythme d'exécution important. Cependant, au 31 décembre 2025, le solde de trésorerie apparent s'établissait à 1,790 milliard de FCFA. Cette apparence de ressources disponibles masque une réalité différente : les commandes signées et marchés engagés représentaient 3,272 milliards de FCFA. Le rapport indique clairement que ce montant dépasse de 1,482 milliard les ressources nettes disponibles.
Un dépassement global de 47,4 %
Au-delà du solde virtuellement négatif, le rapport expose un second enjeu : les dépassements budgétaires importants observés sur plusieurs projets structurants. Pour l'ensemble des projets examinés, le budget prévisionnel initial cumulé était de 4,810 milliards de FCFA. Le coût réel déclaré s'élève à 7,291 milliards de FCFA, soit un dépassement global de 2,481 milliards de FCFA, représentant une augmentation de 47,4 % par rapport aux prévisions. Selon le rapport, ces écarts résultent du redimensionnement de certains projets, d'ajustements techniques et de commandes supplémentaires validées en cours de réalisation.
Le cas du Lycée de l'Excellence
Le cas le plus exemplaire de ce dépassement concerne le Lycée de l'Excellence de Moanda. Le budget initial était fixé à 800 millions de FCFA. Le coût réel du projet s'établit à 3,962 milliards de FCFA, soit un dépassement de 3,162 milliards de FCFA (augmentation de 395 %). Le rapport attribue cette augmentation au « redimensionnement du projet par le ministère de l'Éducation nationale » et à l'intégration d'infrastructures supplémentaires pour aligner l'établissement sur les standards des lycées d'excellence. Des dépassements secondaires affectent également la médiathèque de Bakoumba (+215 millions) et le centre de contrôle technique de Mounana (+290 millions). À titre de contrepoint, certains projets d'équipement, notamment les forages et l'installation de panneaux solaires, ont été exécutés en baisse de coûts, témoignant d'une maîtrise variable selon les domaines d'intervention.
Un risque de pilotage de projet
Bien que le rapport n'utilise pas les termes « mauvaise gestion » ou « dérive », le constat objective une problématique : la capacité à programmer des projets, en estimer les coûts et les maintenir dans leurs enveloppes budgétaires. Le redimensionnement de projets structurants par les ministères intervenants (Éducation nationale, Mines) en cours d'exécution illustre la difficulté à finaliser des cahiers des charges stables en amont. Cette dynamique génère mécaniquement des appels supplémentaires de fonds.
Le report de 1,482 milliard
La conséquence immédiate de cette situation est que l'enveloppe 2026 commencera « avec un solde virtuel de -1,482 milliard de FCFA, à imputer sur l'enveloppe 2026 pour libérer la capacité d'investissement de l'année », selon les termes du rapport. En d'autres mots, environ 1,48 milliard de la dotation 2026 sera préalloué au règlement des engagements restants de 2025, avant même de pouvoir lancer de nouveaux projets. Cette situation réduit mécaniquement la marge de manœuvre budgétaire pour les initiatives envisagées au titre de l'exercice 2026.
Les enjeux de programmation
Le rapport indique que « plusieurs projets ont été achevés en 2024 » et que « l'année 2025 a été marquée par la consolidation des acquis et l'accélération de nouveaux projets ». Cependant, la présence d'un solde négatif à reporter suggère que l'exécution se concentre sur des chantiers longs (Lycée de l'Excellence rapporté à 48 % d'avancement, forages à 52 %, route du quartier Bangombé à 20 %) plutôt que sur l'achèvement de projets. L'année 2026 devra donc absorber les engagements antérieurs tout en consolidant ces chantiers en cours. La question de la programmation pluriannuelle transparente et du suivi des jalons d'achèvement devient centrale pour anticiper les besoins financiers futurs.
Vers une soutenabilité mieux maîtrisée
L'architecture de gouvernance du Fonds RSE, structurée autour du Comité de Gestion Partenariale (CGP) et du Comité de Gestion Opérationnelle (CGO), a tenu deux réunions majeures en 2025. Ces instances ont documenté l'avancement des projets et proposé des ajustements. Cependant, la persistance d'un solde virtuel négatif et l'ampleur des dépassements budgétaires soulignent l'importance de renforcer les mécanismes de maîtrise des coûts. Cela pourrait passer par : une estimation plus rigoureuse des budgets initiaux ; une meilleure coordination avec les ministères pour fiabiliser les cahiers des charges en amont ; un suivi trimestriel des dérives potentielles et un mécanisme d'alerte budgétaire précoce.
Au-delà du bilan positif des réalisations sociales et infrastructurelles (hôpital départemental, lycée en construction, programme d'accès à l'eau) le Rapport RSE 2025 d'Eramet Comilog met en évidence un enjeu de pilotage financier. Le solde virtuel négatif de 1,482 milliard à reporter sur 2026 n'est pas une dette ou un déficit classique, mais la traduction d'une réalité : les projets engagés en 2025 consommeront une part significative de l'enveloppe 2026 avant même que celle-ci ne soit mobilisée pour de nouvelles initiatives.
La question centrale pour les années à venir n'est donc pas le principe de la RSE de Comilog, le partenariat État gabonais/Eramet demeure structurant, mais la capacité à programmer, financer et achever les projets dans les délais et enveloppes disponibles. La maîtrise budgétaire, combinée à une meilleure lisibilité pluriannuelle, apparaît comme le levier clé pour assurer que les ressources investies génèrent l'impact social attendu sans compromettre la soutenabilité financière du Fonds RSE.