Un rapport de la Cour des comptes met en cause la fiabilité du fichier des Gabonais économiquement faibles et la traçabilité des évacuations sanitaires à l'étranger. Au-delà des chiffres bruts, une question domine : combien ces dysfonctionnements coûtent-ils réellement aux finances publiques et à la CNAMGS ?
Deux anomalies structurent les derniers travaux de la Cour des comptes sur la Caisse nationale d'assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS). D'un côté, un fichier des Gabonais économiquement faibles (GEF) où l'institution dit avoir identifié environ 120 000 bénéficiaires enregistrés à tort. De l'autre, des évacuations sanitaires à l'étranger qu'elle qualifie de « trou noir », faute de traçabilité suffisante entre factures des prestataires étrangers et soins réellement dispensés. Deux constats distincts, une même question de fond : que coûtent réellement ces failles à la collectivité et à la CNAMGS ?
Le fichier des GEF : près d'un million de dossiers, une fiabilité contestée
Selon les éléments communiqués par la Cour, le fichier des GEF recense près d'un million de personnes, dont environ 900 000 seraient effectivement prises en charge par la CNAMGS. Sur cet ensemble, l'institution évalue à environ 120 000 le nombre de bénéficiaires qu'elle considère comme indûment enregistrés. Le premier président de la Cour, Alex Euv Moutsiangou, a évoqué des « faux Gabonais économiquement faibles », une formule qui reste une citation attribuée à la Cour, non une qualification journalistique. L'institution ne précise pas si ces 120 000 cas s'ajoutent aux 900 000 pris en charge ou s'y trouvent inclus, d'où une incertitude sur le volume réellement concerné. Elle ne chiffre pas non plus les dépenses indues qui en résulteraient : ce volume de bénéficiaires ne doit pas être confondu avec une économie déjà établie. La conséquence avancée reste d'abord qualitative, un risque de mauvais ciblage, au détriment des personnes réellement éligibles.
Évacuations sanitaires : un « trou noir » dans le suivi de la dépense
Sur les évacuations sanitaires à l'étranger, la Cour relève un défaut de traçabilité et une difficulté à établir systématiquement la correspondance entre factures des prestataires étrangers et soins réellement dispensés. Elle évoque une accumulation d'impayés décrite en termes qualitatifs, « des milliards et des milliards » de francs CFA, sans avancer de montant consolidé. C'est ce défaut de suivi qu'elle désigne comme un « trou noir ». Pour y remédier, elle recommande une contractualisation directe entre la CNAMGS et les établissements hospitaliers étrangers, afin d'encadrer les tarifs et sécuriser la facturation.
Le financement du Fonds des GEF, un circuit à plusieurs étapes
Le fonds finançant la prise en charge des GEF repose sur des prélèvements, notamment sur la téléphonie mobile et les transferts de fonds, au titre de la Contribution spéciale de solidarité. Ces ressources transitent par le Trésor public avant d'être reversées à la CNAMGS. La loi de finances 2026 y affecte 50,54 milliards de FCFA, contre 40,94 milliards en 2025 (+23 %), selon le Journal officiel. La Cour relève des difficultés dans l'efficacité de ce circuit et recommande d'en améliorer le fonctionnement.
Ce que ces constats disent, et ne disent pas encore, du coût réel
Mis bout à bout, ces constats dessinent un circuit : prélèvement, Trésor, CNAMGS, prestataires, où aucune étape ne garantit seule la fiabilité de la dépense finale. Le fichier des GEF interroge le ciblage en amont ; les évacuations sanitaires, le contrôle en aval. Dans les deux cas, la Cour documente des failles de processus plutôt qu'un montant de préjudice arrêté. C'est ce chiffrage qui manque pour mesurer l'ampleur du problème : combien ont coûté les 120 000 inscriptions contestées, et quel est le stock exact des impayés d'évacuations sanitaires. Tant que ces éléments ne sont pas publiés, le coût total pour les finances publiques reste hors de portée.
Des réformes prescrites, un chiffrage encore attendu
Face à ces constats, la Cour formule des recommandations convergentes : fiabiliser le fichier des GEF, renforcer la traçabilité des évacuations sanitaires et sécuriser le financement du fonds. Leur mise en œuvre suppose un chiffrage précis, aujourd'hui absent, sans lequel la portée de ces réformes restera difficile à évaluer.